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Laurent Terzieff, signataire du "Manifeste des 121"

Quelques indications biographiques, filmographie, activités théâtrales... relatives à Laurent Terzieff, par Taos Aït Si Slimane. Texte initialement publié sur mon blog Tinhinane, le vendredi 31 mars 2006 à 19:08, actualisé le 3 juillet 2010 après l’annonce du décès de Laurent Terzieff.

Laurent Terzieff, d’autres pages sur ce site :

- Escale estivale / Hommage à Laurent Terzieff

- Le cercle de minuit, Laurent Terzieff, Passion théâtre

- Bouillon de culture / Laurent Terzieff / L’éloge du théâtre

- Laurent Terzieff, entretien avec Olivier Schmitt (1)

- Laurent Terzieff, entretien avec Olivier Schmitt (2)

- Décès de Laurent Terzieff / Journaux de France Culture

- Fictions / Théâtre et Cie / Spéciale Laurent Terzieff

- À voix nue / Laurent Terzieff (1)

- À voix nue / Laurent Terzieff (2)

- À voix nue / Laurent Terzieff (3)

- À voix nue / Laurent Terzieff (4)

- À voix nue / Laurent Terzieff (5)

- Tout arrive !/ Laurent Terzieff

« Faire du théâtre, c’est se mettre à l’écoute du monde, pour en être la caisse de résonance. » L. Terzieff.

Laurent Terzieff« Ce que nous attendons tous du théâtre, c’est la révélation de cet autre qui gît au plus profond de nous-mêmes, plus nous-mêmes que nous-mêmes et cependant inconnu. Et c’est cet inconnu qui veut sans cesse dépasser ses frontières personnelles, crever l’opacité de cette carapace qui nous sépare du monde. Si le théâtre se tient tout aussi éloigné de la facilité, de la démagogie ou de l’imposture intellectuelle, il peut être une passerelle dans cette coupure originelle entre le sujet et le monde, entre le monde et nous-mêmes... » L. Terzieff

« Le piège, c’est de garder la conviction que, bien qu’on ait changé, on est immuable et de justifier cette assurance en évoquant ses souvenirs. Pour un artiste, toute réflexion sur le temps débouche sur une certaine panique métaphysique. Le présent étant du passé en train de se faire, un ancien futur qui n’a pas tenu ses promesses, le rêve éveillé ne sera jamais le rêve réalisé, et les rêves de la nuit ne rejoindront jamais ceux du jour. » L. Terzieff

« De même que l’homme est le moyen par lequel les choses du monde se manifestent à travers sa conscience, de même le théâtre peut être un outil donné à l’homme pour aller au-delà de sa perception du monde et le faire visionnaire de sa conception humaine. » L. Terzieff

« Une poésie qui fait parole de ce qui, avant elle, ne l’était pas, et qui par elle le devient. Parole de ce qui avant elle et sans elle, ne saurait être dit. » L. Terzieff

« Tout vrai poète est à la recherche de quelque chose d’innommé. L’intelligibilité est toujours problématique […] il s’agit d’aller au-delà de notre monde de représentation. De renouveler la pensée, par l’invention d’un style. »

Acteur (théâtre, cinéma et télévision), metteur en scène et directeur de théâtre, Laurent Terzieff (Laurent Didier Alex Terzieff) est né le 27 juin 1935 à 02 h 00 à Toulouse (Haute-Garonne). Il est décédé, vendredi 2 juillet 2010, à 22h 30, à l’Hôpital de La Salpêtrière, (Cf. Quelques réactions du monde artistique et politique à l’annonce de son décès [1]). Ses obsèques ont été célébrées, mercredi 7 juillet 2011, en l’église Saint-Germain-des-Prés -sa paroisse, il habitait rue du Dragon- à 10h30. Il a été ensuite enterré au cimetière de Montparnasse. Sa famille, d’artistes russes, - sa mère était une plasticienne et son père sculpteur - a émigré en France pendant la Première Guerre mondiale.

En 1949, La Sonate des spectres de Strindberg, mise en scène par Roger Blin, qu’il découvre au théâtre de la Gaîté Montparnasse, déclenche en lui, alors qu’il avait un peu moins de 15 ans, le désir de devenir comédien. Jean-Marie Serreau le fait débuter, en 1953, dans Tous contre tous d’Arthur Adamov, au Théâtre de Babylone.

Fasciné par Adamov, Milosz, Chisgal, Brecht, Becket, Ionesco… Au théâtre, il a travaillé avec Michel Vitold, Marcel Cuvelier, Roger Blin, Peter Brook, Jorge Lavelli, Roger Planchon, Yves Gasc, Michel Fagadau. Terzieff n’en délaisse pas pour autant les tournages (cf. filmographie ci-dessous). Il a une vingtaine de pièces à son actif lorsque Marcel Carné le repère dans une fiction télévisée, L’Affaire Weidmann, et lui propose un des rôles principaux des Tricheurs. Il travaille avec Marcel Carne, Claude Chabrol, Pier Paolo Pasolini, Mauro Bolognini, Buñuel, Claude Autant-Lara, Henri-Georges Clouzot, Claude Berri, Pierre Boutron.

