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Secret des sources / Comment informer de façon neutre sur les OGM ?

mercredi 24 octobre 2012

Transcription par Taos Aït Si Slimane de l’émission de France Culture, Le Secret des sources, par Jean-Marc Four, du samedi 20 octobre 2012, intitulée Comment informer de façon neutre sur les OGM ?

Vous pouvez me communiquer vos corrections, observations et suggestions à l’adresse suivante : tinhinane[@]gmail[.]com

Présentation sur le site de l’émission : Le 19 septembre dernier, le Nouvel Observateur publiait en exclusivité une étude scientifique menée dans le plus grand secret par l’équipe du chercheur en biologie moléculaire Gilles-Éric Séralini. Pendant deux ans, des rats ont été nourris au maïs OGM NK 603 et les résultats montrent un nombre très important de tumeurs. Cette étude est la première de si grande ampleur et pourtant les critiques ne se sont pas faites attendre. Les études scientifiques donnent souvent des résultats contradictoires. Dans ces conditions, comment les journalistes peuvent-ils informer correctement sur les OGM ? Quelles sont les études vraiment fiables ? Comment identifier les liens de certains laboratoires avec l’industrie ?
Pour répondre à ces questions : Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération depuis 1995 et actuel président de l’Association des journalistes scientifiques ; Stéphane Foucart, journaliste au Monde, chargé des sciences de l’environnement ; Jean-Claude Jaillette, rédacteur en chef à Marianne, service société ; Franck Mathevon, correspondant de Radio France à Londres.
Et, comme chaque semaine, le clin d’œil de Yassine Bouzar.

Jean-Marc Four : Bonjour à toutes et à tous !

Moi je dis que quand un journaliste il n’en sait pas plus que ça, il devrait être autorisé à fermer sa gueule ! / Le problème est de confirmer les sources et de les vérifier. J’avais un maître, Jacques Derogy, qui disait : la source unique, c’est la fin des haricots./ La question centrale pour un journaliste, je crois, c’est celle du doute. C’est très sain le doute. Si vous ne doutez pas, vous ne pouvez pas être journaliste. Il faut douter évidemment de tout, à commencer de la version officielle. / Ce qu’il faut dans notre métier, c’est de livrer une information qui soit la plus rigoureuse possible.

Jean-Marc Four : Sur France Culture, et sur franceculture.fr, pour tous vos commentaires en direct, comme chaque samedi matin, notre plongée dans les coulisses de l’information.

Ce matin, trois lettres explosives : OGM. Depuis la parution, il y a un mois, de l’étude controversée du professeur Séralini, sur l’impact du maïs génétiquement modifié NK 603, la controverse ne faiblit pas, elle va peut-être repartir de plus belle après demain, lundi, avec la publication des avis de l’Agence française de sécurité sanitaire et du Haut conseil des biotechnologies. Vive controverse parmi les scientifiques mais aussi, vous avez été nombreux à nous écrire à ce sujet, entre les médias eux-mêmes. D’où la question : Peut-on informer sans prendre partie, informer de façon neutre sur les OGM ?

Nous recevons donc aujourd’hui : Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération ; Jean-Claude Jaillette, rédacteur en chef du service société, spécialiste de l’environnement, à l’hebdomadaire Marianne, et Stéphane Foucart, chargé des sciences et de l’environnement au Monde. Bonjour à tous les trois !

Les trois en chœur : Bonjour !

Jean-Marc Four : En chœur, très beau !

Avec nous également, comme toujours, le regard extérieur, ce matin la sémiologue, Mariette Darrigrand. Bonjour !
Darrigrand : Bonjour !

Jean-Marc Four : Et le regard du multimédia avec Éric Chaverou. Bonjour, Éric !

Éric Chaverou : Bonjour !

Jean-Marc Four : Tout a commencé le 19 septembre dernier avec cette Une du Nouvel Observateur : « Oui, les OGM sont des poisons », traduction média d’une exclusivité sur les résultats de l’enquête du professeur Séralini.

« Les causes des mortalités, en noir, correspondent aux animaux qui ont de la souffrance. Autrement dit, on sait qu’ils sont morts parce qu’ils avaient des tumeurs qui dépassaient 25% du poids du corps, parce qu’ils maigrissaient de plus de 25%, ou qu’ils restaient prostrés dans leur cage, ou qu’ils avaient des hémorragies graves, avec un phénomène qui est trois à quatre fois plus important pour les rats qui mangent des OGM ou des OGM Roundup pour certaines doses. »

Jean-Marc Four : Extrait de l’interview de Gilles-Éric Séralini, avec une bonne dose, vous l’avez entendu, de mise en scène dramatisante sur le site du Nouvel Observateur. Rappelons pour mémoire que cette étude publiée dans la revue Food and Chemical Toxicology révèle, en résumé, que des rats nourris avec un maïs génétiquement modifié, le NK 603, semblent frappés au bout d’un peu plus d’un an de lourdes pathologies cancérogènes. Rappelons aussi que pour l’instant seulement deux organismes génétiquement modifiés le maïs MON 810 et la pomme de terre Amflora sont cultivés dans l’Union européenne.

Depuis un mois, je le disais, on semble pris dans un débat très clivant, soit c’est l’option 1 : cette étude est LA révélation qu’on attendait sur la nocivité des OGM, ou l’option 2 : cette étude est LA manipulation scientifique scandaleuse par excellence. Même les médias, entre eux, semblent avoir du mal à sortir de cette quasi guerre des tranchées, les propos ont été parfois très violents, pourquoi ? Sylvestre Huet ?

Sylvestre Huet : Les propos ont été très violents parce que le ton employé d’entrée par Gilles-Éric Séralini et le Nouvel Observateur ont été très violents.

Jean-Marc Four : Catégoriques, vous voulez dire.

Sylvestre Huet : Ton, je veux dire : Nous avons trouvé, voici les photos, des rats avec leurs tumeurs, des photos effroyables évidemment, pour des gens qui n’ont pas l’habitude des expériences des ras dans les laboratoires.

Jean-Marc Four : Je pense que tous les auditeurs les ont vues, ces images spectaculaires, il faut bien le dire.

Sylvestre Huet : Quelle a été la première réaction des journalistes spécialisés en science, que Gilles-Éric Séralini a tenus soigneusement écartés des personnes auxquelles il a distribué, avant sa parution, son article scientifique, en leur demandant en échange de signer un engagement de confidentialité conduisant ces journalistes à s’interdire de montrer cet article scientifique à d’autres scientifiques du domaine pour recueillir leur avis avant d’écrire leur propre article ?

Jean-Marc Four : Un mode de fonctionnement un peu particulier, un cas d’espèce ?

Sylvestre Huet : Pas un peu particulier…

Jean-Marc Four : Très ?

Sylvestre Huet : En totale contradiction avec les bonnes pratiques, comme on dit dans l’industrie, des relations entre le monde scientifique et le monde journalistique. Bonnes pratiques qui ne sont pas évanescentes. C’est des règles écrites très précises. Par exemple, toutes les grandes revues scientifiques du monde ont accrédité des milliers de journalistes scientifiques auxquels elles envoient systématiquement, une semaine à l’avance, tous les articles qui vont être publiés de manière à leur permettre de soumettre ces articles à d’autres points de vue pour faire d’emblée des articles multi sources. On a entendu dans votre générique une seule source, ça ne va pas.

