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Georges Condominas, signataire du "Manifeste des 121"

Quelques repères biographiques et bibliographiques à propos de Georges Condominas, signataire du « Manifeste des 121 », par Taos Aït Si Slimane.

Lire également, sur ce site, la transcription de l’émission de France culture, "La Nouvelle Fabrique de l’histoire", de juillet 2006, consacrée à Georges Condominas.

"La recherche en ethnologie, la bonne en tout cas, est un métier qui a ses risques, partout et toujours. A moins d’être complaisante, c’est-à-dire inutile, elle doit aller souvent à l’encontre des idées toutes faites, ou peut heurter des intérêts politiques, économiques... C’est ce qui en fait aussi le prix : elle s’efforce d’offrir sur des groupes humains, envers et contre tout, des données objectives."
Extrait de Entretien de Yves Goudineau (ethnologue, Orstom) avec Georges Condominas, Cah. Sci. Hum. : Trente ans (1963- 1992) cf. "Entretien"

Georges Condominas, anthropologue, fondateur de l’association française d’anthropologie, est né en 1921 à Haiphong au Vietnam d’un père militaire Français et d’une mère métisse.

Avant d’être mobilisé dans la marine à Saigon, en 1944, Georges Condominas fait de nombreux allers-retours entre la Métropole et l’Empire. De retour en France après la Seconde Guerre mondiale il découvre l’éthologie et l’anthropologie. Docteur ès lettres, il a été chercheur à l’Orstom entre 1947 et 1959, avant d’être Directeur d’Études à l’EHESS où il a fondé le Centre de Documentation et de Recherche sur l’Asie du Sud-Est et le Monde Insulindien. Il fût, également, visiting professor aux Universités de Yale et Columbia.

Il voulait être peintre, comme il le raconte à Emmanuel Laurentin dans l’émission « La Nouvelle fabrique de l’histoire ».

Georges Condominas : C’était en 44, avant d’être appelé dans la Royale. En arrivant à Paris, j’ai cherché un atelier gratuit puisque je vivais avec mon pécule de matelot, je n’avais aucune nouvelle de ma famille et c’est comme ça que je suis rentré dans l’atelier « Travail et Culture » qui avait à sa tête un jeune peintre très pédagogue. Il nous laissait faire selon notre goût et il venait ensuite nous conseiller dans la ligne de ce goût. Il avait un nom merveilleux, il s’appelait Lautrec. Ce n’est qu’au bout de deux mois que je me suis dit, tiens au fait, j’avais appris qu’il y avait le musée de l’homme, j’y suis allé, et j’ai été reçu d’une façon absolument charmante par les sœurs du professeur Rivet, l’un des créateurs du musée de l’homme. Tout de suite les deux vieilles demoiselles m’ont envoyé, au cours de Griaule, m’inscrire au certificat d’ethno. Elles m’avaient dit : « qu’en tant qu’ancien prisonnier, vous avez droit à l’inscription gratuite, profitez-en. » Je disais que j’avais perdu l’habitude des études, « Mais non, ça reviendra, justement ça ne sera pas perdu, vous n’aurez rien à payer, donc vous apprenez, vous vous remettez,… » Puis, elles m’ont conseillé de me présenter aux examens, parce que je ne voulais pas m’y présenter, j’avais peur d’être ridicule du point de vu des résultats. Elles avaient raison. J’ai eu une mention.

Emmanuel Laurentin : Vous dites « j’étais un ancien prisonnier », c’est parce que pendant la toute fin de la Seconde Guerre mondiale - peu de gens le savent en Métropole mais l’Indochine a été sous un régime assez sévère d’occupation japonaise - vous aviez été mis en camp dans ce qu’on appelait l’hôtel Mikado, c’est à ce titre là qu’en revenant, en tant que jeune marin, en Métropole que vous avez eu l’autorisation de vous inscrire à ces cours en plein cours d’année. C’est une découverte pour vous l’ethnologie à ce moment là ? C’est-à-dire est-ce que c’est une surprise que ces cours, ce que vous entendez de vos nouveaux professeurs, ce hasard de la vie qui vous conduit au musée de l’homme comme il aurait pu vous conduire aux Beaux-Arts ou ailleurs ?

Georges Condominas : A l’époque, je voulais absolument être peintre et critique d’art. C’est comme ça que je suis allé voir Beuve-Méry, dans son bureau, carrément. Comme j’avais été six ans hors de France je m’étais procuré, tous les jours, d’une manière ou d’une autre, un journal différent. Et je m’étais décrété que c’était le Monde qui me convenait. J’ai regardé l’adresse et je me suis présenté à la secrétaire de Beuve-Méry qui m’a demandé si j’avais un rendez-vous. Non, mais je veux voir monsieur Beuve-Méry, le directeur. Ah ! bon ? Un peu stupéfaite, elle m’a fait rentré. Beuve-Méry était un homme absolument charmant mais courtois et il m’interroge. Il était un peu étonné sans doute de ce garçon qui arrive de loin et qui va sur son bureau. Il ne se doutait pas que j’étais horriblement timide, c’était sans doute ça l’audace des timides. Il me dit : « écoutez, vous allez me faire cinq reportages sur votre passé et je vous les publies, je vous engage. »

Emmanuel Laurentin : Et alors ?