A partir des années 80, il se fait plus rare au cinéma et se consacre de plus en plus au théâtre et à la poésie au sein de la compagnie qui porte son nom et qu’il a créée, en 1961, avec Pascale de Boysson, sa compagne et partenaire de théâtre, décède, 2002, des suites d’un cancer, [2]. Une compagnie d’abord accueillie au Lucernaire, puis au Rond Point, au Théâtre Treize, au La Bruyère, à l’Atelier, en Belgique, à Lyon. D’octobre 1968 à novembre 1969, Laurent Terzieff s’installe au Vieux Colombier menacé de fermeture. Il monte Murray Shisgal, James Saunders, Andreieff.

Dès l’adolescence, Laurent Terzieff manifeste un grand intérêt pour la philosophie et la poésie et incarne depuis les années 50 une seule même idée : l’homme est projet de liberté. Ayant une très haute idée du pouvoir des mots, il s’est voulu acteur de théâtre, passeur en poésie. Il nous fait découvrir des auteurs : Claudel, Schisgal, Albee, Saunders, Mrozek, Milosz, Rilke, Pirandello, Harwood, et bien d’autres.

Passionné de politique autant que de poésie et de philosophie, son engagement d’abord aux côtés des trotskistes puis avec le Parti communiste témoigne de son attachement au monde et aux hommes. En pleine guerre d’Algérie, il signe, en 1960, La Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie et, en 2002, la pétition Pas en notre nom contre la guerre en d’Irak. En 2003, il signe

L’Appel pour le plus jeune prisonnier politique du monde

 [3]. Lors des débats sur le projet de loi relatif aux droits d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information (DADVSI), en 2006, Laurent Terzieff signe, avec 2000 autres auteurs, une pétition Le droit d’auteur bafoué ! adressée aux députés [4]
(cf. également le site de la Scam : Société des auteurs multimédia : auteurs et réalisateurs de documentaires pour la télévision et la radio, écrivains, traducteurs, journalistes, photographes, auteurs multimédias, dessinateurs…).


Distinctions et prix

- Officier de l’Ordre du Mérite.

- Commandeur des Arts et des Lettres.

- Prix de la jeune critique en 1962.

- Prix Gérard Philippe en 1964.

- Prix du Plaisir du Théâtre pour l’interprétation de Christophe Colomb de Claudel (1980).

- Prix du Brigadier en 1986, pour Témoignage sur Baly Beg au Théâtre du Lucernaire et pour l’ensemble de sa carrière. Le Prix du Brigadier a été créé en 1960 à l’initiative l’Association de la Régie Théâtrale (A.R.T)

- Grand prix national de théâtre décerné par le Ministère de la Culture en 1987.

- Prix Pirandello (Italie) 1989 pour l’interprétation du rôle d’Henri IV

- Molière du meilleur metteur en scène et du meilleur spectacle pour Temps contre temps en 1993.

- « Hommage des Acteurs » en 2003, au cours du dîner de clôture des 4èmes Rencontres Européennes des Artistes, au Grand Casino de Cabourg. À cette occasion il a prononcé le discours qui suit : « Tout d’abord je veux vous dire combien je suis ému d’avoir été distingué par les personnalités qui composent le jury présidé par Brigitte Fossey ; et de me trouver ainsi aux côtés de Suzanne Durrenberger, cette grande figure de la profession qui a tant donné pour le cinéma et à qui le cinéma et nombre de metteurs en scène doivent tant ; et de Pierre Tchernia, cette explosion généreuse de dons variés, mémoire vivante et par là même conscience du cinéma. Si ce prix est destiné à ceux qui soumettent leur talent non pas à un plan de carrière, mais au désir d’élargir notre conscience des choses de la vie dans la création artistique, à réunir des solitudes, à tenter de donner le reflet, sinon un sens, à cette histoire de la vie des hommes pleine de bruit et de fureur, mais aussi pleine d’amour et de haine, de souffrances et de joies, en sachant qu’il n’est rien qui ne puisse être magnifié par la parole du poète, c’est avec bonheur, quoique n’étant pas sûr de le mériter vraiment, que je reçois ce prix et que je le dédie à la mémoire de Roger Blin et de Jean-Marie Serreau.

Nous sommes tous ici, en tant qu’artistes et défenseurs des artistes, projets de liberté, c’est-à-dire condamnés à être libres, à se savoir libres, à tenter de cerner les incertaines frontières qui séparent nos névroses individuelles de la grande névrose collective. Condamnés donc à pouvoir refuser les alibis et les faux-semblants qui justifieraient nos renoncements et nos faiblesses, à ne pas pouvoir ignorer cette difficile liberté que l’on n’a pas choisie, qui nous a été donnée une fois pour toute, quels que soient les temps que nous traversons et qu’on accepte ou pas.