Jean-Marc Four : Excusez-moi mais cela veut dire que vous êtes un peu jaloux du fait que le Nouvel Observateur a eu l’info avant tout le monde, non ?

Sylvestre Huet : Pas du tout !

Jean-Marc Four : Je précise, - excusez moi-Stéphane Foucart - on peut y revenir d’ailleurs, qu’on a évidemment proposé à Guillaume Malaurie du Nouvel Observateur de venir, il a estimé que ça allait être trop la foire d’empoigne, ce qui donne quand même une idée du climat qui règne sur le sujet.

Stéphane Foucart : Moi, j’ai obtenu avant sa publication formelle, le 19 septembre dernier, copie de l’étude de Gilles-Éric Séralini, et j’ai signé le fameux accord de confidentialité qui m’engageait, comme Sylvestre l’a rappelé, à ne pas montrer ce travail à d’autres scientifiques du domaine. J’ai peut-être mal fait, la manière que j’ai eue de traiter ça a été de mettre tout à fait en retrait de l’étude sans dire soit qu’elle est biaisée soit qu’elle est valide et elle révolutionne toute la toxicologie, etc., mais j’ai mentionné, de manière très explicite, le fait que je n’avais pas pu faire mon travail complètement et correctement comme je le fais d’habitude, selon le modus operandi qu’a rappelé Sylvestre.

Jean-Marc Four : Jean-Claude Jaillette, pas de jalousie ?

Jean-Claude Jaillette : Jaloux, non. L’Obs a franchi un tabou là-dedans. L’information scientifique est dans le domaine de la complexité, particulièrement sur les OGM, tout d’un coup dire : oui, les OGM sont des poisons, c’est quelque chose, à la limite en caricaturant, que toutes les rédactions rêveraient de faire. Je suis sûr que j’aurais amené un jour cette information-là (mais je ne l’aurais pas fait parce que j’ai quelques réserves sur cette étude de Séralini, pour toutes les raisons qui ont été écrites) et la possibilité de faire ce titre, on m’aurait dit : oui, vas-y, parce que tout à coup on peut dire quelque chose qui est interdit, on peut dire : oui c’est des poisons, alors que ce n’est pas le cas.

Jean-Marc Four : En même temps, il me semble que le propre, là il y a un point commun d’ailleurs entre le scientifique et le journaliste, c’est de douter, on l’entendait dans le générique. S’il y a une étude iconoclaste qui débarque, c’est plutôt intéressant, non ?

Stéphane Foucart : Oui, c’est intéressant, mais en science quand on veut prendre une position, se faire une opinion, il faut considérer l’ensemble des indices ou des informations disponibles. Là en l’occurrence il s’agissait d’une étude qui disait quelque chose de très étonnant, parce que d’une part le mécanisme par lequel l’OGM produit ces tumeurs, ces pathologies rénales, hépatiques, etc., n’est pas tout à fait éclaircie, même pas du tout éclaircie. Il y a un mécanisme spéculatif qui est mis en avant par les auteurs mais rien n’est démontré, c’est quand même quelque chose d’assez fragile. Par ailleurs on a des éléments de preuves empiriques, la consommation de ces OGM, ceux-là et d’autres, chez les animaux en particulier ne provoque pas de pathologies, en tout cas pas de pathologies aussi visibles. Cela fait une quinzaine d’années que le bétail est nourri essentiellement, y compris en Europe…

Jean-Marc Four : Sauf que là, on l’a bien entendu, c’est l’argument du professeur Séralini, l’étude a été menée sur une durée longue.

Stéphane Foucart : Mais le bétail, par exemple les animaux reproducteurs, les bovins par exemple, mangent toute leur vie, depuis une quinzaine d’années, des OGM sans développer ce genre de chose. En tout cas ce genre de pathologie n’a jamais été observée. Donc c’est une étude qui est publiée, donc qui a malgré tout une certaine valeur du fait qu’elle ait été publiée dans une revue à comité de lecture, donc elle a été soumise à un certain niveau d’expertise préalable, il ne faut pas dire non plus que c’est n’importe quoi, mais il faut la prendre avec énormément de précaution parce qu’elle va contre énormément d’indices qui sont déjà disponibles.

Jean-Marc Four : Est-ce que la vigueur de la controverse journalistique et médiatique n’est pas non plus simplement le reflet de la vigueur d’une controverse scientifique ? On la retrouve sur le gaz de schiste, par exemple, il y a une controverse aussi scientifique et on trouve une controverse médiatique. Ce n’est pas comparable, Sylvestre Huet ?

Sylvestre Huet : Je pense que l’origine de la virulence est beaucoup plus dans l’état du dossier OGM en termes économico-politiques et idéologiques qu’en termes de controverses scientifiques, parce qu’il y a très peu de controverses scientifiques sur les risques sanitaires des plantes transgéniques vendues ici et là. En revanche, il y a depuis quasiment quinze ans des conflits sociétaux, socioéconomiques, structurés autour de l’usage massif des plates transgéniques. Pourquoi ? Parce qu’elles ont eu des effets parfois massifs dans le déplacement de la plus-value agricole, c’est très clairement un outil qui a permis à Monsanto, Pioneer et Syngenta de conquérir des marchés importants dans le milieu de la semence et de bousculer les équilibres qu’il y avait dans le milieu agricole. Et d’autre part il y a eu la construction de représentations mentales ce qu’est une plante transgénique, que les gens appellent en général OGM, qui sont souvent extrêmement éloignées de la réalité génétique ou même agricole du sujet…

Jean-Marc Four : Vous voulez dire fantasmagorique ?

Sylvestre Huet : Oui, oui. C’est particulièrement le cas dans notre pays parce qu’on n’en a pas, on n’en cultive pas, donc, cette représentation ne peut pas se confronter au réel. Cette construction idéologique est utilisée comme un marqueur identitaire par des acteurs sociaux qui sont à la fois puissants et influents. Et une grande part de la population s’est positionnée sur ce sujet, ce qui a conduit les hommes et les femmes politiques à prendre eux aussi des positions très tranchées…

Jean-Marc Four : On va parler des politiques tout à l’heure.

Sylvestre Huet : Moi, je pense que c’est plutôt là que se situe l’origine de la violence des affrontements.

Jean-Marc Four : Un mot, Jean-Claude Jaillette et Stéphane Foucart ?

Jean-Claude Jaillette : Dans cette affaire on est dans la perfection du marketing politique utilisé par les ONG. Ce n’est pas la première fois qu’on assiste à ce genre d’opération. Greenpeace il y a quelques années avait fait sortir une étude en Autriche sur je crois des rats dont les reins grossissaient après avoir consommé des OGM, cela avait fait un scandale absolument terrible sauf que trois mois après les autorités sanitaires européennes ont démenti. Donc, systématiquement c’est ce genre de pratiques qui est utilisé. On sort du domaine de la complexité et on dit : ce sont des poisons, les médias embrayent évidemment, mais là on est arrivé à quelque chose qui est absolument magnifique. L’organisation du secret, le fait que l’on ait demandé aux journalistes scientifiques de ne pas consulter d’experts pour l’utiliser, l’Observateur s’est jeté là-dessus parce qu’il tenait le scoop de la rentrée, c’est exceptionnel.

