Fabrique de sens
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À voix nue/ Jean-Pierre Vernant et Jacques le Goff (3)

lundi 24 mai 2010

Transcription, par Taos Aït Si Slimane, de la troisième partie d’À voix nue, avec Jacques Le Goff et Jean-Pierre Vernant, enregistrée en 2004.

Présentation, sur le site de France Culture, de cette série d’entretiens d’Emmanuel Laurentin avec Jacques Le Goff et Jean-Pierre Vernant, de la semaine du 12 Janvier 2004 (enregistrement fait le 8 janvier 2004), réalisation de Pierrette Perrono : À l’occasion de leur anniversaire respectif, 80 et 90 ans, France Culture organise une rencontre entre deux des plus grands historiens français, Jacques Le Goff, spécialiste du Moyen-âge, et Jean-Pierre Vernant, historien de la Grèce antique. Lors de ces entretiens, ils vont revenir sur leur pratique d’historiens, les influences qu’ils ont subies, et le rapport entre l’Histoire qu’ils ont produites et la société contemporaine. Ils aborderont également la question de la place du religieux au Moyen-âge et dans l’Antiquité.

Lundi, 12 janvier 2004 : L’après-guerre et les maîtres

Mardi, 13 janvier 2004 : La levée des barrières disciplinaires

Mercredi 14 janvier 2004 : Travail et techniques

Jeudi 15 janvier 2004 : Tragédie -liturgie

Vendredi 16 janvier 2004 : Le temps des retours

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Travail et techniques

Emmanuel Laurentin : Jacques Le Goff, Jean-Pierre Vernant, après avoir évoqués dans les deux émissions précédentes les idées et les hommes qui vous ont beaucoup influencés l’un et l’autre, et nous avons marqué combien les noms de ces hommes étaient souvent les mêmes d’ailleurs, vous appartenez à cette génération d’historiens ou de philosophes historiens qui a émergée après la Seconde Guerre mondiale, venons en peut-être à vos travaux respectifs. Lorsqu’on lit les premiers ouvrages que vous avez publié, l’un et l’autre, dans la fin des années cinquante, vous, Jacques le Goff, c’était Marchands et banquiers, c’était en 1956, si je me souviens bien,…

Jacques Le Goff : Oui.

Emmanuel Laurentin : Vous, Jean-Pierre Vernant, c’était Les origines de la pensée grecque, c’est le premier peut-être, je ne sais pas ? C’est en 1962…

Jean-Pierre Vernant : Oui.

Emmanuel Laurentin : C’est en 1962 à peu près concomitant. On voit, dans ces deux ouvrages, les germes peut-être - sans faire de téléologie et sans partir du présent pour retourner sur le passé – de votre travail futur, que vous avez développez, l’un et l’autre, pendant les quarante années qui ont suivies. Comment expliqueriez cela, l’un et l’autre ? Dans un ouvrage d’origine, comme Marchands et banquiers, Jacques Le Goff, vous évoquez déjà des thèmes qui seront les vôtres plus tard, le thème évidemment du travail, nous y viendrons tout à l’heure, mais également le thème du rapport entre une société et les structures qui l’entourent. Vous, Jean-Pierre Vernant, dans Les origines de la pensée grecque, vous évoquez déjà ce grand changement, ce grand chambardement, qui a fait naître justement la police, la cité grecque au Ve siècle. Jacques Le Goff, comment expliquez-vous cette contraction des thèmes que vous développerez ensuite, dans les premiers ouvrages ?