Si c’est cela aussi être artiste et être le défenseur des artistes ; c’est peut-être davantage à ce titre, au fond de moi-même, que je reçois l’honneur que vous me faites.

Je suis également très reconnaissant à l’Adami qui a vocation de défendre l’acteur enregistré et qui, par son soutien à la formation des jeunes et à ses aides nombreuses au théâtre vivant, défend aussi l’acteur non enregistré, choisissant ainsi non plus seulement de cueillir mais aussi de labourer.

Je dirai aussi pour finir, que j’étais très heureux, vraiment, de pouvoir respirer avec vous, grâce à vous, quelques heures l’air du large. Cet air de liberté justement, qui fait dire au Christophe Colomb de Claudel « l’important, ce n’est pas d’arriver mais de partir. »

- Molière, le 25 avril 2010 à Créteil, pour deux rôles : celui du comédien shakespearien dans L’Habilleur, au théâtre privé, chez Alain Mallet, au Rive-Gauche, et celui de Philoctète dans le poème dramatique de Jean-Pierre Siméon mis en scène à l’Odéon par Christian Schiaretti. Lors de la 24e cérémonie des Molières, Laurent Terzieff, les deux poignets cassés dans le plâtre, déclare en recevant sa récompense : « J’ai toujours œuvré pour une mixité entre un certain théâtre privé et l’aide publique dont je dispose » et souligne que « le théâtre ne se laisse pas enfermer dans des clivages et des étiquettes ».

Livres

- L’acteur, Laurent Terzieff et Jean Duvignaud, éditions de l’Archipel, 1993.

- Laurent Terzieff, Claude Mauriac, Ed. Stock, 1980, 298 p., ISBN 2-234-01049-7

- Laurent Terzieff aventurier du théâtre, Charlette Darmon-Le Pogam, Ed. L’Harmattan, Paris, 2001, 327 p., ISBN 2-7475-0790-4

- Laurent Terzieff, entretien avec Olivier Schmidtt, Ed. Flammarion Coll. Mémoire vivante, 2001, 179 p.

- Seul avec tous, Laurent Terzieff et Marie-Noëlle Tranchant, Ed. Presses de la Renaissance, coll. « Chemin faisant », octobre 2010, 200 p., ISBN 978-2-7509-0628-3

Activités théâtrales

- 1953, Tous contre tous d’Adamov, mise en scène Jean-Marie Serreau, Théâtre de Babylone

- 1954, Pour le roi de Prusse, mise en scène par Maurice Bray, Théâtre Hébertot

- 1955, Le prince d’Égypte de Christopher Frey, mise en scène par Marcelle Tassencourt, Théâtre du Vieux-Colombier

- 1956, Hedda Gabler de Henrik Ibsen, mise en scène par Guy Suarès, Théâtre Franklin

- L’alchimiste de Ben Johnson

- L’exception à la règle de Brecht

- Mon cœur dans l’Highlandes de Saroyan

- Lorsque cinq ans seront passés de Lorca

- Marée basse

- La reine et les insurgés

- 1959, Tête d’or de Paul Claudel, mise en scène Jean-Louis Barrault, Odéon-Théâtre de France

- 1961, L’échange de Paul Claudel, mise en scène Guy Suares, Théâtre Hébertot.

- 1961, La pensée de Léonide Andréiev, mise en scène Laurent Terzieff, Théâtre de Lutèce, Théâtre Hébertot en 1962

- 1963, La Danse du Sergent Musgrave de John Arden, mise en scène par Peter Brook, Théâtre de l’Athénée.

- 1963, Les Dactylos de Murray Schisgal, mise en scène avec Maurice Garrel, Théâtre de Lutèce.

- 1963, Le tigre de Murray Schisgal, mise en scène avec Maurice Garrel, Théâtre de Lutèce.

- 1964, Nicomède de Corneille, mise en scène Roger Mollien, Festival d’Avignon.

- 1965, Love de Murray Schisgal, mise en scène Maurice Garrel, Théâtre Montparnasse.

- 1965, Zoo Story d’Edward Albee, mise en scène avec Daniel Emilfork, Théâtre de Lutèce.

- 1965, Le rêve de l’Amérique d’Édouard Albee, mise en scène par Maurice Garrel.

- 1966, Hélas, pauvre Fred ! de James Saunders, mise en scène Laurent Terzieff, Théâtre de Lutèce.

- 1966, Les voisins de James Saunders, mise en scène L. Terzieff.

- 1967, Tango de Slawomir Mrozek, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre de Lutèce.

- 1967, Jeu d’enfant de Carol Bernstein, mise en scène Laurent Terzieff, Petit Odéon-Théâtre Théâtre de France.

- 1968, Triangle de James Saunders, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre-Maison de la Culture de Caen, Théâtre du Vieux-Colombier.

- 1968, Spectacle de Carol Bernstein, mise en scène par Laurent Terzieff, Petit Odéon-Théâtre de France.

- 1968, Fragments de Murray Schisgal, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Vieux-Colombier.

- 1968, Les chinois de Murray Schisgal, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Vieux-Colombier.