Jean-Marc Four : Ces chercheurs disent que s’ils ne font pas ça de manière secrète et confidentielle ils vont subir des pressions. Je ne sais si c’est vrai ou pas mais c’est ce qu’ils disent.

Jean-Claude Jaillette : Quelles pressions ? Les médias leur sont acquis, ça ne sert à rien de dire des choses comme ça.

Jean-Marc Four : Stéphane Foucart ?

Stéphane Foucart : Puisqu’il a été question de controverse, de la réalité d’une controverse scientifique autour de ces questions, je pense que s’il y a eu autant d’attention portée à cette étude c’est aussi parce qu’elle arrive dans un contexte qui est globalement assez incertain. J’ai parlé tout à l’heure de plusieurs lignes d’évidence, d’indices qui montreraient que ces OGM, quels qu’ils soient d’ailleurs, ne sont pas très toxiques, ou pas toxiques du tout à la consommation, mais il faut quand même admettre que le système réglementaire est tellement laxiste, ces tests ne sont pas obligatoires avant la mise sur le marché, et les tests toxicologiques quand ils sont fait durent 90 jours, donc ce n’est pas suffisant pour que l’on ait une certitude raisonnable qu’il n’y a aucun risque. C’est dans ce climat d’incertitude générale qu’est venue s’insérer cette étude, c’est pour ça à mon avis qu’elle a eu autant de retentissement.

Jean-Marc Four : Justement, je voudrais que l’on s’arrête sur ces questions d’opacité. On a évoqué la forme d’opacité de la part des ONG à l’instant mais je voudrais évidemment que l’on évoque aussi l’opacité peut-être première, celle de l’origine, celle des producteurs des OGM, en tête desquels le géant américain Monsanto.

L’homme que l’on entend là, c’est l’ancien patron de Monsanto, Robert Shapiro, lors d’une conférence, il y a quelques années,, se disant prêt à la transparence, l’ouverture, le dialogue, pour que l’on sache tout sur les OGM. Sauf que dans les faits, on en est quand même assez loin, vous le disiez à l’instant Stéphane Foucart, comme le relevait il y a quelques jours, sur France Inter, l’ancienne ministre de l’environnement, Corinne Lepage, par ailleurs très impliquée, on le sait, aux côtés du professeur Séralini.

« Je n’imagine pas une seconde que notamment Monsanto, qui a quand même 75% des brevets mondiaux, n’ait pas une parfaite connaissance des effets du produit qu’il vend. Ça, c’est un premier point. Et c’est en cela que je dis que lorsqu’on regarde l’histoire et que l’on voit que dès 1957 les cigarettiers avaient des études sur ce qu’était le tabagisme passif, sur ce qu’était l’accoutumance des enfants, c’est-à-dire une cigarette par semaine les gosses de 12 ans sont accoutumé à la cigarette, je n’imagine pas qu’ils n’aient pas des études et qu’ils n’aient pas des connaissances que la totalité de la population n’ait pas. »

Jean-Marc Four : Corinne Lepage, il y a quelques jours sur France Inter, avec Patrick Cohen. Sylvestre Huet, Jean-Claude Jaillette, Stéphane Foucart, est-ce qu’il y a moyen d’obtenir des informations auprès de Monsanto ? Est-ce qu’on peut décrocher son téléphone et dire : allo Monsanto je voudrais des infos ?

Sylvestre Huet : Sur ce genre d’études, bien sûr que non parce qu’ils vont se retrancher derrière le secret industriel. Donc, la seule solution à mon avis, là c’est le journaliste et le citoyen qui parle, dès lors que ces questions touchent des aliments, il me semble inacceptable qu’un industriel puisse opposer le secret à une demande de l’autorité publique. D’ailleurs c’est bien évidemment ce que probablement redira le Comité économique éthique et social du Haut conseil des biotechnologies. La question là est : qui est responsable de cette situation ? Ce n’est pas Monsanto. Ce qu’il fait est légal.

Jean-Marc Four : Donc, on laisse faire Monsanto ? Ce sont les politiques, c’est cela que vous voulez dire ?

Sylvestre Huet : Les gouvernements, les autorités législatives des pays qui ont légalisé le secret industriel sont bien évidemment responsables, c’est à eux de le changer. De la même manière, le simple fait de poser un brevet sur une plante transgénique c’est une décision politique, qui a été prise par les gouvernements et des Assemblées alors qu’il y avait d’autres solutions, on pourrait décider que les semences sont un bien commun et que l’on interdit la prise de brevet sur les gènes et les transgènes.

Jean-Marc Four : Ce que vous dites là cela renvoie aussi à toutes les académies de médecines, les agences gouvernementales nationales ou européennes, et souvent là aussi il y a un doute, on peut formuler cela comme ça, elles sont sujettes à caution, à critiques, on sait que certains de leurs membres viennent ou vont après dans des lobbies de l’agroalimentaire. Il y a une espèce de doute généralisé qui est considérable ! Il n’y a pas de référent fiable. Stéphane Foucart ?

Stéphane Foucart : Il y a une faillite de ce point de vue là des institutions scientifiques et des agences de sécurité sanitaire en Europe qui est vraiment très inquiétant. Pour la question qui nous occupe aujourd’hui, moi je pense que jamais aucune institution scientifique en France ou en Europe n’aura le denier mot, n’aura l’autorité morale et scientifique nécessaire pour arrêter la controverse. La controverse est partie, je pense qu’elle ne s’arrêtera pas. Je voudrais revenir sur ce que disait Corinne Lepage, sur la manière dont le système est organisé, le système d’homologation de ces fameux OGM, et d’une manière générale sur le système d’homologation de tous les produits qui entrent dans la chaîne alimentaire en réalité (pesticides, emballage, OGM, etc.). L’histoire du tabac nous a appris quelque chose, elle nous a appris que quand une industrie injecte de l’argent dans la recherche, même dans la recherche académique, si Philip Morris a financé autant de laboratoires académiques aux États-Unis, c’était pour obtenir certains résultats. Or, ces résultats dans une certaine mesure, ils les ont obtenus, il y a des études qui le montrent d’une manière extrêmement claire, qu’entre les résultats par exemple d’une revue de littérature sur les effets du tabagisme passif et l’argent du tabac qui a été investi dans la production de cette revue de littérature il y a une corrélation très forte, une corrélation entre la provenance de l’argent et le résultat. Ce que je veux juste dire par là c’est qu’aujourd’hui tout le système réglementaire est fondé sur un conflit d’intérêt institutionnalisé puisque les entreprises commettent elles-mêmes les études toxicologiques auprès de laboratoires prives pour tester leurs propres produits qu’ils vont mettre sur le marché. Ce qui veut dire en gros qu’ils se mettent dans une situation où ils sont presque certains d’avoir des résultats plutôt favorables à leurs produits.

Jean-Marc Four : On voit bien que le journaliste est confronté à une difficulté majeure malgré tout, c’est-à-dire qu’il n’y a pas ce référent fiable. Il ne peut pas se fier nécessairement à Monsanto parce que forcément c’est juge et partie des études qui sont commanditées par Monsanto, il ne peut pas nécessairement se fier à l’étude du professeur Séralini parce qu’elle est sujette à caution sur les rats qu’il a utilisés, etc. Je n’y reviens pas. Mais alors on est journaliste, on ne peut appeler personne pour dire où est le vrai ? C’est cela que ça veut dire ?