Jacques Le Goff : On a souvent l’illusion, après coup, qu’on a fait une œuvre programmée dès le départ, que l’on a suivi son programme avec une cohérence extraordinaire, je ne me dissimule pas le fait qu’il y a eu, comme dans tous les faits historiques, des hasards et en particulier des commandes. Par exemple, Marchands et banquiers est venu d’un cours que j’ai eu à faire, sur un sujet que je n’avais pas choisi, à mes étudiants de l’université de Lille, où j’étais assistant, et Les intellectuels au Moyen-âge, qui ont immédiatement suivi, en 57, sont une commande d’un nouveau directeur, d’une nouvelle collection aux éditions du Seuil. Mais j’ai appliqué, si je peux dire, dans ces deux petits essais, des réflexions qui sont demeurées par la suite essentielles pour ma réflexion d’historien. D’abord le prima des groupes sociaux, Marchands et banquiers, c’est évident dans la mesure où c’est un groupe qui se donnait lui-même comme un groupe constitué. Intellectuel, ça c’était plutôt le fruit de ma réflexion et j’ai appliqué ce terme, qui était un anachronisme, habituellement péché majeur de l’historien dont on doit se garder, j’estime qu’il y a des anachronismes créateurs,…

Emmanuel Laurentin : Éclairant au moins ?

Jacques Le Goff : Éclairant. C’est là que déjà un lien très précis avec le présent s’instituait, ce sont les intellectuels du présent qui m’ont fait penser aux intellectuels du passé. Je me suis ainsi aperçu, c’est le présent qui me l’a fait voir, qu’il y a eu, au XIIe et XIII siècle essentiellement, des hommes qui avaient un statut et une fonction comparable à ce que nous appelons intellectuels, en particulier qu’ils ne se contentaient pas d’être des savants, des chercheurs, des penseurs, en général ils étaient aussi des enseignants et qu’ils jouaient un rôle d’éclaireurs dans la société. Par conséquent, j’ai écris ce petit livre, j’ai appliqué ce terme à ces penseurs-enseignants du Moyen-âge, qui a été bien reçu. En même temps, je partais de la notion fondamentale que je devais à Fernand Braudel, la longue durée dont on avait parlée, mais j’estimais que la tâche de l’historien, c’était, à l’intérieur de cette longue durée, de repérer et d’expliquer les changements, le mouvement. Et ces groupes sociaux, ceux qui m’intéressaient étaient ceux qui étaient les acteurs du changement et marchands et banquiers d’une part et intellectuels d’autre part ont été de grands acteurs du changement au Moyen-âge. Et ce qu’il y avait de tout à fait étonnant, qui m’a confirmé, justifié dans ma démarche, c’est que l’intégration dans le monde de leur temps et dans les façons de penser de leur temps, s’est opéré, c’est curieux, de la même façon. Parce que aux marchands d’un côté, aux intellectuels de l’autre, la société traditionnelle, et on peut dire les pouvoirs établis, reprochaient la même chose. Les marchands étaient accusés de vendre le temps, qui n’appartient qu’à dieu, et les intellectuels qui au XIIe siècle se faisaient payer par les étudiants étaient accusé de vendre la science qui n’appartient qu’à dieu. Comment ont-ils été justifiés ? Comment ont-ils été intégrés ? C’est parce qu’ils se donnaient du mal, parce qu’ils travaillaient. Et alors, j’ai vu apparaître ce mouvement je crois très important, qui était une justification du travail, et cette diffusion de l’idée du travail dans des milieux où ce n’était pas évident. Que le marchand travaille, ce n’était pas évident, et que l’intellectuel lui aussi travaille, ce qui a fait apparaître chez moi la notion de travailleur intellectuel, qui n’a été intronisée dans l’histoire que plus tard mais qui je crois est apparue au Moyen-âge.

Emmanuel Laurentin : Il intéressant de voir que cette question du travail vous a également intéressée, vous-même, travaillé pourrait-on dire, Jean-Pierre Vernant, peut-être pas à la même époque, peut-être pas simultanément, mais assez rapidement également vous allez entreprendre un chantier sur cette question, le travail dans la Grèce antique.