- 1969, David, la nuit tombe de Bernard Kops, mise en scène Yves Gasc, Comédie de l’Ouest.

- 1969, La valse des chiens de L. Andréiev, mise en scène par Carlos Wittig Montero, Théâtre du Vieux-Colombier.

- 1970, Ici et maintenant de CLaude Mauriac, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire.

- 1971, L’homme couché de Carlos Semprún, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire.

- 1971, L’Indien cherche le bronx et Sucre d’orge d’Israël Horovitz, mise en scène par Michel Fagadau, Théâtre de la Gaîté-Montparnasse.

- 1971, Les Voisins de James Saunders, mise en scène par Laurent Terzieff.

- 1972, David, la nuit tombe de Bernard Kops, mise en scène par André Barsacq, Théâtre de l’Atelier.

- 1973, Rubezahl, scènes de Don Juan d’Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire.

- 1973, L’Île pourpre de Mikhaïl Boulgakov, mise en scène Jorge Lavelli, Théâtre de la Ville.

- 1974, Les émigrés de Slawomir Mrozek, mise en scène par Roger Blin, Théâtre d’Orsay.

- 1975, Le Livre de Christophe Colomb de Paul Claudel, mise en scène Jean-par Louis Barrault, Théâtre d’Orsay.

- 1975, A.A. Les Théâtres d’Arthur Adamov, mise en scène par Roger Planchon, Théâtre national populaire Villeurbanne.

- 1976, A.A. Les Théâtres d’Arthur Adamov mise en scène Roger Planchon, Théâtre national de Chaillot.

- 1977, Boîte, Mao, boîte ou Citations de Mao-Tse-Toung d’Édouard Albee, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire.

- 1978, Une heure avec Rainer Maria Rilke, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire.

- 1979, Le pic du bossu de Slawomir Mrozek, mise en scène L. Terzieff, (du 01/09/1979 au 30/05/1980).

- 1979, Le philanthrope de Christopher Hampton, mise en scène : Michel Fagadau et Laurent Terzieff. Interprétation : Laurent Terzieff, André Falcon, Bernard Alane,… Théâtre Montparnasse, Théâtre de Boulogne-Billancourt.

- 1979, Le Pic du bossu de Slawomir Mrozek, mise en scène Laurent Terzieff, Théâtre Hébertot, Théâtre national de Chaillot,

- 1980, Les amis de A. Wesker, mise en scène Yves Gasc, interprétation Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire.

- 1981 (1992, 1996), Milosz, de Oscar-Vladislas de Lubicz-Milosz, spectacle de poésie, adaptation, mise en scène et interprétation par Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire.

Dits de Laurent Terzieff : « Je ne vois pas de poète qui ait porté aussi loin le besoin fou d’amour, la souffrance, la barbarie, l’injustice, mais en même temps l’éblouissement devant la beauté de la vie. En premier lieu, je voudrais parler de la conscience du temps chez Milosz, le temps comme de l’éternité volée : « Ces mensonges du temps qu’on appelle souvenirs », écrit-il. Aucun poète n’a mieux que lui, sauf Rilke, exorcisé les démons de l’enfance. La poésie de Milosz est pleine d’analogies universelles et de correspondances. Elle renvoie à cette conception de Platon : le monde ne vaut que par ce qui lui manque et n’existe que par défaut. Pour Milosz, si quelque chose nous manque, c’est qu’il existe. S’il n’est pas là, c’est qu’il est ailleurs. Le monde visible n’est pour lui qu’une face de la réalité, et la face invisible est sans doute la plus importante.

Il faut dire aussi cette expérience du langage remarquable chez Milosz. Il est lituanien et n’a jamais écrit qu’en français. Il est un peu, comme disait Kafka, « invité dans une langue étrangère ». Or, en tant qu’invité dans cette langue, il s’est comporté de la façon la plus courtoise qui soit : il épouse la langue française, la retrouve dans sa rigueur plastique, comme si son grand souci était de s’inscrire dans la tradition mais en l’irriguant d’un sang nouveau.

Et puis il y a la religiosité très caractéristique de Miloszv : « elle est un besoin d’amour, Dieu pour lui est d’abord un père. Il est très « dostoïesvskien », dans les Scènes de Don Juan, notamment. Pour lui, le bien passe par l’expérimentation du mal. Dans mon spectacle, je me suis attaché à retracer son parcours spirituel : du démontage à l’abjection, de l’abjection à la grâce. J’ai relu son ouvre jusqu’à l’obsession, en relevant des questions angoissées qui trouvent plus tard dans des textes des réponses. Mon fil conducteur a été d’épouser sa vie telle qu’elle est dans son ouvre. Le spectacle se divisait avec la descente aux enfers, et les Scènes de Don Juan, notamment, que j’ai montées au Lucernaire. Pour lui, le bien passe par l’expérimentation du mal. Dans mon spectacle, je me suis attaché à retracer son parcours spirituel : du démoniaque à l’abjection, de l’abjection à la grâce. J’ai relu son ouvre jusqu’à l’obsession, en relevant des questions angoissées qui trouvent plus tard dans des textes des réponses. Mon fil conducteur a été d’épouser sa vie telle qu’elle est dans son ouvre. Le spectacle se divisait avec la descente aux enfers, et les Scènes de Don Juan, puis la remontée avec l’Amoureuse Initiation, roman unique dans l’histoire de la littérature, picaresque et religieux à la fois, et, enfin, avec l’ascension, Miguel Manara, Ars Magna et les Arcanes.

