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Alain Resnais, signataire du "Manifeste des 121"

dimanche 13 août 2006

Quelques indications biographiques, filmographie et bibliographie relatives à Alain Resnais, signataire du « Manifeste des 121 », par Taos Aït Si Slimane. Texte publié initialement sur le blog Tinhinane, le dimanche 13 août 2006 à 01 h 04.

Lire aussi, sur ce site, la transcription de l’émission de France Culture « La Nouvelle Fabrique de l’histoire », (rediffusion) du mardi 18 juillet 2006, consacrée au film documentaire d’Alain Renais et Chris Marker : « Les statues meurent aussi »

Réalisateur, scénariste et monteur Alain Resnais est né le 3 Juin 1922 à Vannes dans le Morbihan (France).

Marié en 1969 à Florence Malraux, la fille d’André Malraux, qui l’assistera sur six films (de La guerre est finie en 1966 à Mélo en 1986), il vit maintenant avec Sabine Azéma qu’il rencontra en 1981 alors qu’elle jouait Patte-Mouille, avec Michel Galabru, une pièce de théâtre de son mari Michel Lengliney. Resnais lui donne en 1983 un rôle difficile dans La vie est un roman.

Alain Resnais se nourrit dès l’adolescence de cinéma, de théâtre, de littérature et de bandes dessinées auxquelles il fera souvent référence dans son œuvre. Enki Bilal, qui avait dessiné l’affiche de Mon oncle d’Amérique, réalise les décors et l’affiche de sa première comédie musicale, La Vie est un roman (1983). Floc’h dessine l’affiche et les interstices qui lient les saynètes de sa seconde comédie musicale, On connaît la chanson (1997). Dans Mélo (1986), un hommage au théâtre, où il s’inspire de la narration de la BD. Petites peurs partagées (2006) est également inspiré d’une pièce d’Ayckbourn - Private fears in public places - comme ce fut le cas pour Smoking et No smoking.

Dès l’âge de treize ans, Alain Resnais réalise de petits films en 8mm (dont une adaptation de Fantômas). Installé à Paris au début de la Seconde Guerre mondiale, il s’inscrit au cours Simon à 18 ans et à l’IDHEC, en 1943, où il est reçu second dans la première promotion. Il se spécialise dans le montage tout en continuant à réaliser des films en 16 mm qui n’auront pas de diffusion commerciale.

Le monde du spectacle le fascine. En 1946, il participe au Théâtre aux Armées mais se juge piètre acteur. Après avoir fait un peu de figuration dans Les Visiteurs du soir (film français réalisé en 1942 par Marcel Carné), il est engagé comme assistant réalisateur sur Paris 1900 de Nicole Vedrès, succession d’archives et d’extraits de films illustrant la fuite en avant vers le progrès et ses conséquences désastreuses représentées par la guerre de 14. Viennent ensuite ses premiers courts-métrages, tournés en noir et blanc : Van Gogh (1948) ou Guernica (1950), Les Statues meurent aussi (1953), avec Chris Marker, salués par la critique pour la qualité de l’analyse esthétique et leur sensibilité. Son court-métrage Nuit et brouillard (1955), sur les camps d’extermination nazis, le révèle au public qui le reconnaît comme cinéaste et un penseur engagé.

Alain Resnais s’est souvent entouré d’écrivains ou d’intellectuels pour écrire ses scénarios. Ce fut le cas pour Les statues meurent aussi qu’il réalise avec Chris Marker à la demande du collectif Présence africaine. Un film sur l’art nègre à replacer dans le contexte de la colonisation et sa contestation par certains penseurs noirs comme Cheikh Anta Diop, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Price Mars, Alioune Diop ou Frantz Fanon. A sa sortie, le film est censuré mais précède de peu la conférence de Bandung qui réunit les représentants de pays pauvres et proclame leur volonté de se débarrasser du colonialisme. Ce fut également le cas pour son premier long-métrage, Hiroshima mon amour (1959) avec Marguerite Duras. Une fiction qui lui assura une renommée mondiale. Avec L’Année dernière à Marienbad (1961), son deuxième film est une œuvre expérimentale coécrite avec le romancier Alain Robbe-Grillet, il obtient le lion d’or à la biennale de Venise. Ces œuvres révèlent un goût de l’exercice de style, les jeux de formes qui mélangent constamment l’imaginaire et le réel, d’ingénieuses fixations d’une caméra souple et une virtuosité des montages qui dosent et ajustent l’esthétique et la complexité de la pensée humaine.