Jean-Pierre Vernant : Oui. Vous disiez Les origines de la pensée grecque, c’est une commande aussi, voilà le hasard qui intervient. C’était Dumézil qui m’a demandé de faire ce petit bouquin, dans la collection Mythes et religions, aux Presses de l’université de France, c’est comme ça que j’ai fait cela. Pour le rapport passé-présent, j’ai en effet ce livre qui en effet contient d’une certaine façon ce que je vais faire plus tard puisque le problème est : comment la cité s’est constituée ? Pourquoi il y a eu cette invention du débat public contradictoire, l’idée que tous les citoyens sont des semblables, des égaux ? J’ai essayé de montrer que ce n’est pas seulement sur le plan politique que c’est lié, il n’y a pas de causalité, à d’autres changements, en particulier aux formes nouvelles de rationalité qui s’expriment dans les philosophies. Je fais cela et en même temps j’ai une arrière-pensée dans la tête, à cette époque-là, je suis en bisbille avec le Parti communiste dont je suis encore membre officiellement. Ce livre est essentiellement dirigé contre le dogmatisme du PC, contre le système social que le PC a institué. Cela veut être la démonstration, je l’ai écrit à cette époque même, qu’il n’y a pas de pensée rationnelle, qu’il n’y a pas de conception scientifique de la société et de l’avenir s’il n’y a pas débat public et contradictoire et que tout groupe humain, même s’il prétend avoir la science infuse, qui refuse d’aborder certaines questions par un débat contradictoire, est essentiellement religieux.

Emmanuel Laurentin : Cela veut dire qu’il y a toujours dans votre travail, Jacques Le Goff reviendra tout à l’heure pour le sien, un aller-retour entre votre sujet d’étude et vous-même en tant que citoyen du XXe siècle ?

Jean-Pierre Vernant : Bien sûr. On pose à la période que l’on examine les questions que le présent nous pose, c’est pour cela qu’il y a une histoire des événements historiques. Chaque période pose un regard qui est différent parce que l’horizon de réflexion s’est modifié. Le travail, c’est exactement l’inverse. Pourquoi ? Parce que ce que j’ai voulu montrer, c’est qu’il n’y a pas, et d’une certaine façon il ne pouvait pas y avoir une conception du travail positif en Grèce ancienne, il n’y a même pas l’idée du travail en général, il y a des métiers et ce qui fait l’unité de la cité, c’est ce qui n’est pas fonction économique, ce qui n’est pas travail. L’agriculture est une chose, les métiers en sont ne autre, et dans le travail artisanal, ce n’est pas l’artisan qui sait ce qu’il fait, c’est el type qui va…

Emmanuel Laurentin : C’est le commanditaire ?

Jean-Pierre Vernant : Le cordonnier ne sait pas ce que c’est une chaussure, celui qui sait, c’est seulement celui pour qui la chaussure est faite. C’est-à-dire que parmi les causes : cause productive, c’est l’artisan mais ce qui compte c’est la cause formelle ou finale, c’est-à-dire le soulier tel qu’il va répondre à un besoin, que connaît seulement l’usager. Donc, on a un système où je montre qu’il n’y pas de travail.

Emmanuel Laurentin : Que le travail n’est pas un mode de distinction à l’intérieur de la société…

Jean-Pierre Vernant : Bien sûr que non. Il n’y a pas de travail, le mot travail n’existe pas. Il y a ponos, qui veut dire l’effort pénible. On peut montrer à quel point, dans ce système de pensée, d’une vie collective, celui qui travaille d’une certaine façon est marginalisé et exclu du centre de ce qu’est la collectivité, c’est-à-dire la vie politique.

Jacques Le Goff : Il est marginalisé ou pire, c’est le travail de l’esclave.

Jean-Pierre Vernant : En partie. Il y a beaucoup d’hommes libres qui sont des artisans mais finalement, comme ils le disent tous, l’artisan, quand il reste dans le cadre de son métier, se fait esclave de l’usager pour lequel il crée le produit.

Jacques Le Goff : Absolument.

Jean-Pierre Vernant : Autrement dit, le travail est une servitude et non pas une activité productrice.