Georges Condominas : J’ai dis, non, ça ne m’intéresse pas, je veux être critique d’art.

Emmanuel Laurentin : Donc, vous refusez une proposition du directeur du Monde, à ce moment là, pour repartir sur d’autres chemins d’une certaine façon ?

Georges Condominas : Alors, je suis allé au musée de l’homme, c’est aussi cela, ça a joué. Et, j’ai découvert Griaule. Il était remarquable. Il savait dire, raconter, attirer t’attention. Le cours d’ethno de Griaule n’était pas suivit par des foules. On était une vingtaine, trentaine mais c’était assez stimulant. Et, après, mon passage j’ai été convoqué par Leroi-Gourhan qui avait réussit son coup de créer un centre de formation des ethnologues, en insistant auprès de l’ORSTOM.

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Après son premier terrain, en 1947, chez les Mnong Gar, au Vietnam, Georges Condominas a effectué de nombreuses missions en Asie du Sud-Est et dans le monde insulindien, à Madagascar et à Taiwan, en Taïlande, au Laos, en Indonésie, aux Philippines, et en Nouvelle Calédonie. Il a accumulé, au fil des années, une documentation importante, composée d’imprimés (ouvrages et périodiques), en langues occidentales et dans les langues des sociétés qu’il a étudiées ainsi qu’une abondante production manuscrite composée de papiers scientifiques et en particulier de notes de terrain : Plus de 2000 ouvrages et de nombreux documents manuscrits déposés (fonds spéciaux) à la bibliothèque fondée sous l’impulsion d’Eric de Dampierre et rebaptisée de son nom, à la Maison René Ginouvès d’archéologie et d’ethnologie.

Signataire du « Manifeste des 121 », Georges Condominas découvre très tôt les méfaits du colonialisme : Une fois ma licence obtenue, on me basarde chef de bureau. J’avais sous mes ordres des collègues Vietnamiens qui avaient eu leur diplôme avant moi et une pratique du métier. C’est presque une insulte envers soi-même de voir ce privilège que tout d’un coup parce que vous apparteniez sur le plan de l’identité à une classe qui vous met au-dessus d’autres gens. Pour moi c’était évident que c’était des gens beaucoup plus valable que moi-même. Il y avait des tas de choses, l’attitude des petits blancs vis-à-vis des Vietnamiens, etc. la découverte de la colonie que j’ai faite, en état de comprendre. Quand j’étais gosse je ne comprenais pas ces choses-là mais là, tout d’un coup, je reviens de France avec tous les idéaux de la République etc. et je découvre tout ça. Et alors, quand moi-même j’ai été placé au-dessus, ça c’est une chose qui m’a complètement rebutée.

Ouvrages les plus connus :

- Nous avons mangé la forêt de la Pierre-Génie Gôo : chronique de Sar Luk, village Mnong Gar., Ed. Mercure de France, 1957, 496 p. Édition revue et corrigée en 1974, 544 p. + 40 p. hors texte, 45 ill., Collection Essais, Mercure de France, ISBN 2715224192., rééd. poche coll. Champs

- L’exotique est quotidien, coll. Terres Humaines, Plon, 1965

- A propos de l’Asie du Sud-Est, Ed. Flammarion, 1980
- Le bouddhisme au village, ouvrage bilingue lao/français, Ed. Cahiers de France, 1998. 230 p.

- Formes extrêmes de dépendance. Contribution à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-Est, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1998, 583 p. Cet ouvrage réunit des textes du séminaire de Georges Condominas qui s’est tenu entre 1973 et 1983 à l’EHSS. Cf. Compte rendu de lecture de Jérôme Rousseau, Anthropology Departement McGill University, Montréal (Québec), Canada, http://www.erudit.org/revue/as/2001/v25/n2/000245ar.html

- Esquisse d’une étude sur la navigation et la pêche aux Nouvelles-Hébrides, publié par le centre IRD de Noumé, 2001

- Recherche et sauvegarde du patrimoine immatériel, 2003, Udaya (Phnom Penh, APSARA), 4, p. 69-81.

- Pour une socio-anthropologie de l’alimentation, IFEN n° 89, Janv. 2003, par G. Condominas (EHESS, Paris), Claude Fiscler (CETSAH, Paris), Jean-Pierre Poulain (Université de Toulouse-le-Mirail)

- Researching and Safeguarding the Intangible Heritage, (transcription and annotation), Museum International, 56:1-2 p. 21-31, 2004



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