Son premier long métrage, Hiroshima mon amour (1959), révélation du Festival de Cannes même s’il ne reçoit alors que le prix de la Société des écrivains de cinéma, révolutionne les conceptions classiques de narration de l’époque. Hiroshima mon amour précède de peu A bout de souffle de Jean-Luc Godard où Jean-Paul Belmondo passe devant l’affiche d’un cinéma donnant Hiroshima mon amour donne le signal de la Nouvelle Vague. Avec Les quatre cents coups (1959) de François Truffaut, Il y a là les trois fleurons de la Nouvelle vague française.

Cinéaste engagé, il signe, en 1960, la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » (« Manifeste des 121 »). Les thèmes de la guerre et de la politique sont très présents dans son œuvre. Muriel, ou le temps d’un retour (1962) écrit par Jean Cayrol, dénonce la torture en Algérie. Trois ans plus tard, il porte à l’écran un scénario de Jorge Semprún sur la résistance antifranquiste en Espagne, La guerre est finie et Stavisky (1974). En 1967 il participe au film collectif : Loin du Vietnam.

Surréalisme et psychanalyse également sont au rendez-vous du travail de Resnais, comme dans Je t’aime je t’aime (1968) et Providence (1977), Mon oncle d’Amérique (1979), réflexion sur la biologie du comportement inspirée des propos du professeur Henri Laborit, La vie est un roman (1983), l’Amour à mort (1984), On connaît la chanson (1997)…

En 1992, il s’associe au couple de scénaristes Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui pour Smoking/No Smoking et accède au succès populaire avec On connaît la chanson (1997). En 2003, Resnais poursuit dans l’atmosphère musicale et théâtrale avec Pas sur la bouche d’après une opérette d’André Barde et Maurice Yvain datant de 1925. Mélo (1986) était déjà un hommage au théâtre et Petites peurs partagées est également inspiré d’une pièce de théâtre, comme ce fut le cas pour Smoking et No smoking.

Resnais a eu de nombreuses récompenses (cf. ci-dessous sa filmographie) dont :
• Prix pour l’ensemble de sa carrière, 1995 au(x) Biennale de Venise

• Prix pour l’ensemble de sa carrière, 1998 au(x) Berlinale. Internationale Filmfestspiele (Berlin)


Filmographie

- L’aventure de Guy, court-métrage, 1936.

- Schéma d’une identification, court-métrage, 1946, réalisé avec François Chaumette. Avec Gérard Philippe.

- Portrait de Christine Boumeester, 1946

- Visite à Hans Hartung, 1946

- La Bague, 1946, 6 mn

- Ouvert pour cause d’inventaire, court-métrage, 90 min, 1946. Avec : Danièle Delorme, Pierre Trabaud, Michel Auclair, Nadine Alari, Roland Dubillard, Rémo Fortani, Daniel Gélin, Marie Mergey, Yves Peneau.

- Portrait de Henri Goetz, 1947, NB, 21 mn.

-  Visite à Oscar Dominguez, court-métrage, 1947

- Visite à Lucien Coutaud, 1947

- Visite à Hans Hartnung, court-métrage, 1947

- Visite à Félix Labisse , court-métrage, 1947

- Visite à César Domela, court-métrage, 1947

- Portrait d’Henry Goetz, court-métrage, 1947

-  Le Lait Nestlé , court-métrage, 1947

- Journée naturelle, court-métrage, 1947

- La bague, court-métrage, 1947

- L’alcool tue, court-métrage, 1947

- Van Gogh, court-métrage, 20mn, 1948. Resnais filme d’abord en 16 mm, sur une commande de l’association des Amis de l’Art, les tableaux de Van Gogh, lors d’une exposition à l’Orangerie. Suite à une proposition de P. Braunberger, il retourne le film en 35 mm. Mais, l’exposition étant repartie, il ne peut le faire qu’à partir de photos en noir et blanc. « Ce noir et blanc m’intéressait... Cela me permettait une libre exploration spatiale, un voyage dans le tableau... » Alain Resnais.

- Malfray , court-métrage, 1948

- Les jardins de Paris, court-métrage, 1948

- Châteaux de France, court-métrage, 1948

- Guernica , court-métrage, 12mn, 1950. Texte de Paul Eluard, dit par Maria Casarés et Jacques Pruvost. Ce documentaire part du tableau peint par Picasso en 1937 pour dénoncer l’atrocité de la guerre civile espagnole et du fascisme.