Sylvestre Huet : Il y a une vie universitaire, une vie académique, des laboratoires qui travaillent en biologie. Il y a des raisonnements biologiques que l’on peut demander à des scientifiques.

Jean-Marc Four : Excusez-moi, Sylvestre Huet, on va parler concrètement. Lundi il va y avoir l’avis de l’Agence française de la sécurité sanitaire et du Haut conseil aux biotechnologies, ce qu’ils vont dire est-ce que vous, vous considérez que c’est fiable comme source d’information sur le sujet ?

Sylvestre Huet : Moi, je considère quand je regarde la liste des membres du comité scientifique du Haut conseil des biotechnologies qu’il y a dans ce panel suffisamment de gens qui n’ont pas de conflit d’intérêt avec l’industrie des biotechnologies et dont le CV, ce qu’ils ont fait dans leur vie, montre qu’il y a peu de risque qu’ils soient liés à l’idéologie qu’il peut y avoir derrière pour avoir une confiance raisonnable dans ce comité scientifique. Il faut quand même avouer que cela ne fait pas très longtemps qu’ils existent. L’externalisation de l’État, de morceaux d’État, qui sont les agences de surveillance des risques, que cela soit le nucléaire, l’environnement, etc., c’est un phénomène qui est relativement récent, c’est il y a 15 à 20 ans. Au départ cela a été provoqué par la grande trouille des hommes politiques avec l’affaire du sang contaminé, et d’autres choses comme ça, donc c’est un mouvement qui a commencé, qui a abouti à des institutions qu’il faut perfectionner et dont il faut surveiller le bon fonctionnement.

Jean-Marc Four : Un mot, Jean-Claude Jaillette, sur le même sujet, et Stéphane Foucart, avant qu’on écoute Mariette Darrigrand, ensemble. ,

Jean-Claude Jaillette : Moi, je ne suis pas journaliste scientifique donc je procède évidemment un peu différemment. Quand les sources sont concordantes, quand il y a cinq, dix avis qui vont dans le même sens, il y a quelques chances pour que la position commune soit la bonne.

Jean-Marc Four : En même temps l’histoire est faite de voix iconoclastes qui s’avèrent assez fondées un peu plus tard aussi.

Jean-Claude Jaillette : C’est vrai mais en l’occurrence là, c’est tellement vraie cette méfiance qu’il y a vis-à-vis des institutions et des agences qu’en l’occurrence l’ANSES pour son avis qui va être rendu lundi a pris un soin absolument méticuleux, a peigné les conflits d’intérêt, a écarté toute personne, tout expert qui pouvait avoir un conflit d’intérêt pour prendre cette décision. Donc là, on aura quand même quelque chose qui est assez solide.

Stéphane Foucart : Comme journaliste, effectivement je raisonne exactement comme Sylvestre. Ce n’est pas l’institution en elle-même qui est crédible, c’est le panel d’experts qui est réuni, les CV, les conflits d’intérêts potentiels, et les avis qu’ils ont précédemment rendus aussi, parce que c’est toujours difficile pour un expert de se déjuger. S’ils ont déjà eu un avis scientifique favorable sur tel ou tel produit, c’est toujours difficile ensuite de revenir dessus et de dire je me suis trompé. Donc, il y a plusieurs aspects à considérer. À titre personnel, moi j’estime que l’avis qui devrait être rendu lundi par le HCB devrait être de mon point de vue être crédible.

Jean-Marc Four : Peut-on informer, enquêter de façon neutre, sereine sur les OGM ? Ce matin dans Le Secret des sources sur France Culture, avec Sylvestre Huet de Libération, Jean-Claude Jaillette de Marianne et Stéphane Foucart du Monde. Vos commentaires, je sens venir nombreux sur ce sujet, comme toujours sur franceculture.fr et sur les réseaux sociaux. Dans un instant on prend un peu de distance avec le regard de la sémiologue Mariette Darrigrand.

La vie est pleine de surprises
Surtout pour ceux qui connaissent la crise
J’lève mon verre à vot’santé
Avant qu’on se fasse tous sauté
Moi dans la vie j’men fais pas
Je bouffe des pâtes à tous les repas
Embrassez pour moi la famille
Pendant que mes frères crient à la famine
Merci Monsanto
Pour tous tes beaux OGM
Merci à Quick et Mac DO
Pour nous vendre la bouffe qu’on aime
 
La course à la consommation
Produit des cons sans sommation
Et vous qui trouvez tout horrible
Moi j’dis qu’ensemble tout est possible
 
C’est pas bien grave on vous pardonne
Conduire le monde à sa perte
Bien sûr vous qu’avez la donne
Nous on s’contentera bien des restes
Vous reprendrez bien une part
De connerie pour le dessert
Je sais que vous en avez marre
Mais y’a que ça qui reste pas cher
Je vous jet pas la pierre
Vous qui bossez comme des fous
Pour nous sortir de la galère
Après tout j’ai voté pour vous
La croisière s’amuse
Pendant qu’on patauge dans la boue
Excusez-moi j’abuse
J’suis dans la merde jusqu’au cou
 
Du FMI au RMI
De l’ISF à SDF
Des ministères à la misère
De la CGT au MEDEF
Du caniveau à la tête de l’état
Des retraites chapeaux au RSA
De la France d’en haut à celle d’en bas
Il n’y a qu’un pas…

Jean-Marc Four : Militants du quotidien, ce groupe proche d’Europe écologie les verts. Mariette Darrigrand, essayons de comprendre avec vous les raisons profondes de cette crispation quand même assez forte, on le voit sur le sujet en particulier en France. Sylvestre Huet le disait un petit peu tout à l’heure, d’abord c’est le premier point d’un marqueur politique sur cette question des OGM, le maïs en particulier même.

Mariette Darrigrand : Vous avez d’ailleurs tout à fait employé la bonne expression, la construction de représentations mentales autour de cette question-là. D’habitude dans l’émission on regarde comment les sources sont difficiles à atteindre, et là avec ce sujet c’est l’inverse, il y a trop de sources en quelque sorte, ça déborde. Il y a une première source contextuelle effectivement, qui est la politique, les années de crises sanitaires, vache folle, etc., et montée de l’alter-mondialisme, comme on disait à l’époque, où en effet le maïs a été absolument central. Ça a été la prise de conscience que l’alimentation, parce qu’elle pouvait être vraiment nuisible à la santé était un thème politique. Donc, dès qu’on parle d’alimentation aujourd’hui, de maïs en particulier, on tombe sur ce marqueur idéologique. Ça, c’est un premier pas.

Jean-Marc Four : Puis, on est dans le thème de l’alimentation, donc l’imaginaire magique autour de la nourriture.

Mariette Darrigrand : Absolument ! Là, je dirais qu’on est dans un invariant anthropologique. Dès qu’on parle d’alimentation dans une société on réveille de grands mécanismes archaïques, qui sont positifs ou négatifs, il n’y a pas de jugement de valeur, qui nous amènent à être des êtres beaucoup plus irrationnels, beaucoup plus dans le merveilleux, la pensée magique. C’est très intéressant et en France on a de très bons chercheurs là-dessus.