Jacques Le Goff : Je crois que c’est un des grands changements du Moyen-âge, qui a ses limites. Le Moyen-âge part d’une conception qui a pour origine non pas la Grèce, le monde antique est une des grandes origines de la civilisation médiévale, mais l’autre origine capitale est la Bible. Comment se présente le travail dans la Bible ? Le travail, c’est le châtiment, le péché originel, Adam et Ève chassé du paradis terrestre ont été condamné au travail, y compris Ève. La condamnation d’Ève d’enfanter dans la douleur, c’est du travail. Vous savez, moi, j’ai vu dans ma jeunesse, dans certains hôpitaux, la salle d’accouchement qui était appelée « salle de travail ». Comment s’est fait le changement ? Le changement s’est fait, me semble-t-il, c’est ce que j’ai essayé d’expliquer dans diverses études, d’abord parce que la société médiévale a éprouvé le besoin, l’intérêt, pour ne pas dire le plaisir, de créer quelque chose en travaillant. Le fait que le travail pouvait être créateur. Deux, je crois, événements spéciaux ont donné un contenu et un accélérateur à ce changement. D’une part, c’est l’idée - qui datait aussi de la Bible mais qui avait été, nous savons que les grands ouvrages ont des périodes de léthargie, des périodes de réveil – qui est redevenue très puissante au XIIe siècle, que dieu avait l’homme à son image. Il fallait essayer de trouver une explication à ce travail. Le travail de l’homme a été désormais envisagé sur le modèle du travail de dieu. La création est devenue un travail, évidement, un travail éminemment noble. D’autre part, qui est-ce qui travaillait d’une façon exemplaire dans le Haut Moyen-âge ? C’était les moines puisqu’il était inscrit dans leurs règles et ils pratiquaient effectivement le travail manuel. En même temps, les moines étaient les personnages les plus sacrés, les plus admirés de la société. Donc, leur pratiques laborieuses, qui au départ étaient une forme de pénitence, est devenue une activité au moins honorable. Ceci dit, il y a eu des freins à cette promotion et à cette réhabilitation du travail, et le travail manuel est devenu…

Emmanuel Laurentin : Une sorte de pénitence, lui aussi…

Jacques Le Goff : Une sorte de pénitence aussi. Au XIIIe siècle, un petit intellectuel, le poète Rutebeuf est passé par l’université de Paris, déclare avec force : je suis ouvrier des mains. Il y a là une résistance qui existe encore dans nos sociétés. Vous voyez que cette idée du travail, qui je crois est fondamentale dans une société, parce que la place qui est accordée ou n’est pas accordée au travail est essentielle dans l’élaboration de la société. Puis, je vais laisser la parole à Jean-Pierre Vernant, parce que c’est quelque chose qu’il a révélé dans ses études, proche du travail, il y a le problème de l’habilité technique. Et ça, l’habilité technique, c’est un domaine qui a longtemps, je ne suis pas sûr que cela ne soit pas encore le cas dans nos sociétés, pus ou moins sacralisée. Sur l’habilité technique dans la Grèce ancienne, tu as écrit des choses épatantes.