- Gauguin, court-métrage, 12 mm, 1950. Texte tiré des écrits de Paul Gauguin, dit par Jean Servais. Resnais : « Pour qu’un film m’intéresse, il faut qu’il ait un côté expérimental ; c’est ce qui manquait au Gauguin, et c’est pourquoi c’est un mauvais film. » (A. Fleicher, L’art d’Alain Resnais, Ed. Centre Georges Pompidou, 1998, p. 66.)

- Pictura, court-métrage, 1952

- Les Statues meurent aussi, court-métrage, 30mn, 1953. Texte de Chris Marker, dit par Jean Négroni. Réalisation, Alain Resnais, Chris Marker, Photographie, Ghislain Cloquet, Musique, Guy Bernard, Production, Tadie-Cinéma. Prix Jean Vigo en 1954. Le film est resté interdit pendant dix ans et amputé d’un tiers. René Vautier : « […]Alain Resnais n’a jamais su pourquoi son film était interdit. Il n’a eu le visa que quand il s’est marié avec la fille d’André Malraux, le ministre de la Culture. C’était presque le cadeau de noce de la mariée au marié ![…] »

- Nuit et brouillard, court-métrage, NB, 32 mn, 1955. Commentaire de Jean Cayrol dit par Michel Bouquet. Musique de Hanns Eisler. Conseillers historiques Henri Michel et Olga Wormser. Un film sur les camps d’extermination nazis, sur un texte de Jean Cayrol mêlant images d’archives en noir et blanc et images en couleur. En mai 1955, pour le dixième anniversaire de la Libération des camps, le Comité d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale commande un film commémoratif à Alain Resnais. Celui-ci demande à l’écrivain Jean Cayrol, lui-même rescapé d’Orianenbourg, à Henri Michel et Olga Wormser, auteurs de La Tragédie de la déportation, de collaborer à une œuvre dont il entendait faire, non seulement un mémorial aux disparus, mais surtout « un dispositif d’alerte contre toutes les nuits et tous les brouillards qui tombent sur une terre qui naquit pourtant dans le soleil et pour la paix » (J. Cayrol). Un film qui avait subi les foudres de la censure officielle parce que, sur quelques images empruntées aux actualités de l’Occupation, le camp de Pithiviers, avec son double rang de barbelés et ses miradors, se trouvait associé à l’uniforme d’un gendarme français. Prix Jean-Vigo, Grand prix du cinéma français, 1956.

- Toute la mémoire du monde, court-métrage, 22 mn, 1956. Texte de Remo Forlani, dit par Jacques Dumesnil.

- Le mystère de l’atelier quinze, court-métrage, 18 mn, 1957. Texte de Chris Marker, dit par Jean-Pierre Grenier.

- Le chant du styrène, court-métrage, 19 mn, 1958. Texte de Raymond Queneau, dit par Pierre Dux. et Sacha Vierny. Une visite des usines Péchiney, guidée par un commentaire de Raymond Queneau en forme de poème pastiche. Le fabricant de polystyrène avait commandé ce film, qui devait être à la gloire de ce « noble matériau... entièrement créé par l’homme », Resnais en avait tiré un film totalement surréaliste, accompagné par le poème de Raymond Queneau [1] et la musique de Pierre Barbaud, inventeur de la musique algorithmique.

- Hiroshima mon amour, premier long-métrage d’Alain Resnais, NB, 91 mn, 1959. Interprétation : Emmanuèle Riva, Eiji Okada, Stella Dassas, Pierre Barbaud, Bernard Fresson. Scénario et dialogues : Marguerite Duras, Gérard Jarlot, Sylvette Baudrot. Directeurs de la photographie : Sacha Vierny (France) et Takahashi Michio (Japon). Musique : Giovanni Fusco, Georges Delerue. Son : Shirô Yamamoto, Pierre Calvet. Images : Michio Takahashi (Japon), Sacha Vierny (France). Montage : Henri Colpi, Jasmine Chasney, Anne Sarraute. Décors : Esaka, Antoine Mayo, Maurice Pétri, assistés de Miyakuni. Conseiller littéraire : Gérard Jarlot. Directeur de production : Sacha Kamenka et Shirakawa Takeo. Producteur délégué : Samy Halfon. Production : Argos Films, Como Films, Daiei Motion Picture co Ltd, Pathé Overseas Production. Prix de la critique internationale Cannes