Jean-Marc Four : Claude Fischler.

Mariette Darrigrand : : Claude Fischler, formidable, qui avait bien énoncé les choses il y a quelque années et c’est toujours vrai : « je suis ce que je mange ». D’habitude on dit : « je pense donc je suis », là c’est notre (manque un mot) cartésien, rationnel, mais là il y a un autre énoncé qui est : « je suis ce que je mange », surtout quand le maïs est génétiquement modifié, c’est-à-dire anthropomorphisé, comme nous il a des gènes…

Jean-Marc Four : C’est la technoscience, du coup il y a le paramètre : je vais me transformer moi-même en mangeant quelque chose.

Mariette Darrigrand : : Donc, là on déclenche la machine imaginaire, la machine narrative, et quand vous parliez de la façon dont le professeur avait maitrisé la lancée de son étude cela me faisait penser irrésistiblement à J. K. Rowling, l’auteur d’Harry Potter, qui a fait exactement la même chose. On a un récit, disons un storytelling du merveilleux, qui se met en marche avec les mots classiques non pas de la science mais de la littérature : le poison, le secret, des gens un peu bizarres, des gens qui ont de drôles de noms, des médecins, qui…

Jean-Marc Four : On retombe sur la fantasmagorie.

Mariette Darrigrand : Oui, on est dans une sorte d’héroic fantaisiy, scientiste, il y a des petits bouts de science, il y a des grands bouts de littérature.

Jean-Marc Four : Puisque vous parlez de J. K. Rowling, je ne l’avais pas vu venir, la transition est toute trouvée, je vous propose, vous restez avec nous Mariette Darrigrand, un petit crochet par l’étranger, en l’occurrence par Londres. Bonjour Franck Mathevon !

Franck Mathevon : Bonjour Jean-Marc.

Jean-Marc Four : Vous êtes le correspondant de Radio France à Londres, une question très simple : est-ce que le sujet fait débat en Grande-Bretagne ? Vu de Paris, j’ai l’impression que non.

Franck Mathevon : Le sujet fait débat mais c’est vrai qu’il fait assez peu l’actualité en Grande-Bretagne, on n’a pas parlé par exemple ici de l’étude française. Je dirais que ce débat est peut-être plus serein en France, les anti-OGM sont sans doute moins radicaux, et d’une manière générale l’opinion britannique est moins hostile aux OGM, c’est d’ailleurs ce qu’avait montré un sondage en début d’année. C’est lié je crois à plusieurs choses. D’abord d’une manière générale le pragmatisme britannique, on a tendance ici à faire confiance aux scientifiques, le préjugé est sans doute plus favorable qu’en France. Cela nous amène à un second point, le fait que l’agriculture britannique a subi récemment des conditions météos épouvantables : terrible sécheresse au printemps, des pluies diluviennes ensuite, rendement très décevant au final, donc ici les agriculteurs voient d’un très bon œil les progrès de la science qui pourraient permettre à des cultures, d’OGM pourquoi pas, de mieux résister par exemple à la sécheresse. Puis, il y a un troisième point qui est lié plus globalement au rapport à la nourriture en Grande-Bretagne, on sait bien que l’une des inquiétudes vis-à-vis des OGM, on l’évoquait à l’instant, c’est la crainte intuitive de manger quelque chose qui ne serait pas naturel, et cette crainte est sans doute moins présente ici, même si c’est de moins en moins vrai. Enfin le combat contre les OGM n’a jamais été incarné au Royaume-Uni comme il a pu l’être en France par une personnalité comme José Bové. Tout cela fait que le sentiment général quand on parle des OGM se résume à : il faut voir, laissons une chance à la science.

Jean-Marc Four : Merci, Franck Mathevon, en direct de Londres. Il y a quand même quelque chose de saisissant, Mariette Darrigrand. Certes, il y a de grandes différences entre la France et la Grande-Bretagne, mais ce sont quand même des pays voisins, ils ont plein de points comparables, semblables même, et il y a une réaction très différente par rapport au sujet. Il y a une spécificité française ? Comment est-ce qu’il faut le lire ?

Mariette Darrigrand : Une hypothèse, la lecture que font les anthropologues de l’alimentation, toujours très intéressantes, ils disent que l’Europe est scindée en deux : l’Europe du Nord et l’Europe du Sud, pour des raisons historiques mais aussi symboliques liées aux religions ; l’Europe du Nord est plus rationnelle, plus protestante, et l’Europe du Sud s’emballe un peu plus facilement.

Jean-Marc Four : Ce n’est pas la même nourriture non plus !

Mariette Darrigrand : Mais elle n’a pas la même nourriture, exactement. En Europe du Sud on mange des céréales, de l’huile et du vin, ça c’est le ternaire, la sainte trinité de l’Europe du Sud. Et l’Europe du Nord, c’est le beurre, la bière et moins les céréales (en particulier l’Angleterre qui n’a jamais vraiment beaucoup produit de céréales, qui en a beaucoup importées) que les nourritures animales, on mange plutôt de la viande et du laitage. Donc, il y a de grands héritages culturels qui sont dans notre tête et notre inconscient collectif malgré nous.

Jean-Marc Four : Stéphane Foucart, Sylvestre Huet, Jean-Claude Jaillatte, je vous voyez écouter cela avec attention, est-ce que, pour paraphraser un autre Britannique, Theodore Zeldin, une sorte de passion française sur cette question des OGM ?

Jean-Claude Jaillette : Moi je trouve que cela a été extrêmement bien décrit, c’est un roman cette histoire. Là, on a été dans un épisode absolument exceptionnel du roman. C’est un roman parce qu’il y a un personnage, comme l’a dit votre correspondant à Londres, José Bové a incarné ça, les faucheurs volontaires ont été les acteurs de cette montée du sentiment anti-OGM, puis il y a le ressort du secret, de ce qui se passe on en sait pas trop dans des laboratoires un peu secrets. La manière dont Séralini a gardé le secret sur le laboratoire où les études ont été menées fait partie aussi de ce roman, c’est exceptionnel. On ne sait d’ailleurs toujours pas vraiment où cela s’est passé, quelque part en Normandie.

Jean-Marc Four : Il est de Caen, Séralini.

Stéphane Foucart : Il y a peut-être aussi quelque chose qu’il faudrait ajouter, le fait que l’expertise en France est sans doute plus fragilisée qu’ailleurs, à mon avis du fait de plusieurs scandales qui ont marqué ces dernières décennies, je vais notamment penser à l’amiante où l’expertise scientifique a été totalement dévoyée pendant vingt ans. Pendant vingt ans les experts sur cette question…

Jean-Marc Four : Excusez-moi Stéphane Foucart les Britanniques ont eu la vache folle, la fièvre aphteuse, ils ont eu plein de choses aussi et pourtant on a l’impression que pour eux les OGM…

Stéphane Foucart : Mais il ne faut pas oublier quelque chose, dans le cas de la France le comité permanent amiante, cette espèce de petite cellule de lobbying, était composé de gens extrêmement prestigieux, l’Académie de médecine a rendu des rapports pour dire que l’usage contrôlé de l’amiante était tout à fait acceptable. Je pense que cela peut créer une sorte de traumatisme, de défiance, dans la population…

Jean-Claude Jaillette : L’affaire sang contaminé, en France, a été déterminante…

Stéphane Foucart : Absolument ! Je pense quand même qu’il y a un rapport à l’expertise qui est un peu plus problématique en France qu’ailleurs.