Je me souviens d’avoir joué en alternance à Marseille les spectacles Rilke et Milosz, c’est le Milosz qui a marqué davantage les jeunes. Je pense que s’il fallait faire un parallèle, on pourrait dire que Milosz est notre Hölderlin. »

- 1982, Dell’Inferno d’André Engel, Bernard Pautrat. Interprétation Laurent Terzieff, (du 01/01/1982 au 31/12/1982), Théâtre Gérard Philipe.

- 1983, L’ambassade de Slawomir Mrozek, mise en scène et interprétation par Laurent Terzieff, Théâtre Renaud-Barrault.

- 1984, Guérison américaine de James Saunders, mise en scène L. Terzieff

- 1983, Milosz d’après Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre Renaud-Barrault.

- 1984, Guérison américaine de James Saunders, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre La Bruyère.

- 1986, Témoignages sur Ballybegde Brian Friel, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire.

- 1987, A pied de Slawomir Mrozek, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre 13.

- 1988, Ce que voit Fox de James Saunders, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre La Bruyère. Molière 1988 de la meilleure mise en scène et du meilleur spectacle dans un théâtre privé.

- 1989, Témoignage sur Ballybey, mise en scène et interprétation par Laurent Terzieff.

- 1989, Henri IV de L. Pirandello, mise en scène par Armand Delcampe, Théâtre de l’Atelier. Avec Laurent Terzieff (interprétation d’Henri IV), Isabelle Thomas, Michel Etcheverry, Pascale de Boysson, Philippe Laudenbach, Olivier Brunhes, Raymond Hermantier, Xavier Florent, Christian Baltauss, Jean Gouley, Michel Chalmeau, Vincent De Bouard, Francis Lemaire, Richard Lukas, François-Xavier Hoffmann, Michel Cheignaud, Laurent Bateau, (du 24/01/1989 au 28/01/1989).

- 1990, Ce que voit Fox de James Saunders. Adaptation de Laurent Terzieff et S. Lombard sous la direction d’Estelle Garnier assistée de Jérémie Kalil et Johan Cattant.

- 1990, L’homme assis de J.L. Bauer, mise en scène Yves Gasc.

- 1991, Richard II de William Shakespeare, mise en scène Yves Gasc. Avec Laurent Terzieff, Michel Etcheverry, Francis Lemaire, Olivier Brunhes, Vincent de Brouard, Richard Lukas, Gilles Guarderas, Xavier Florent, François-Xavier Hoffman, Benoît Cassard, Michel Chalmeau, Christian Baltauss, Raymond Hermantier, Michel Chaigneau, Richard Lukas, Jean Gouley, Laurent Bateau, François-Xavier Hoffman, Gilles Guarderas, Laurent Bateau, Jean Gouley, Isabelle Thomas, Pascale de Boysson.

- 1993, Temps contre temps de Ronald. Harwood, mise en scène et interprétation par Laurent Terzieff, Théâtre La Bruyère. Molière 1993 de la meilleure mise en scène et du meilleur spectacle dans un théâtre privé.

- 1994, Une heure avec Rainer Maria Rilke, mise en scène L. Terzieff

- 1995, Meurtre dans la cathédrale de Thomas Stern Eliot [(1888-1965), Prix Nobel de littérature en 1948. Ed. Seuil/Poche, 1998, 186 pages, ISBN : 2020234165], mise en scène par Laurent Terzieff et R. Hermantier, (du 01/11/1995 au 28/11/1995).

- 1996, Œdipus Rex d’Igor Stravinski, mise en scène Bob Wilson, Théâtre du Chatelet.

- 1997, Le Bonnet du fou de Luigi Pirandello, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre de l’Athénée.

- 1997, Le Bonnet du fou, de Luigi Pirandello, adaptation de Michel Arnaud. Mise en scène, Laurent Terzieff, création le 16 septembre 1997 : Athénée - Théâtre Louis-Jouvet (Paris). Scénographie : André Acquart. Costumes : Barbara Rychlowska. Lumières : Stéphane Roussilhe. Interprétation : Madeleine Assas (Mme Béatrice Fiorica), Pascale de Boysson (Fana), Olivier Brunhes (Federico), Yvette Caldas, Philippe Laudenbach (commissaire Spano), Isabelle Sadoyan (La Sarrasine), Laurent Terzieff (Ciampa), Giselle Touret

- 1998, Une heure avec Rainer Maria Rilke, mise en scène L. Terzieff.