Alain Resnais dans Cinéma 59 N° 38 : Nous nous étions dit que nous pouvions tenter une expérience avec un film où les personnages ne participeraient pas directement à l’action tragique, mais soit s’en souviendraient, soit l’éprouveraient pratiquement. Nous voulions créer en quelque sorte des antihéros, le mot n’est pas tout à fait exact, mais il exprime bien ce à quoi nous pensions. Ainsi le Japonais n’a pas vécu la catastrophe d’Hiroshima, mais il en a une connaissance intellectuelle, il en a conscience, de même que tous les spectateurs du film - et nous tous - pouvons de l’intérieur ressentir ce drame, l’éprouver collectivement, même sans jamais avoir mis les pieds à Hiroshima.

Marguerite Duras dans Image et Son N° 128 : Avant de tourner son film, Resnais a voulu tout connaître, et de l’histoire qu’il allait raconter, et de l’histoire qu’il ne raconterait pas, celles des personnages auxquels nous nous intéressions. Il a voulu tout savoir de ceux-ci : leur jeunesse, leur existence avant le film, et aussi, dans une certaine mesure, leur avenir après le film. J’ai donc fait des biographies de nos personnages. Et Resnais, à partir de ces biographies, les a abordés par l’image tout comme s’il relayait, par cette image, un film déjà existant de la vie antérieure des personnages. Une fois cela fait, Resnais a exigé que soit clairement établi le pourquoi de l’intérêt que nous leur portions. D’habitude, les cinéastes se demandent si l’histoire qu’ils vont raconter est susceptible d’intéresser le public. Et Resnais, lui, s’est demandé si l’histoire qu’il allait raconter l’intéressait, lui, Resnais. On se voyait chaque jour, et chaque jour Resnais me disait où il en était, si le développement de l’histoire lui convenait ou s’il ne lui convenait pas. Jamais une seule fois je ne l’ai entendu parler de ce qui devait ou non plaire au public futur de son film. Resnais sait extraordinairement bien ce qu’il veut faire, comment et pourquoi il le veut. Avant de le connaître et de travailler avec lui, je ne pouvais pas imaginer que l’on puisse, en étant cinéaste, être aussi « seul ». Resnais travaille comme un romancier.

Alain Resnais dans Le Monde, 9 mai 1959 : J’admire le monde romanesque de Marguerite Duras - j’ai même pensé tourner pour moi en 16 mm, un film d’après Moderato Cantabile, - comme j’admire par exemple celui d’Aragon ou de Queneau. J’ai rencontré la romancière, je lui ai dit : « Il serait curieux d’engluer une histoire d’amour dans un contexte qui tienne compte de la connaissance du malheur des autres et de construire deux personnages pour qui le souvenir est toujours présent dans l’action. » A ma surprise, elle s’est intéressée à ce sujet et elle a écrit un scénario auquel nous avons travaillé ensemble.

J’ai essayé de trouver l’équivalent d’une lecture au cinéma et de laisser l’imagination du spectateur aussi libre que s’il était en train de lire un livre. D’où le ton de récitation, le long monologue : j’ai cherché surtout à recréer l’univers romanesque de Marguerite Duras. Elle est aussi bien l’auteur d’Hiroshima mon amour que moi. Dans le cas de ce film, la réalisation me paraît moins importante que l’écriture et que l’apport des comédiens. La mise en scène doit se borner à soutenir le sujet et le jeu des acteurs.

Le film entier est fondé sur la contradiction. Contradiction de l’oubli indispensable et terrifiant, d’un destin aussi singulier sur un fond aussi collectif, de la guerre qui sépare et réunit, des personnages qui, sur un ton de récitation lyrique, composent leurs gestes mais essaient de conserver la vérité du cœur, et qui peuvent apparaître, selon les phrases et les heures, authentiques ou mythiques.

- L’Année dernière à Marienbad, film NB, 93 mn, 1961. Scénario et dialogues : Alain Robbe-Grillet. Photo : Sacha Vierny. Musique : Francis Seyrig. Décors : Jacques Saulnier. Montage : Henri. Colpi, Jasmine Chasney Avec Delphine Seyrig (la femme), Giorgio Albertazzi (l’inconnu), Sacha Pitoëff (l’autre homme), Françoise Spira, Françoise Bertin, Luce Garcia-Ville, Héléna Kornel, Karin Toeche Mittler (personnages de l’hôtel), Jean Lanier, Gilles Quéant, Pierre Barbaud, Wilhelm von Deck, Gabriel Lorin, David Montemury, Gabriel Werner (clients).