Jean-Marc Four : Franck Mathevon évoquait également le rapport aux scientifiques et à la science, est-ce que vous avez le sentiment qu’il y a un décalage entre l’attitude que peut avoir, là je parle en France, la presse généraliste d’un côté et la presse scientifique de l’autre ? Est-ce que la presse scientifique est moins cristallisée sur ces clivages ?

Sylvestre Huet : Comme c’est des périodiques, on va bien voir comment La recherche, Science & Avenir, etc., vont réagir. Moi, ce que j’ai observé, c’est un clivage chez les journalistes entre, ce n’est pas tellement ceux qui s’occupent d’environnement et ceux qui s’occupent de la science, c’était tous ceux qui s’occupent de la science plus tous ceux qui dans l’environnement ont un intérêt, un appétit, une connaissance du fonctionnement du milieu scientifique, et les journalistes qui font de l’environnement, je dirais, beaucoup par affinité, parfois par volonté militante, et qui dans cette affaire ont fonctionné à : « j’ai trouvé l’argument pour convaincre les gens que… » ; alors que la première réaction de tous les journalistes connaissant le fonctionnement de la science cela été d’être vraiment interloqués par, au tout début par la méthode de communication de Séralini, qui est une claire rupture avec les bonnes pratiques. D’autre part, dès qu’ils ont pu avoir l’article et le confronter à des connaissances assez basiques notamment statistiques, tout de suite à un très gros doute. Pour revenir à : pourquoi en France et pas ailleurs ? Il faut vraiment élargir le regard au-delà de l’Europe. Il faut d’abord comprendre qu’en France les mouvements écologistes ont fait de l’opposition aux plantes génériquement modifiées un marqueur idéologique extrêmement puissant qui correspond à leur incapacité…

Jean-Marc Four : Ce que disait Mariette Darrigrand.

Sylvestre Huet : En France les mouvements écologistes ont fait de l’opposition aux plantes génériquement modifiées un marqueur idéologique extrêmement puissant qui correspond à leur incapacité à faire de même avec le nucléaire pendant longtemps, il y a eu un transfert là. D’autre part, quand on regarde le monde, pour être très bref, il n’y a que deux sortes de transgènes : un transgène qui permet à Monsanto de vendre une plante qui resiste à son propre herbicide, donc à vendre le kit : plante qui tolère l’herbicide et herbicide. Et ça, bien évidemment ce n’est valable que pour les paysans qui ont de l’argent, parce que les paysans pauvres ne peuvent pas acheter d’herbicides. D’autre part les plantes qui produisent un insecticide, qu’on dit Bt (Bacillus thuringiensis), là il s’est passé quelque chose de fondamental, c’est que d’une part, la base de cette pante transgénique-là peut être favorable à une vision où on utilise moins d’insecticides, parce qu’on va faire cela au lieu de pulvériser, d’autre part, la Chine est entrée en jeu. Les gouvernants chinois ont décidé, il y a quinze ans (parce qu’ils avaient trop d’insecticides dans leurs champs, et cela commençait à polluer y compris les plantes alimentaires) de se lancer dans le coton qui produit l’insecticide mais ils ont bien évidemment décidé de ne pas le faire avec Monsanto. Aujourd’hui, 95% du coton chinois BT, c’est à dire génétiquement modifié pour produire un insecticide, est issu de semences produites en Chine, avec des technologies chinoises, par des instituts publics d’agronomie chinois. Ça a changé complètement la manière dont les pays en développement on regarde le plante génétiquement modifiée.

Jean-Marc Four : Et ça d’ici on ne le voit pas et on ne le regarde pas nécessairement. Je voudrais que l’on jette un œil sur Internet. Éric Chaverou, vous qui avez en permanence l’œil sur les réseaux sociaux et sur le multimédia, parce que la controverse on la retrouve évidemment sur Internet, comme souvent, y compris d’ailleurs pour la presse scientifique qu’on évoquait tout à l’heure.

Éric Chaverou : Cette presse a été prise à partie par d’innombrables internautes, comme souvent, et il y a quelques jours, par un site américain, qui s’appelle Independant Science News, relayé par le Nouvel Observateur, c’est important, un site né l’an dernier, selon lui, pour remédier à des journalistes qui ne seraient devenus que des pédagogues. Et ce site vient de publier une lettre ouverte de soutien à Gilles-Éric Séralini. Lettre de sept chercheurs internationaux, signée par une vingtaine de leurs confrères. Et qu’est-ce qu’on trouve dans cette lettre ? on trouve plusieurs difficultés fondamentales, dont le rôle des médias. Pour ces chercheurs, les plus prestigieux des médias scientifiques ont tous omis de faire contrebalancer les critiques à l’étude de Séralini et ces chercheurs dénoncent la revue Science, le New York Times ou encore le Washington Post.

Jean-Marc Four : Ce que l’on trouve aussi beaucoup sur Internet, sans doute plus que dans les médias classiques, c’est beaucoup d’informations relatives aux groupes de pressions. Il y a encore eu un exemple cette semaine en France.

Éric Chaverou : Oui, c’est une information dont on a peu parlée mais que je trouve très intéressante, c’est le site acteurspublics.com qui a révélé ça mardi, ce sont les députés qui viennent de faire le ménage parmi les lobbyistes à l’Assemblée et Monsanto s’est vu retirer son badge d’accès tout comme Servier l’an dernier. C’est peut-être bien là aussi d’ailleurs une conséquence de l’étude de Séralini, ce qu’il faut savoir c’est au total il y a 179 représentants d’intérêts publics ou privés qui possèdent ce précieux sésame…

Jean-Marc Four : Ce qui ne sait pas nécessairement.

Éric Chaverou : Et il y a une autre réforme qui vient de passer, c’est que le badge ne sera plus valable qu’un an contre cinq jusqu’à présent.

Jean-Marc Four : Autre grand classique du genre, l’utilisation des réseaux sociaux par les dits groupes de pression.

Éric Chaverou : Avec une nouveauté en France, avec Modus operandi qui évolue, pour les anonymes, le fait d’interpeler directement les marques sur leurs pages Facebook. Mardi, Olivier Bernaud a par exemple lancé un défi sur une des pages officielles Danone, fait rare Danone ne l’a pas censurée. Son défi, pour ce consommateur qui dit juste vouloir rester en bonne santé avec des aliments sains, c’est d’appeler la marque à ne plus utiliser d’OGM, de le signaler par une étiquette, et de gagner le défi en ayant 50 milles personnes qui adhèrent à son post. Le problème est que pour l’instant il n’y a qu’une soixantaine de personnes qui l’ont relayé. En revanche si l’on va en Californie, là la mobilisation est bien plus ample. Qu’est-ce qui se passe ? Il y a un référendum qui va avoir lieu le mois prochain qui concerne le possible étiquetage sur les produits alimentaires des OGM et les partisans du droit à savoir ce qu’ils mangent ils ont eux plus de 83 milles « j’aime » sur leur page Facebook et plus de 63 milles abonnés sur leur compte twitter.