Jean-Pierre Vernant : Le travail des artisans et tout ça, s’est dévalorisé mais en même temps qu’il y a, je crois quand même dans l’essentiel dans la culture grecque, une valorisation de toute espèce d’activité intellectuelle qui est orientée vers ce qui est fixe, immuable : l’astronomie, les mathématiques, avec l’idée que ce qui se passe ici bas, dans notre monde terrestre, ne peut pas être l’objet d’un savoir véritable, c’est un savoir d’opinion. Pourquoi ? Parce que comme disait Koyré, « le monde de l’à peu près ». Il n’y a pas de physique, il ne peut pas y en avoir. Il n’y a de mensuration de rien. Cela veut dire que celui a un four, dans lequel il fait cuire un pot, il ne sait pas quel température il fait là-dedans, il a des pratiques, il sait ce qu’il faut mettre comme bois, il chauffe plus ou moins mais il y a une espèce de quoi ? Ce qu’ils appellent l’expérience, empeiria, qui n’est pas l’expérience physique, mathématisée, mais qui est le flair. Il va donc y avoir ce que les hellénistes, je crois, avaient négligé avant que Detienne et moi on s’en occupe un peu plus, l’idée qu’il existe dans la vie humaine des domaines : la politique, savoir ce qui va se passer, les décisions, la flotte, le bateau, savoir quels sont les vents favorables, la guerre, tout le monde technique qui relève d’autres chose que ce que les Grecs appellent épistémè, la science véritable, déduction, logique, irréfutabilité, la nécessité logique, un monde fluant, mouvant où il faut avoir le pif, deviner, savoir, comme Métis. Le mot est justement celui qui désigne cette forme d’intelligence, mais il désigne aussi une divinité, celle que Zeus doit avaler pour tout savoir. Et, elle, elle est une divinité qui prend toutes les formes, qui peut se faire tout ce qu’elle veut. C’est-à-dire que devant un monde fluant, un monde où il n’y a pas de règles, où l’on ne peut pas appliquer le compas et le mesure, il faut se faire plus fluide, plus ambiguë, plus souple que ce à quoi on est affronté. Donc, l’activité technique dans une série de métiers et de savoir-faire (politique, juridique, militaire) relève de ce type d’intelligence. Sacralisé, je n’irai pas jusque là, pourquoi ? Le type de penseurs à métis est le sophiste. Le sophiste qui peut prendre toutes les formes, vous lui attraper un bras, c’est l’autre qui sort, il est toujours en train de se métamorphoser comme la divinité, mais cette forme d’intelligence pratique, d’astuce, faite aussi quelquefois de mensonges. Ulysse est l’homme à métis, il se tire d’affaires dans les situations les plus désespérées, il renverse le faible en fort. Cette forme d’intelligence, correspond chez les divinités à des divinités précises : Métis elle-même, Athéna, Héphaïstos, sont des divinités qui incarnent d’une certaine façon la métis.

Jacques Le Goff : Moi, j’ai utilisé le mot sacralisé, qu’effectivement tu as eu raison de corriger pour la Grèce ancienne, parce que ce qui apparaît, ce qui affleure au Moyen-âge, en particulier je pense parce que c’est plutôt un héritage païen, c’est un héritage des cultures et des sociétés nordiques et germaniques, qui s’est concrétisé, incarné dans un personnage qui est le forgeron. Le forgeron peut devenir, on le voit, ça abouti dans les grands poèmes épiques du Moyen-âge jusque chez Wagner, un personnage sacré, sacralisé, et ça a laissé une trace très intéressante, à laquelle on ne pense pas toujours, dans l’onomastique. Quand est né au XII et XIIIe siècle surtout, le nom propre, le nom propre n est allé le chercher dans divers domaines, il y a eu le domaine de la couleur des cheveux (le brun, le roux, etc.), il y a eu le domaine des métiers, en particulier les familles qui avaient un forgeron parmi elles, se personnage que l’on retrouvait aussi dans la masse paysanne, car c’était l’artisan par excellence des villages et de la masse rurale, eh bien c’est le mot qui a été choisi. D’où l’extraordinaire nombre, dans les langues européennes, du terme désignant le forgeron. Ce terme est plus ou moins unifié en allemand et en anglais, Smith et Schmidt, en français ou en italien, il est réparti entre plusieurs formes du même mot : Faber, Favre, Fareau, Lefèvre, etc., et je me permets de donner un exemple, celui de la langue bretonne, où le forgeron c’est Le Goff, ce n’est pas pour ma parer d’un titre sacralisé mais pour indiquer les caprices de l’onomastique.

Emmanuel Laurentin : Merci.


Les livres et les liens signalés sur le site de l’émission

- Jacques Le Goff, « Un autre Moyen Age », Ed. Gallimard, (1999).

Un autre Moyen-âge c’est un Moyen-âge total qui s’élabore aussi bien à partir des sources littéraires, archéologiques, artistiques, juridiques, qu’avec les seuls documents naguère concédés aux seuls médiévistes.

Comprend : Pour un autre Moyen-âge, L’Occident médiéval et le temps, L’imaginaire médiéval, La naissance du Purgatoire, Les limbes, La bourse et la vie, Le rire dans la société médiévale.

- Jacques Le Goff, « L’imaginaire médiéval », Ed. Gallimard, (1996).

Après avoir défini l’imaginaire et les moyens de son exploration, l’auteur évoque les représentations dont se sont servis les hommes du Moyen-âge pour penser le monde et la société : images de l’espace et du temps, codes symboliques, métaphores littéraires...