- Muriel, ou le temps d’un retour, film, couleur, 116 mn, 1963. Scénario : Jean Cayrol. Image : Sacha Vierny. Son : Antoine Bonfanti. Interprétation : Delphine Seyrig (Hélène), Jean-Pierre Kérien (Alphonse), Nita Klein (Françoise), Jean-Baptiste Thierrée (Bernard), Claude Sainval (De Smoke), Laurence Badie (Claudie), Jean Champion (Ernest), Jean Dasté (L’homme à la chèvre), Martine Vatel (Marie-Do), Philippe Laudenbach (Robert). Prix de la critique à la 24ème Mostra de Venise.

- La Guerre est finie, fiction 35 mm, NB, 112 mn, 1966, France / Suède. Réalisation, Alain Resnais. Scénario : Jorge Semprun. Image : Sacha Vierny. Musique : Giovanni Fusco. Montage : Eric Pluet. Production : Sofracima / Europa films. Interprétation : Yves Montand (Diego), Ingrid Thulin (Marianne), Geneviève Bujold (Nadine), Dominique Rozan (Jude), Françoise Bertin (Carmen), Michel Piccoli (inspecteur des douanes). Prix Louis-Delluc en 1966.

- Loin du Vietnam, 1967, film collectif, au coté de Joris Ivens, Godard, Lelouch, Agnès Varda, William Klein. Pour la partie Resnais : durée 15mn, avec Bernard Fresson et Karen Blanguernon.

- Ciné-tract, Anonyme (Alain Resnais), muet, 1968. Film réalisé au banc-titre dans l’ordre de la prise de vues, inspiré par un poème anonyme écrit par un étudiant le 23 mai 1968. À la suite des états généraux du cinéma, Chris Marker avait lancé l’idée de ces films d’intervention 16 mm, auxquels participent Jean-Luc Godard et d’autres cinéastes ou plasticiens, destinés à une diffusion militante dans les usines ou les universités. On considère qu’Alain Resnais a réalisé le Ciné-tract no 002.

- Je t’aime, je t’aime, couleur, 91 mn, 1968, scénario et dialogues Jacques Sternberg, avec Claude Rich, Anouk Ferjac, Olga Georges Picot, Bernard Fresson, Claire Duhamel, Irèn Tunc, Vania Vilers, Van Doude. Alors que la science permet d’envoyer une souris pendant une minute dans son passé, le moment est venu d’étendre l’expérience à l’homme. Un écrivain qui a réchappé d’une tentative de suicide accepte d’étrenner la machine à remonter le temps. « Ce film […], c’est un jeu de cartes : on peut le jeter en l’air et se dire : on le photographie tel qu’il est tombé. Mais Resnais a passé énormément de temps à faire semblant que l’as de pique soit à côté du neuf de cœur selon le plus grand hasard. » Jacques Sternberg, scénariste.

- L’An 01, 1972, Noir et blanc, 88 mn, film collectif de Jacques Doillon, d’après la bande dessinée de Gébé, avec la participation d’Alain Resnais (séquence de New York) et Jean Rouch (au Niger), vo française et anglaise stf avec (pour la séquence de Resnais) Lee Falk / David Pascal et la voix de Stan Lee

- Stavisky, film, 1 h 52 mn, 1974. Scénario de Jorge Semprún. Avec : Jean-Paul Belmondo (Serge Alexandre / Stavisky), Charles Boyer (Le baron Raoul), François Périer (Albert Borelli), Anny Duperey (Arlette), Michael Lonsdale (Dr. Mezy), Roberto Bisacco (Montalvo), Claude Rich (L’inspecteur Bonny), Pierre Vernier (Le maître Grammont). 1h55.

- Providence, film, 1977, scenario de David Mercer, avec : Dirk Bogardc (Claude Langham), Ellen Burstyn (Sonia Langham), John Gielgud (Clive Langham), David Warner(Kevin Woodford), Elaine Stritch (Helen Wiener). Film, sous-tendu par une métaphore antifasciste, accompagné par une partition de Miklos Rosza, Providence, couleur, 1976, 10 mn, avec : John Gielgud, Dirk Bogarde, Ellen Burstyn, David Warner, Elaine Stritch. Ce film a été tourné en anglais avec des acteurs anglophones. César du meilleur film et César du meilleur réalisateur en 1978.