Jean-Marc Four : Est-ce qu’il n’y a pas aussi dans cette affaire un télescopage un peu curieux entre le raisonnement d’un journaliste et le raisonnement d’un scientifique, particulièrement entre les deux temporalités, parce que ce sont deux temporalités théoriquement totalement opposées pour le coup. Tout à l’heure on disait ils ont le doute en commun mais à l’inverse leur temporalité est très, très différente. Le journaliste il doit publier vite, tout de suite, etc., il veut faire du scoop, les médias, les entreprises de presse veulent faire du chiffre, vendre etc., de l’autre côté le scientifique normalement il est sur le temps long.

Sylvestre Huet : C’est justement pour ça que depuis de longues années la communauté scientifique et les journalistes spécialisés en science ont mis en place des bonnes pratiques pour essayer tant que faire se peut de réconcilier ces deux logiques qui se heurtent frontalement. L’une des ces bonnes pratiques c’est l’embargo qui consiste non pas à cacher mais au contraire à révéler aux journalistes scientifiques…

Jean-Marc Four : Pour qu’ils aient le temps de travailler.

Sylvestre Huet : Révéler aux journalistes scientifiques qui vont paraître, pour qu’ils aient le temps de soumettre à la critique laudative ou démolisseuse des confrères des auteurs qui signent l’article de manière à ce que l’on prenne en compte quelque chose qui est fondamental dans la science, pour qu’il y ait de la bonne science, il faut qu’il y ait de la mauvaise, parce que pour mettre en cause le progrès des connaissance, c’est aussi par la remise en cause de ce que l’on a cru bon en science. Pour pouvoir le faire il faut la liberté académique, il faut la liberté de commencer des recherches et de publier des choses qui vont après être infirmées. Les journalistes scientifiques sont conscients de cela, c’est pour cela qu’ils ont une démarche de modestie, de prudence quand les articles scientifiques sont publiés pour le traiter, oui quand même tout de suite, le jour même de leur publication, mais en ayant quand même utilisé le doute que l’on a vis-à-vis de ça pour améliorer l’information que l’on donne.

Jean-Marc Four : Jean-Claude Jaillette et Stéphane Foucart sur cette question.

Jean-Claude Jaillette : Moi, je voudrais regarder de l’autre côté, les ONG ont parfaitement bien compris cette différence de temporalité qu’il peut avoir entre le travail journalistique et le travail de la science. Là, en l’occurrence, quand on balance des informations comme ça, quand on organise ce système d’exclusivité avec un média, comme ça a été le cas avec le Nouvel Observateur, on sait très bien que derrière les réactions des agences et les réactions des experts viendront trois semaines, voire deux mois, trois mois après et cela n’intéressera plus personne. Les ONG ont très bien compris qu’il fallait avoir une attaque atomique à un moment donné et se créer les conditions de cette attaque et ensuite les démentis viendront plus tard, cela passera totalement inaperçu. Dans ces affaires d’OGM cela se passe à chaque fois comme ça.

Stéphane Foucart : Dans le rapport que les médias entretiennent avec la science, il y a souvent le travers de penser que c’est le dernier qui a parlé qui a raison, c’est la dernière étude qui arrive qui dit le vrai, qui améliore tout ce qui a été fait auparavant. Quand on a une pratique de journaliste scientifique, on essaye au contraire de considérer chaque étude qui est publiée en fonction de l’histoire de la discipline, de ce qui a été publié précédemment, de ce que les gens en pensaient auparavant, de ce qu’ils pensent toujours et dans quelle mesure cette étude soit ajoute de la connaissance soit remet en cause des connaissances précédemment acquises ou que l’on croyait acquises. Je pense que les pratiques professionnelles, entre les journalistes scientifiques et les journalistes généralistes, elles se distinguent à ce niveau-là à mon avis, le fait de prendre en compte justement ce temps long dont vous parliez.

Jean-Marc Four : Il y a un autre acteur dans cette affaire, on l’a évoqué brièvement tout à l’heure mais je voudrais qu’on y revienne aussi, c’est bien entendu le politique.

« J’ai demandé une procédure rapide, de l’ordre de quelques semaines, qui permettra de vérifier la validité scientifique de cette étude, et si les résultats sont concluants, Stéphane Le Foll défendra au niveau européen l’interdiction de ces OGM dont la France interdit déjà la culture dans notre pays. »

Jean-Marc Four : Le premier ministre Jean-Marc Ayrault, vous l’aurez reconnu, immédiatement après la publication de l’étude du professeur Séralini. On a évoqué tout à l’heure le fait que le politique a été, et on le comprend, marqué au fer rouge par des affaires comme le sang contaminé, est-ce que le fait qu’il soit en permanence dans le principe de précaution, dans l’alerte a un impact aussi sur le travail des médias et des journalistes, il conditionne d’une certaine façon la façon de travailler, de réagir des médias ?

Sylvestre Huet : On l’a bien vu avec l’audition de Monsieur Séralini à l’Assemblée nationale, qui a été très clairement une mise en scène du professeur Séralini par les députés qui avaient cet objectif-là parce qu’ils partageaient les conclusions. D’ailleurs, l’écoute de cette audition est assez triste pour la démocratie française. Qu’est-ce qu’on a vu ? On a vu quand même que 9/10 des députés qui sont intervenus étaient hors sujet et incompétents, voire pour Monsieur Accoyer, était capable de poser la première question à Monsieur Séralini et de s’en aller avant d’avoir la réponse de Monsieur Séralini. Donc, la responsabilité des politiques là-dedans, elle est mise en cause d’ailleurs ce matin dans Libération par la Présidente du Comité économique éthique et social du Haut conseil des biotechnologies, Madame Christine Noiville, qui les voient osciller entre la sur-réaction devant une crise d’opinion publique…

Jean-Marc Four : Et l’absence de réponse, dit-elle, proportionnée.

Sylvestre Huet : Il y a aussi ça mais surtout quand ils sentent que ce n’est pas un coup électoral ils disent on renvoie ça aux experts, ils nous diront plus tard ce qu’il faut faire ou alors, comme ils viennent de le faire-là, que les experts qu’ils ont eux-mêmes mis en place pour les éclairer, paf ! ils sont déjà dans la décision.

Jean-Marc Four : Et ça, cela impacte le travail du journaliste ? Ça a un effet sur le travail du journaliste ? Ça le conditionne ?

Sylvestre Huet : Oui, pourquoi ? Parce que les directions des journaux demandent d’être à ce rythme-là et d’aller donc plus vite que la musique scientifique.

Stéphane Foucart : Je pense que d’une manière générale, sur ce dossier en particulier, il y a une grande lâcheté des politiques, qui se réfugient en permanence derrière la science. Comme c’est très difficile d’avoir une position idéologique ou politique sur les OGM, eh bien on se réfugie derrière la science et on saute derrière n’importe quelle étude qui dit ce que l’on a envie d’entendre. Quand la dernière étude qui vient de sortir, celle de Séralini, dit que c’est dangereux, on se réfugie derrière pour faire sonner tambours et trompettes et décréter un prochain bannissement des OGM, alors qu’il y aurait énormément d’autres arguments, politiques ceux-là, à mobiliser pour se prononcer sur le fond : est-ce qu’on veut, comme le rappelait tout à l’heure Sylvestre, que les semences soient brevetées, qu’elles soient sous le contrôle économiques de quelques grandes firmes ? Est-ce qu’on veut mettre toute notre agriculture dans la main de ces gens-là ? Est-ce qu’on veut utiliser plus de pesticides puisque ce sont effectivement souvent ceux qui développent les semences Roundup-Ready, qui vendent les mêmes herbicides, donc ont des liens économiques ? Il y a toutes ces questions qui se posent et qui ne sont jamais finalement adressées.