- 1999, Brûlé par la glace de Peter Asmussen. Isbrandt est une pièce écrite en 1997, Ed. Colombine, Suède et traduite par Terje Sinding en 1998 aux éditions Solitairs intempestifs Coll. Bleue, 80 pages, ISBN : 2-912464-16-1. Mise en scène par Laurent Terzieff, décor d’André Acquart, costumes de Barbara Rychlowska, intérpétation : Laurent Terzieff, Pascale de Boysson, Olivier Brunhes, Dominique Hollier, Marie Sauvaneix.

Ce qu’en dit Laurent Terzieff : « L’aspiration d’une beauté supérieur : « N’ayant pas encore rencontré Peter Asmussen, je ne peux que l’imaginer. Peut-être offre t-il l’image d’un homme parfaitement équilibré, peut-être même celle d’un bon vivant.

Mais je ne peux m’empêcher de pressentir en lui un continuel tumulte qu’il doit s’efforcer de maîtriser, de contrôler. L’imprévisible doit tellement le hanter, qu’il « organise » ses angoisses, d’où la construction géométrique, symétrique de la pièce, où le chiffre 3, chiffre religieux, revient de façon obsédante et magique « 3 femmes, 3 hommes, 3 tableaux agencés en un triptyque ». Comme en musique, les dissonances se résolvent en harmonies ordonnées. Le dialogue qui au début surnage, flotte, hésite, est remanié, répété, développé, de façon musicale. La musique des mots ritualise l’indicible des êtres. L’auteur semble se méfier de son propre chaos, il ne participe pas au drame qu’il raconte. Simplement, il le traduit, le matérialise. Il ne laisse aucune place à ses propres pulsions : elles ne sont que la clef invisible qui lui permet de nous laisser entrevoir le secret de ses personnages, avec un 3ème œil de visionnaire, le temps d’ouvrir et de fermer une porte.

Pour Asmussen, écrire n’est pas une thérapie privée, mais une opération chirurgicale qui consiste à glisser dans les veines de notre inconscient l’aspiration d’une beauté supérieure, sans cesse bafouée, une excitation de l’âme, qui nous fait percevoir les choses de la vie comme le vague reflet d’une correspondance du ciel et qui nous fait prendre conscience de notre nature d’exilés, comme le pressentait Baudelaire.

[... / ...]

Dans « Brûlés par la glace », le conflit n’est pas dans le combat pour le pouvoir ou l’intérêt, ou dans l’emprise de l’un sur l’autre, la lutte a lieu entre les âmes et les cerveaux. Tout le reste n’est que contingences, comme la poule, combustible répugnant et fascinant à la fois, mais de toute façon indispensable pour « alimenter la machine ». La menace et le chantage ne sont pas pris au sérieux. Mais le ton affectif de la pièce n’est pas la dérision - pour une fois, on y échappe, ce qui est rare dans le théâtre contemporain -, ce qui résonne ici, c’est la cruauté et la déréliction.

Ici, on souffre par séparation. L’espace est d’ailleurs carcéral : chacun est relégué dans un espace clos qui ressemble à une cellule ou à une niche. Les vêtements aussi sont des carcans, des geôles qui emprisonnent le corps pour mieux séparer. L’univers d’Asmussen n’est pas édifiant. Il n’y a pas, bien sûr, d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Il y aurait plutôt une certaine race de coupables et une certaine race d’innocents. Les coupables ont assumé le malheur d’être né, ils ont aimé, consommé leur amour et donc enfanté des innocents.

Les innocents veulent aimer eux aussi, mais les coupables leur refusent l’amour. Ils dépendent d’eux : d’eux, ils ne reçoivent que des devoirs ou des ordres. Ils n’ont aucun droit. On leur dit « tu ne dois pas aimer ». On voudrait faire d’eux des caractères sans volonté.

Les innocents d’Asmussen préfèrent mourir. Ils ne supportent pas d’avoir « Froid à l’âme » comme leurs aînés, qui ont tellement de mal à s’accepter eux-mêmes, quand ils émergent de leur sommeil.

Cet espace glacé, Asmussen « en connaît un bout », si il n’en connaît pas le bout. On sent qu’il l’a parcouru, ressenti, interrogé, comme anesthésié par le froid, mais toujours avec un besoin fou d’amour.

C’est l’espace de l’amour renié, bafoué, dénié, l’espace de l’amour assassiné, mais qui même anéanti ne sera jamais chez Asmussen, tourné en dérision. »

[...]

- 2000, Bertolt Brecht, poète, mise en scène Laurent Terzieff avec Pascale de Boysson, Philippe Laudenbach, Laurent Terzieff, Théâtre de la Gaîté-Montparnasse en 2001.