- Mon oncle d’Amérique , film, couleur, 125 mn, 1980. Scénario : Jean Gruault, inspiré par les travaux de Henri Laborit. Avec : Gérard Depardieu (René Ragueneau), Nicole Garcia (Janine Garnier), Roger Pierre (Jean Le Gall), Marie Dubois (Thérèse Ragueneau), Nelly Borgeaud (Arlette Le Gall), Pierre Arditi (Zambeaux), et le professeur Henri Laborit dans son propre rôle. Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes 1980.

- La Vie est un roman, film, couleur, 111 mn,1983. Avec : Vittorio Gassman (Walter Guarini), Ruggero Raimondi (Count Michel Forbek), Geraldine Chaplin (Nora Winkle), Fanny Ardant (Livia Cerasquier), Pierre Arditi (Robert Dufresne), Sabine Azéma (Élisabeth Rousseau), Robert Manuel (Georges Leroux), Martine Kelly (Claudine Obertin), André Dussollier (Raoul Vandamme).

- L’Amour à mort, film, couleur, 92 mn, 1984. Scénario : Jean Gruault. Photographie : Sacha Vierny. Musique : Hans-Werner Henze. Avec : Sabine Azéma (Elisabeth), Fanny Ardant (Judith), André Dussollier (Jérôme), Pierre Arditi (Simon), Jean Dasté (Dr Rézier), Louis Castel, Jean-Claude Weibel.

- Mélo, film, couleur, 112 mn, 1986. D’après la pièce d’Henri Bernstein. Avec : Sabine Azéma (Romaine Belcroix), Fanny Ardant (Christiane Levesque), Pierre Arditi (Pierre Belcroix), André Dussollier (Marcel Blanc).

- I want to go home, fiction, couleur, 105 mn, 1989. Avec Laura Benson, Adolph Green, Linda Lavin, Gérard Depardieu, Geraldine Chaplin, John Ashton. Film en partie consacré à la bande dessinée. Il reçu un mauvais accueil des critiques et du public.

- Contre l’oubli, 1991

- Gershwin, documentaire destiné à la télévision, 52 mn, 1992. Texte de Edward Joblonski dit par Pierre Arditi, Sabine Azéma, lambert Wilson. Avec : Philippe Baudouin, Betty Comden, Adolph Green, John Kander, Edward Jablonski, Martin Scorsese, Betrand Tavernier.

- Smoking & No Smoking, films jumeaux aux développements différents, (Smoking, 2h 20mn,No Smoking, 2h 25mn), 1993. Avec Sabine Azéma et Pierre Arditi, Peter Hudson. Prix Louis-Delluc en 1993 et en 1994 César du meilleur film pour le film Smoking, César du meilleur film pour le film No smoking et César du meilleur réalisateur pour le film Smoking, César du meilleur réalisateur pour le film No smoking.

- On connaît la chanson, film, couleur, 120 mn, 1997. Scénario de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, qui avaient déjà concocté le scénario de Smoking/No Smoking, On connaît la chanson permet aux personnages du film de chanter des airs connus en play-back. On retrouve ainsi trente-six extraits de chansons populaires de Joséphine Baker, Dalida, Hallyday, France Gall, Piaf... Distribution : Pierre Arditi (Claude), Sabine Azéma (Odile), Jean-Pierre Bacri (Nicolas), André Dussollier (Simon), Agnès Jaoui (Camille Lalande), Lambert Wilson (Marc Duveyrier), Jane Birkin (Jane). Photo : Renato Berta Musique : Bruno Fontaine. Prix Louis-Delluc en 1997 et César du meilleur film en 1998.