- Jean-Claude Bonne, Jacques Le Goff, Éric Palazzo, Marie-Noel Colette, Pierre Vernant, « Le sacre royal à l’époque de Saint-Louis », Ed. Gallimard.

- Jean-Pierre Vernant, « L’Univers, les Dieux, les hommes », Ed. Seuil (1999).

- Jean-Pierre Vernant, « Entre mythe et politique », Ed. Seuil (1996).

- Jean-Pierre Vernant, « Mythe et Religion en Grèce ancienne », Ed. Seuil (1990).

- Jean-Pierre Vernant, « L’individu, la mort, l’amour / Soi-même et l’autre en Grèce ancienne », Ed. Gallimard (1989).

- Jean-Pierre Vernant, « La Mort dans les yeux / Figures de l’autre en Grèce ancienne », Ed. Hachette (1985).

- Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne, « Les ruses de l’intelligence / La métis des Grecs », Ed. Flammarion (1974).

- Jean-Pierre Vernant, « Les origines de la pensée grecque », Ed. Puf, (7ème édition, collection Quadrige, 1990) (1962).

- Bottéo, Jean ; Vernant, Jean-Pierre ; Herrenschmidt, Clarisse, « Orient ancien et nous (L’) : l’écriture, la raison, les dieux », Ed. Albin Michel (1996), repris en Hachette Pluriel en 1998.

- Jacques Le Goff, En coll. avec Nicolas Truong, « Une histoire du corps au Moyen-âge », Ed. Liana Lévi, (septembre 2003).

Présente une étude sur le rapport au corps au Moyen-âge : entre répression et liberté, entre Carême et Carnaval, celui-ci est d’une part méprisé, condamné, humilié, et d’autre part glorifié, par des codes, des gestes, des significations légués à la modernité.

- Jacques Le Goff, « Saint François d’Assise », Ed. Gallimard, (octobre 1999).

Jacques Le Goff confie sa fascination pour saint François d’Assise, personnage historique qui, au cœur du tournant décisif du XIIe au XIIIe siècle, fait bouger la religion, la civilisation et la société. Il publie ici l’ensemble des textes qu’il a consacrés au saint.

- Jacques Le Goff, « À la recherche du Moyen-âge », Ed. Louis Audibert, (2003).

L’auteur a centré son étude sur la figure du marchand, à la fois banquier et intellectuel, pour rendre compte d’une période allant de 476 à 1492. L’historien remet en cause l’idée que le Moyen Age serait une époque barbare et met en évidence sa richesse culturelle, sa complexité et l’empreinte de l’Église chrétienne (avec la collaboration de J.M. de Montrémy)

- Jacques Le Goff, « Marchands et banquiers du Moyen-âge », Ed. Puf, (janvier 2001).

Dans un cadre urbain en rénovation, la chrétienté médiévale est le théâtre d’une révolution dont les animateurs sont les marchands et les banquiers. S’émancipant de la tutelle religieuse, le commerce s’épanouit, le capitalisme apparaît.

- Jacques Le Goff, « Un Moyen Age en images », Ed. Hazan, (octobre 2000).

Fruit de quarante années de fréquentation des images du Moyen Âge, à travers la collection personnelle de l’auteur, cet ouvrage cherche à expliquer et à insérer ces images dans une évocation raisonnée et structurée de la société et de la civilisation de l’Occident médiéval dans son ensemble.

- Jacques Le Goff, « Héros du Moyen-âge, Le roi, le saint, au Moyen-âge », Ed. Gallimard. Coll. Quarto, (janvier 2004).

Présente des textes qui étudient le personnage du roi et du saint en Europe médiévale, à travers les figures du roi Saint Louis et de saint François d’Assise.

- Jacques Le Goff, « Le Dieu du Moyen-âge », Ed. Bayard, (septembre 2003).