Laurent Terzieff : « Le poète ne se sert pas des mots comme le prosateur. C’est très flagrant chez Brecht. René Char disait que « les poètes savent faire surgir les mots qui savent de nous ce que nous ignorons d’eux ». Sartre dit une chose un peu voisine et que je trouve tout aussi vraie ou en tout cas plus claire, moins poétique. Il dit que « Le poète ne se sert pas des mots comme des signes mais comme des choses ». À la limite, le poète ne se sert pas des mots, c’est lui-même qui les sert. »

Laurent Terzieff : « Sa poésie [Brecht] est très protéiforme. Elle fait le trottoir de tous les genres. Mais à chaque fois c’est génial et très personnel en même temps. Tout Brecht est comme ça. Même dans sa dramaturgie il a passé son temps, sa vie à plagier, à copier, à remanier, à condenser, mais il a tenu compte de toutes les acquisitions précédentes, pour en faire quelque chose de très personnel. Ce qui m’a vraiment motivé dans ce choix, c’est que Brecht est un grand poète tout court, et ça, peu de gens le savent. Dans sa poésie, on découvre presque un Brecht par lui-même, un Brecht anti-brechtien. On découvre un homme très différent de celui qui transparaît dans son théâtre, pour la bonne raison qu’il n’y a aucune subjectivité dans son œuvre dramaturgique. Il ne parle jamais de lui dans ses pièces. »

Laurent Terzieff : « Il ne parle que de lui. Il parle de lui dans son rapport au monde, à l’irrationnel, à l’amour. Sa poésie est le lieu de la subjectivité, elle est aussi le lieu de la complexité. Ses pièces ne sont pas complexes, entendons-nous bien, ses pièces sont complexes dans la finalité, mais c’est la dialectique de la réalité qui est complexe chez Brecht. Mais les matériaux de cette réalité, saisis comme élément de sa dialectique, ne sont pas complexes. Au contraire, ils sont très blancs et noirs. Avec des mots très simples, il y a une alchimie du verbe : « Sur la terre où le vent est froid / vous n’êtes pas venu en roi / mais nu sans rien / enfant gelé, quand une lange vous fut donné par une femme / pas un seul pour vous rendre hommage / quand vous cherchiez votre équipage / ici vous étiez inconnu / lorsqu’un homme alors est venu, prit votre main… » (Que le monde est amical, ndlr). C’est un des plus beaux poèmes que je connaisse. »

- 2001, Dernières lettres de Stalingrad de Pliever, adaptation et mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire. Avec Marie Suavaneix, Alexandre Mousset et Stéphane Valensi, (du 03/05/2001 au 26/06/2001). En février 1943, juste avant la reddition de l’armée allemande, à Stalingrad, un avion décolla en emportant le courrier des derniers soldats de la Wehrmacht qui combattaient encore dans cette souricière glacée. Les lettres furent saisies sur ordre du Führer pour que soit sondé le moral des troupes. Ces dernières lettres du front de l’Est ne furent jamais rendues publiques. Archivées à Postdam, cachées à Berlin, il fallut attendre longtemps avant qu’elles ne resurgissent. Le traitement de ce fait historique par Laurent Terzieff nous replonge en partie L’espèce humaine de Robert Antelme

- 2002, Le Regard de Murray Schisgal, mise en scène Laurent Terzieff, (du 01/09/2002 au 28/06/2003).

- 2002, Moi, Bertolt Brecht, mise en scène Laurent Terzieff, Théâtre Rive Gauche.

- 2003, Florilège, Théâtre du Lucernaire. Spectacle sur divers auteurs (Arthur Adamov, Friedrich Hölderlin, Rainer Maria Rilke, Blaise Cendrars, Heinrich Heine, Goethe, Pablo Neruda, Edgar Allan Poe, Robert Desnos, Louis Aragon), Laurent Terzieff (comédien, concepteur lumière, metteur en scène) assistant à la mise en scène : Arthur Rémy. En 2002, il perdait sa compagne et partenaire de théâtre, Pascale de Boysson. Quelques mois plus tard, il remontait seul en scène pour ce un spectacle poétique.

- 2003, Jean-Pierre Siméon, un poète, lecture spectacle, Laurent Terzieff : comédien, concepteur lumière, metteur en scène.

- 2005, Molly de Brian Friel mise en scène par Laurent Terzieff, avec Luchini, Laurent Terzieff, Caroline Silhol.

- 2006, Mon lit en zinc de David Hare, mise en scène par Laurent Terzieff, Studio des Champs-Élysées.

- 2007, Hughie d’Eugene O’Neill, mise en scène par Laurent Terzieff, Théâtre du Lucernaire.

- 2009, L’Habilleur de Ronald Harwood, au Théâtre Rive gauche du 4 Mars 2009 au 13 Juin 2009. Mise en scène de Laurent Terzieff. Avec Laurent Terzieff, qui interprète un acteur et chef de troupe en pleine crise, assailli par le doute et la peur de monter sur scène au moment de jouer Le Roi Lear, Claude Aufaure, Michèle Simonnet, Jacques marchand, Nicolle Vassel, Emilie Chevrillon, Philippe Laudenbach.

