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Catherine Sauvage, signatrice du "Manifeste des 121"


Petit résumé biographique d’une signatrice du "Manifeste des 121", par Taos Aït Si Slimane.

texte intialement édité sur mon blog Tinhinane, le vendredi 5 août 2005 à 20h 13.


« D’un côté, il y avait les grands rôles auxquels je ne pouvais prétendre, de l’autre la chanson qui n’hésitait pas à lier sa cause à celle de la poésie. »

Sur scène, Catherine Sauvage impressionnait par sa sobriété et l’art du geste utilisé à bon escient. Dans sa manière de dire, de chanter, dans sa tenue vestimentaire, il n’y avait rien de trop. En 1997, à la sortie de son double CD « Catherine Sauvage chante les poètes », elle disait : « Je suis une amoureuse des mots, j’adore la musique. Au théâtre, je n’ai joué que les grands auteurs. Pour moi, cela participe à mon bonheur. Les chansons prennent de la valeur les unes confrontées aux autres. Comme dans la peinture, les rapports de couleurs existent. L’essentiel est de ne pas faire de fausses notes. »

Catherine Sauvage est l’une des 250 personnalités, qui constatant la montée en puissance du Front National, ont lancé un "L’Appel des 250" à la contre offensive qui a donné naissance au réseau Ras l’front, le réseau de Lutte contre le fascisme.

Catherine Sauvage est née le 29 mai 1929 à Nancy et est décédée le 20 mars 1998. En 1940, elle s’est installée, avec sa famille, en zone libre à Annecy.

Dès le lycée, Catherine Sauvage s’oriente vers le théâtre où elle se fait remarquer sous son véritable nom, Janine Saunier. « Au départ je rêvais d’être une tragédienne. Ah ! jouer Racine ! J’y pense toujours, vous savez. J’espère que cela m’arrivera avant ma mort. Remarquez, j’ai été l’interprète de Brecht à Lyon sous la direction de Roger Planchon. Au cours d’un spectacle de Victor Hugo, j’avais un « tunnel » de vingt minutes sur la mort. Quel régal ! »

Arrivée à Paris, elle adopte le patronyme Sauvage, d’une amie d’enfance, et s’inscrit, à dix-huit ans, au cours d’art dramatique : « J’ai fait mon apprentissage chez Jean-Louis Barrault avec Jean Vilar, Roger Blin, Marcel Marceau. C’était aussi au lendemain de la Libération, la grande époque de Saint-Germain-des-Prés. J’allais souvent m’y promener. Dans la chanson, quelqu’un me passionnait : c’était Charles Trenet. Je n’étais pas la seule. Le hasard de la vie m’a permis d’être présentée à Moyses, qui était le directeur du cabaret le Bœuf sur le toit. Je lui ai chanté quelques « trucs » comme ça, je lui ai dit deux ou trois poèmes. Résultat, Moyses m’a engagée dès le lendemain. J’avais un répertoire d’occasion avec notamment des chansons de Marianne Oswald. Je suis restée deux mois au « le Bœuf sur le toit » après, j’ai chanté au « Quod-libet », une boîte au 3 rue des Prés-Aux-Clercs ». Son itinéraire nocturne l’a conduite au cabaret L’Arlequin au 131 bis, boulevard Saint-Germain, puis à L’Écluse au 15, quai des Grands-Augustins, dans le sixième arrondissement.

Elle rencontre Léo Ferré, qu’elle fait connaître en interprétant ses chansons : « Ça a été la rencontre de ma vie. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, dit-on, Jacques Canetti est venu m’écouter un beau soir. Il était toujours à la recherche d’artistes pour la firme de disques dont il était le directeur artistique ainsi que pour les « Trois Baudets » qu’il avait créé. »

Jacques Canetti l’engagea en 1953 et 1954 aux Trois Baudets, lieu où ont pu s’exprimer Brel, Brassens, Félix Leclerc, Devos et tant d’autres... « J’ai donc fréquenté ce cabaret de la rue Coustou pendant deux ans. Dans la foulée, me voilà vedette à l’Olympia, tandis qu’un grand prix du disque m’est attribué pour « l’Homme » de Léo Ferré. Certains m’ont dit que j’avais du courage de chanter Aragon, Brecht, Kurt Weil, Léo Ferré, Mac Orlan, Vigneault, Fanon. Il ne s’agit même pas d’une question de choix : moi j’aime défendre des textes de qualité lorsque je chante ou je joue. »

Catherine Sauvage a chanté Louis Aragon, Jacques Audiberti, Charles Baudelaire, Bertold Brecht, Francis Carco, Colette, Comminges, Robert Desnos, Paul Eluard, Maurice Fombeure, Pierre Frachet, Paul Gilson, Fritz Hoff, Maurice Jacquemont, Alfred Jarry, Lacenaire, Armand Lanoux, Federico Garcia Lorca, Victor Hugo, Pierre MacOrlan, Marie Noël, J. Obe, Jacques Prévert, Raymond Queneau, Pierre Seghers, Philippe Soupault, Charles Trenet, Angèle Vannier, Gilles Vigneault.