- Pas sur la bouche, film, couleur, 115 mn, 2003, film français, musical et chantant d’après une opérette d’André Barde et Maurice Yvain (créée en 1925) avec Sabine Azéma, Pierre Arditi, Audrey Tautou, Isabelle Nanty, Darry Cowl, Jalil Lespert Daniel Prévost et Lambert Wilson. Pas sur la bouche, est le troisième film de Resnais dans le genre de la Comédie musicale. Alain Resnais a tenu à ce que ses acteurs chantent les chansons du film et ne soient pas doublées. Il a fait répéter ses acteurs pendant un mois, dans la continuité et sans la présence d’une caméra, avant d’entreprendre ensuite le tournage : « Mon grand plaisir au théâtre musical, que ce soit à Broadway, Londres ou Paris, c’est d’avoir en face de moi des acteurs qui chantent, et non des chanteurs qui jouent. Ce qui m’intéressait, c’était de voir si on pouvait prendre des acteurs français et n’en doubler aucun. Lambert Wilson est chanteur professionnel, les autres non. Ils se sont prêtés au jeu avec gourmandise. Je m’étais dit d’emblée : tant pis si ça n’est pas impeccable du point de vue du chant, du moment que les voix sont vraies. ». De son côté Lambert Wilson (Propos recueillis par Pierre Lucas à Lille en novembre 2003) évoquant le film « le rêve de tout acteur » précise : « Sur le tournage, on avait l’impression de vivre un moment vraiment précieux et le dernier mois il y avait tous les soirs une fête, un pot… On ne voulait pas se quitter, on était triste d’arrêter le film, ça arrive très rarement ; on le dit souvent mais là c’était sérieux. Ce qui était très agréable, c’est d’être en vase clos, entre nous, et aussi le fait que dès que l’on incorpore de la musique au travail dramatique, au travail théâtral, il se passe quelque chose. La musique apporte une sensation plus chaleureuse qui est liée à l’aspect choral du travail. C’est un immense plaisir que d’être lié par une partition, d’être obligé d’avancer ensemble, de front, que l’on est tenu de suivre la battue, cela empêche les égarements égocentriques. On ne peut pas arrêter le tempo, on est obligé de se plier à un groupe qui avance ensemble. C’est très satisfaisant. ». Dans le même entretien, Lambert Wilson répond à la question : « Vous nourrissez une telle admiration à l’égard d’Alain Resnais que l’on pense que vous accepteriez une de ses propositions les yeux fermés… », en disant : « Oui. Mais en même temps, cette fois-ci j’étais très embarrassé par sa proposition. Quand j’ai lu le scénario, j’ai trouvé le projet génial en général mais je ne comprenais pas le rôle d’Eric Thompson, je ne le voyais pas. Le trou noir total. J’étais jaloux des rôles de tout le monde : « Isabelle Nanty va faire un tabac ! Sabine va être incroyable ! Pierre va tout rafler !… Et moi, j’ai le personnage qui ne dit rien, que tout le monde déteste, il est raide, il n’a pas d’humour… » Je n’arrivais pas à le visualiser d’autant plus que tout le monde dît des choses un peu étranges à son sujet, qu’il a l’air flamand, qu’il n’est pas très rigolo puis qu’il est charmant… Et en plus de ça, Alain m’avait dit : « c’est une colonne ! » Super (rires)… Et puis, il y a eu cet épisode étonnant de la visite de l’exposition de Max Beckmann. Je suis arrivé chez Alain avec mon ticket d’entrée en disant : « C’est tout ce que j’ai pu trouvé mais je pense que c’est une vision du personnage… » Et il s’est levé avec un grand sourire, il est allé cherché la reproduction du même autoportrait de Beckmann en smoking… Se mettre d’accord à distance sur le même tableau sans s’en être parlé du tout, c’est très fort !… » Quand on le lui demande « Comment Alain Resnais parvient-il à ses fins ? » il répond : « Alain Resnais a une méthode qui lui est propre : il rencontre chaque acteur en tête à tête pendant plusieurs rendez-vous de trois à quatre heures où on fait le tour de tout le scénario mais surtout une série de digressions sur le cinéma, la culture, la musique… Il finit par distiller en nous des informations que nous n’avons pas véritablement apprises mais qu’on lui rend malgré soi sur le plateau. A la projection du film, il m’a fait un compliment : « finalement, vous avez réussi à reproduire les maniérismes de Koval », l’acteur qui avait crée le rôle et qu’il avait vu joué ; il m’avait effectivement montré une photo de Koval mais moi je ne l’avais pas vu jouer ! »

- Petites peurs partagée, film, 2005.