Jean-Marc Four : Donc, cela veut dire, Jean-Claude Jaillatte, que le politique crée ce cercle dans lequel les médias embrayent, et ainsi de suite ?

Jean-Claude Jaillette : Je crois que là aussi il faut faire la différence entre journaliste scientifique et journaliste généraliste. Ils ont une influence sur les journalistes généralistes parce que, comme le disait Stéphane tout à l’heure, le journaliste scientifique, lui, se réfère au passé et aux études antérieures, à toute l’histoire du sujet pour évaluer ce qui vient de sortir, dès le moment où une information de ce type-là, aussi importante que celle-là, qui touche à des domaines aussi sensibles que celui-là, arrive dans le domaine de l’information très grand public des journalistes généralistes ils réagissent aussi en fonction de ce que disent le scientifique d’un côté, le politique de l’autre. Et l’intervention d’un Premier ministre ou un ministre de l’agriculture permet de construire un sujet télé, permet de faire le sujet d’ouverture au Journal de TF1, mais peut-être pas le papier de la rubrique science de Libération, ça c’est sûr.

Jean-Marc Four : On va se quitter cette semaine avec « le clin d’œil de Yassine Bouzar », qui chaque semaine, vous le savez, promène son regard un peu décalé quelque part dans le secret des sources. Ce matin, dernière question, posée par Yassine : Toute cette controverse n’est-elle pas un luxe de pays riches ? en l’occurrence, Yassine ironise sur le côté mondain, clavecin de salon, de toute cette affaire.

Le clin d’œil de Yassine Bouzar : Concrètement, c’est quoi un OGM ? / C’est un organisme dont le matériel génétique a été… / Ce qui est particulier sur les OGM c’est qu’on va prélever… / Non, les OGM ne sont pas dangereux, ils ont été dans…. / La question : est-ce que les médicaments sont dangereux ?... / On marche sur la tête depuis le départ, parce qu’il faut séparer… / Et au même moment, ailleurs… Deux régions sont en état de famine, Sud Bakol et le Bas-Shabelle, dans le Sud de Mogadiscio. Si rien n’est fait, ce sont les huit régions de la Somalie, centre et sud, qui pourraient être touchées par la famine d’ici deux mois. L’ONU réclame trois cent millions de dollars en urgence pour faire face à la crise. / Au Guatemala, dont le dépendance alimentaire s’est accrue ces dernières années, subit la hausse des cours mondiaux, la moitié des enfants souffrent de dénutrition, deux milles seraient morts l’an dernier… / Qu’est-ce que je fais pour manger avec soixante euros ? Vous mangez avec soixante euros, tout un mois ? Ce n’est pas possible ! Alors, ben le Secours populaire, il nous aide bien, heureusement. Moi, j’ai encore des trucs que j’avais mis de côté l’année dernière, au congèle, du beurre, par exemple, du poulet. /

Jean-Marc Four : « Le clin d’œil de Yassine Bouzar » et ses sous-entendus habituels, et quelques notes de Genetic World, Le monde génétique, du groupe Telepopmusik.

« Peut-on informer de façon neutre sur les OGM ? » à réécouter, télécharger, commenter sur franceculture.fr et les réseaux sociaux.

Stéphane Foucart, Sylvestre Huet, Jean-Claude Jaillette, Mariette Darrigrand,
Éric Chaverou étaient ce matin dans Le secret des sources » sur France Culture. Un grand merci à tous !

Comme toujours, vous trouverez plein de liens sur le site de l’émission, le renvoi sur le blog de Sylvestre Huet, Science2, les références de Jean-Claude Jaillette, Sauvez les OGM.

Mathias Mégy et Vincent Abouchar étaient, comme toujours, au poste de pilotage, en compagnie ce matin de Vincent René.

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Lien(s) signalés sur le site de l’émission :
- OGM « Le scandale médiatique est contre-productif ». Libération Présidente du comité économique éthique et social du Haut Conseil des biotechnologies, Christine Noiville revenait hier sur la controverse déclenchée par l’étude du Pr Séralini.
- Neuf questions sur Séralini et « les OGM poisons ». Blog Sciences du journal Libération Par Sylvestre Huet le 11 octobre.
- Les OGM face à la question de la sécurité alimentaire : controverse et dilemme. MemoireOnline Par Jean-Paul Sikeli, Université Cocody Abidjan, en partenariat avec le Centre de Recherche et d’Action pour la Paix. DESS droits de l’homme 2005
- OGM : Séralini reçoit le soutien de chercheurs internationaux. Le Nouvel Obs Il y a une semaine, cet article évoquait la lettre ouverte de soutien intitulée "Séralini et la science", rédigée par sept chercheurs internationaux, signé par une vingtaine d’autres et traduite en français, qui a été publiée par le site américain "Independent Science News". Dans lequel les médias sont critiqués.
- Débat OGM : du scientifique au consommateur via l’agriculteur. Libération Par José Bové, eurodéputé, vice-président de la Commission agriculture et développement rural au Parlement européen. Le 4 octobre.
- OGM : la société civile contre les institutions scientifiques. Le Monde Par Stéphane Foucart, le 4 octobre.
- « Nous avons tapé là où ça fait mal ». Politis.fr Le médecin Joël Spiroux, un des coauteurs de l’étude sur les OGM de l’équipe de Gilles-Éric Séralini, publiée le mois dernier, revient sur le rejet par les autorités scientifiques des résultats de ce travail de recherche. Publié le 11 octobre par Patrick Piro.
- OGM : « Non, la recherche publique ne se tourne pas les pouces » L’étude de Gilles-Eric Séralini a suscité une controverse scientifique. François Houllier, directeur de l’Inra, répond aux accusations, interrogé par Guillaume Malaurie le 6 octobre.
- Rats nourris aux OGM : les dessous d’une étude contestée. Le Figaro Par Marc Mennessier, le 3 octobre.
- Les députés font le ménage dans la liste des lobbyistes. Acteurspublics.com Par Bruno Botella, mardi dernier.
- Branle-bas de combat autour de l’étiquetage des OGM. American Miroir Par Hélène Crié-Wiesner, le 26 août.
- 2 millions de « like » Facebook et le défi de la canette rose : Coca Cola devrait réagir. Le Plus Par Denis Pilato, hier, qui évoque aussi le défi lancé à Danone sur Facebook par un internaute.
- OGM / bataille d’experts : qui devons-nous croire ? Du Grain à moudre Émission du 25 septembre, avec Daniel Boy, directeur de recherche au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po, Jean-Christophe Pagès, professeur et praticien hospitalier à la Faculté de médecine de Tours et président du comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies, et Jacques Testart, dir de Recherche honoraire à l’I.N.S.E.R.M. et de la Fondation Sciences citoyennes.