Catherine Sauvage a toujours accordé sa préférence à la poésie mise en musique. Léo Ferré et Gilles Vigneault l’ont considérée comme leur meilleure interprète. Aragon, l’un de ses poètes préférés, écrivait à son sujet : « Et tout à coup sa voix, comme un cadeau, chaque mot qui prend sens complet. Ces phrases qui vous font entrer dans un pays singulier, on n’est plus seul, on n’est plus avec les importuns. Il y en a pour une demi-heure. Ce qu’elle dit, tient, mais elle le chante ! C’est tout comme, c’est son choix. Ce choix d’intelligence et nous voici vraiment appelés dans un univers différent, où tout parle à l’âme même. Un pays, je vous dis, où tout, comme les mots, se détache avec cette perfection du dire et ce tact merveilleux de chanter (...). C’est que tout cela est langage de poètes, mais qui passe par une gorge de jour et d’ombre, le prisme de la voix se fait lumière et transparence. Avec qui voulez-vous parler ? Moi, je voulais parler de seize chansons choisies et d’une femme rencontrée avec ce nom déjà de souveraine, comme un beau masque de velours : Catherine Sauvage. »

« Je chante Léo depuis toujours… il représente l’une des grandes rencontres de ma carrière, l’autre étant le pianiste accompagnateur Jacques Loussier, lui aussi je l’ai connu lorsqu’il démarrait dans le métier. En 1949, avec Léo Ferré, nous partagions la même scène au cabaret « Les Trois Maillets » au 56 rue Galande, dans le cinquième arrondissement de Paris. J’ai enregistré au moins cent de ses chansons. Nous avons eu des succès communs. En 1954, mon interprétation de « l’Homme » m’a valu le Grand Prix du disque. » Léo Ferré, dit d’elle : « c’est elle qui chante mes chansons avec la plus grande conviction. Je la préfère à toutes les autres. Elle a enregistré près d’une centaine de mes chansons. » Son dernier succès, « Avec le temps », enregistré avant Léo Ferré, date de 1972.

Après les Trois-Baudets en 1953, elle passe en vedette en 1954 à l’Olympia, en 1955, puis en 1960, à Bobino pour un long tour de chant. Toujours dans cette salle, elle fait un retour en 1968 et occupe la tête d’affiche. Elle interprète aussi bien Léo Ferré, Louis Aragon que Gilles Vigneault, poète alors inconnu qu’elle rencontre au Québec et dont elle est la première à chanter les textes en France. Exigeante dans le choix de ses textes, elle l’est aussi dans celui de ses musiciens : Michel Legrand, arrangeur de plusieurs de ses enregistrements, ou Jacques Loussier, pour l’accompagner au piano. Chanteuse de scène, elle y déploie une hargne raffinée qui fit dire à Georges Brassens (qu’elle a aussi interprété) « elle ne chante pas, elle mord ». En 1992, elle enregistre un album entièrement consacré à Jacques Prévert.

« Il y a eu, parfois, des moments insolites. Ainsi, un jour, Mireille m’a téléphoné en me confiant qu’elle avait mis en musique un texte d’Alfred Jarry, les Trois Grenouilles. Vous êtes la seule à pouvoir chanter cela ! Une autre fois, c’est Michel Emer qui m’a apporté un texte de Colette, Chanson des pieds légers, estimant, lui aussi, que sans moi cette composition resterait dans les tiroirs. Quant aux œuvres de Maurice Fombeure, Variations pour une trompette de cavalerie et Prières pour dormir heureux, je les ai reçues en cadeau du poète lui-même. »

Catherine Sauvage eut également la chance de travailler à la radio. « Je ne me souviens plus comment on l’appelait à l’époque. Peut-être était-ce l’ORTF ? En tout cas, je me souviens fort bien de Jean Chouquet. C’était un instigateur. Il m’a mise en relation avec Raymond Queneau, Paul Gilson, Armand Lanoux. »

« Je préfère le théâtre au music-hall. À la Gaîté-Montparnasse, au Vieux-Colombier puis, en 1967, au Théâtre de l’Alliance française, qui abrita le Théâtre populaire de la chanson créé et animé par Jacques Douai, j’ai adopté la formule du récital. Le décor était signé Jean Saussac, les éclairages étaient confiés à Claude Régy. Je me sentais à l’aise dans cet environnement. Oswald d’Andréas, au piano, remplaçait Jacques Louissier. Je n’ai jamais eu de problème en ce qui concerne le choix et l’ordre de mes chansons. Un récital de trente-sept chansons a un côté très physique. Sur le moment, je ne ressens pas la fatigue. Tout mon trac se porte dans les pieds. Au bout d’un mois, c’est effectivement épuisant. On ne peut pas faire autre chose, sinon on risque la catastrophe. Dans une pièce, il y a des partenaires, des moments de repos. Tandis que, lorsque l’on chante, on n’a pas droit au trou de mémoire Bien qu’étant interprète, on arrive un peu à se considérer comme l’auteur de son tour de chant. Cette espèce de mélange, de dosage ne relève-t-elle pas de la création ? Tout ce que je chante, je le prends en charge, que ce soit des révoltes ou des chansons d’amour. Je me sens totalement solidaire de mes auteurs. Donc, c’est un peu moi qui m’exprime à travers les auteurs. »

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Commentaire laisé sur le blog.

Rougelamer, le jeudi 1 septembre 2005 à 11 h 27 : Je me souviens de Bilbao...
http://www.geocities.com/foursov/vian/bilbao.html



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