- Cœurs, 2006, couleur, 122 mn, avec Pierre Arditi, Sabine Azéma, Isabelle Carré, André Dussollier, Laura Morante, Lambert Wilson


Bibliographie

- Muriel, Cayrol (J.) et Alain Resnais, Editions du Seuil, 1963

- La ville dans le cinéma, de Fritz Lang à Alain Resnais, Jacques Belmans, Editions de Boeck, 1977

- Alain Resnais arpenteur de l’imaginaire : de Hiroshima à Mélo, Robert Benayoun, Ramsay, 1986

- Alain Resnais, Marcel Oms, Rivages, 1988

- L’atelier d’Alain Resnais, François Thomas, Flammarion, 1989

- L’art d’Alain Resnais, Alain Fleischer, Ed. Centre Georges Pompidou, 1998

- Alain Resnais : une lecture topologique, S. Leperchey, Ed. L’Harmattan, 2000

- Alain Resnais : qui êtes vous ?, J. D. Roob, Ed. La Manufacture, 1986

Notes

[1Un poème de Raymond Queneau pour Le chant du styrène

O temps, suspends ton bol, ô matière plastique
D’où viens-tu ? Qui es-tu ? et qu’est-ce qui explique
Tes rares qualités ? De quoi donc es-tu fait ?
D’où donc es-tu parti ? Remontons de l’objet
À ses aïeux lointains ! Qu’à l’envers se déroule
Son histoire exemplaire. En premier lieu, le moule.
Incluant la matrice, être mystérieux,
Il engendre le bol ou bien tout ce qu’on veut.
Mais le moule est lui-même inclus dans une presse
Qui injecte la pâte et conforme la pièce,
Ce que présente donc le très grand avantage
D’avoir l’objet fini sans autre façonnage.
Le moule coûte cher ; c’est un inconvénient.
On le loue il est vrai, même à ses concurrents.
Le formage sous vide est une autre façon
D’obtenir des objets : par simple aspiration.
À l’étape antérieure, soigneusement rangé,
Le matériau tiédi est en plaque extrudé.
Pour entrer dans la buse il fallait un piston
Et le manchon chauffant - ou le chauffant manchon
Auquel on fournissait - Quoi ? Le polystyrène
Vivace et turbulent qui se hâte et s’égrène.
Et l’essaim granulé sur le tamis vibrant
Fourmillait tout heureux d’un si beau colorant.
Avant d’être granule on avait été jonc,
Joncs de toutes couleurs, teintes, nuances, tons.
Ces joncs avaient été, suivant une filière,
Un boudin que sans fin une vis agglomère.
Et ce qui donnait lieu à l’agglutination ?
Des perles colorées de toutes les façons.
Et colorées comment ? Là, devint homogène
Le pigment qu’on mélange à du polystyrène.
Mais avant il fallut que le produit séchât
Et, rotativement, le produit trébucha.
À peine était-il né, notre polystyrène.
Polymère produit du plus simple styrène.
Polymérisation : ce mot, chacun le sait,
Désigne l’obtention d’un complexe élevé
De poids moléculaire. Et dans un réacteur,
Machine élémentaire œuvre d’un ingénieur,
Les molécules donc s’accrochant et se liant
En perles se formaient. Oui, mais - auparavant ?
Le styrène n’était qu’un liquide incolore
Quelque peu explosif, et non pas inodore.
Et regardez-le bien ; c’est la seule occasion
Pour vous d’apercevoir ce qui est en question.
Le styrène est produit en grande quantité
À partir de l’éthyl-benzène surchauffé,
Le styrène autrefois s’extrayait du benjoin,
Provenant du styrax, arbuste indonésien.
De tuyau en tuyau ainsi nous remontons,
A travers le désert des canalisations,
Vers les produits premiers, vers la matière abstraite
Qui circulait sans fin, effective et secrète.
On lave et on distille et puis on redistille
Et ce ne sont pu là exercices de style :
L’éthylbenzène peut - et doit même éclater
Si la température atteint certain degré.
Quant à l’éthylbenzène, il provient, c’est limpide,
De la combinaison du benzène liquide
Avec que l’éthylène, une simple vapeur.
Éthylène et benzène ont pour générateurs
Soit charbon, soit pétrole, ou pétrole ou charbon.
Pour faire l’autre et l’un l’un et l’autre sont bons.
On pourrait repartir sur ces nouvelles pistes
Et rechercher pourquoi et l’autre et l’un existent.
Le pétrole vient-il de masses de poissons ?
On ne le sait pas trop ni d’où vient le charbon.
Le pétrole vient-il du plancton en gésine ?
Question controversée... obscures origines...
Et pétrole et charbon s’en allaient en fumée
Quand le chimiste vint qui eut l’heureuse idée
De rendre ces nuées solides et d’en faire
D’innombrables objets au but utilitaire.
En matériaux nouveaux ces obscurs résidus
Sont ainsi transformés. Il en est d’inconnus
Qui attendent encore la mutation chimique
Pour mériter enfin la vente à prix unique.