De quel Dieu est-il question au Moyen Age ? Que représentent l’Esprit saint et la Vierge Marie pour les médiévaux ? Quel rapport entre Dieu et la société médiévale ? Que croient les hommes du Moyen Age ? Quelle est la place de Dieu et de la théologie dans la culture du Moyen Age ? Telles sont les questions auxquelles s’efforce de répondre l’historien.

(Interview par Jean-Luc Pouthier)

- Philippe Borgeaud et Jean-Pierre Vernant, « L’homme grec », Ed. Seuil, (janvier 2000).

Au-delà d’une galerie de portraits, une analyse des rapports de l’homme grec aux formes de la socialité et aux différentes étapes de sa vie privée que ce soit à la guerre ou dans la cité, à la campagne ou au spectacle ou encore au temple.

- Jean-Pierre Vernant, « L’univers, les dieux, les hommes », Ed. Seuil, Coll. Points essais, (octobre 2006).

Récits grecs des origines : Spécialiste de la mythologie grecque, l’auteur évoque les origines de l’univers, la guerre des dieux et les liens que l’humanité n’a cessé d’entretenir avec le divin. Il nous fait entendre ces vieux mythes toujours vivants et nous permet d’en déchiffrer mieux le sens souvent multiple. C’est à cette rencontre entre le savant et le conteur que ce livre doit son originalité.

- Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet, « Oedipe et ses mythes », Ed. Complexe / Historiques (janvier 2006).

Une recherche d’historiens qui tentent par le biais d’une critique des interprétations psychanalytiques, de reconstruire à la fois les circonstances, le milieu social, les cadres de l’expérience et les formes de sentiments individuels auxquels le récit fait référence.

- Jean-Pierre Vernant, « La mort héroïque chez les Grecs », Ed. Plains Feux (mai 2001).

La mort héroïque, donc sans lâcheté, et de préférence jeune est considérée comme un honneur dans la civilisation grecque antique. L’auteur tente de définir et d’expliquer cette notion à travers des personnages de la mythologie, à des étudiants des classes préparatoires scientifiques.

- Jean-Pierre Vernant, « La volonté de comprendre », Ed. de l’Aube, (Novembre 1999).

Quatrième de couverture : Jeune antifasciste des années 30, grand résistant du Sud-ouest, compagnon de la Libération, militant anticolonialiste, philosophe puis helléniste, Jean-Pierre Vernant a consacré sa vie à la mythologie grecque.

Avec son extraordinaire talent de conteur, il retrace ici son parcours tout en montrant « ce que la Grèce nous apprend du monde ».

Et « ce qui nous manque, constate-t-il, ce serait quelqu’un qui ferait un peu ce qu’a fait Marx pour la fin du XIXe siècle -tenter de comprendre les grand traits qui expliquent le mouvement et la crise de notre culture. »

N’est-il pas l’un de ceux qui comblent ce manque ?

- Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet, « Mythe et tragédie en Grèce ancienne (vol.1&2) », Ed. La Découverte (février 2005).

Un recueil de sept études qui s’efforcent de soumettre les textes antiques à l’analyse structurale, à une recherche de l’intention littéraire et au démontage sociologique. Cette triple approche est appliquée aux tragédies en ce que chacune a de singulier, considérée comme un phénomène indissolublement social, esthétique et psychologique.

Volume 2 : Élargit la perspective choisie dans le premier volume et centre l’analyse sur les dieux de la tragédie du Ve siècle, et en particulier le dieu du théâtre, le dieu au masque : Dionysos. Au-delà du théâtre classique, les auteurs se demandent pourquoi ce classicisme est devenu le classicisme de l’époque actuelle.

- Le site des éditions la fabrique

Commentaires : Mai 2001.

Cinq personnages d’hier pour aujourd’hui : Bouddha, Abélard, saint François, Michelet, Bloch, par Jacques Le Goff.

Dans une série d’émissions sur France Culture, Jacques Le Goff a présenté cinq personnages qui lui paraissent remarquables, moins par la pérennité de leur enseignement que par le fait qu’ils ont créé du scandale en leur temps. Et il lui semble que ce scandale, ils le provoqueraient encore aujourd’hui.

- Rencontre avec Jean-Pierre Vernant