- 2009, Philoctète, au Théâtre de l’Odéon, de Christian Schiaretti, directeur du Théâtre National de Villeurbanne (TNP), dans une version nouvelle signée Jean-Pierre Siméon, fondateur du Printemps des poètes, écrivain prolifique et une scénographie de Fanny Gamet. Avec Laurent Terzieff, Olivier Borle, Damien Gouy, Clément Morinière, Julien Tiphaine, Christian Ruché, David Mambouch, Johan Leysen. (cf. l’article d’Etienne Sorin pour Evene.fr - Septembre 2009, Heureux qui comme Terzieff) [5]

Filmographie

- En votre âme et conscience, série TV, 1957, dans le rôle d’un assassin, à la suite de quoi Marcel Carné donneà Terzieff un rôle dans Les tricheursL’Affaire Weidmann

- 1er mai (en Belgique : C’est arrivé un premier mai), de Luis Saslavsky, 1h 25 mn, 1958. Avec : Yves Montand, Yves Noël, Nicole Berger, Laurent Terzieff (Dans le rôle de Maurice), Georgette Anys, Geroges Chamarat, Eva Bartok, Lino Vnture, .

- 12h heures d’horloge de Géza von Radványi, 1958. Avec Lino Ventura, Eva Bartok, Laurent Terzieff, Gert Froebe, Geza Radvanyi...

- Les tricheurs de Marcel Carne, 1958, 1h 59 mn. Avec Pascal Petit, Jean-Paul Belmondo, Laurent Terzieff (dans le rôle d’Alain), Jacques Charrier, Andréa Parisy, Gérard Darrieu, Rolland Lesaffre, Dany Saval, Jacques Portet, Pierre Brice, Dominique Page, Jacques Martin, Jean-François Poron. Plusieurs associations familiales tentèrent d’interdire la projection du film jugé « contraire à la morale et susceptible de compromettre le bon ordre ».

- Kapò de Gillo Pontecorvo, 1h 58 mn, 1959. Avec Susan Strasberg, Laurent Terzieff (dans le rôle de Sasha), Emmanuelle Riva.

- Les régates de San Francisco de Claude Autant-Lara, 1h 13 mn, 1960. Avec : Nelly Beneditti, Suzy Delair, Daniel Gaubert, Laurent Terzieff (dans le rôle d’Enéo).

- Le bois des amants de Claude Autant-Lara d’après la pièce Terre inhumaine de François Parisot, 1h 35 mn, 1960. Avec : Erika Remberg, Laurent Terzieff (dans le rôle de Charles Parisot), Horst Frank, Gert Froebe, Françoise Rosay.

- La Notte brava (Les garçons) de Mauro Bolognini, 1h 35 mn, 1961, d’après le roman de Pier Paolo Pasolini, Ragazzi di vita. Avec : Laurent Terzieff (Ruggeretto), Jean-Claude Brialy (Scintillone), Franco Interlenghi (Bella Bella), Tomas Milian (Moretto), Rosanna Schiaffino (Rossana), Elsa Martinelli (Anna), Anna Maria Ferrero (Nicoletta), Mylène Demongeot (Laura), Antonella Lualdi (Supplizia), Maurizio Conti (Pepito), Piero Palmisano (Il sordomuto), Franco Balducci (Eliseo), Mario Meniconi (Mosciarella).

- Vanina Vanini de Roberto Rosselini, 2h 10 mn, 1961. Avec : Martine Carol, Sandra Milo, Laurent Terzieff (dans le rôle de Pietro Missirilli, Paolo Stoppa... Ce dernier film de Roberto Rosselini au cinéma est une adaptation d’une nouvelle de Stendhal.

- La Frontière, 1961, court-métrage (17 mn) scénarisé et réalisé par Jean Cayrol et Claude Durand, texte interprété par Laurent Terzieff.

- Tu ne tueras point, de Claude Autant-Lara, 2h 28 mn, 1961. Unfilm manifeste pour l’objection de conscience, avec : Suzanne Flon, Laurent Terzieff (dans le rôle de Jean-François Cordier), Horst Frank. Le titre initial du film était l’Objecteur. En plein Guerre d’Algérie, n’ayant pas trouvé de financement, le cinéaste investit des fonds personnels dans la production du film qui est tourné en Yougoslavie. Sélectionné au Festival de Venise en 1961, L’objecteur – Tu ne tueras point est présenté sous pavillon yougoslave, la France ayant refusé qu’il concoure sous son pavillon. Suzanne Flon obtient le prix d’interprétation féminine. Le film reste bloqué deux ans, la censure n’autorisant son exploitation en France qu’en 1963, un an après les Accords d’Évian qui ont mis un terme à la Guerre d’Algérie.

- La dénonciation de Jacques Doniol-Valroze, 1h 40 mn, 1962. Avec Maurice Ronet, Laurent François Brion, Sacha Pitoeff, Terzieff (voix du récitant).

- Les sept péché capitaux de Jacques Demy, 2h 53 mn, 1962. Film à sketchs, où chaque réalisateur traite d’un péché capital, épisode « La luxure », Avec Jean Desailly, Michèle Presle, Corinne Marchand, Jean-Louis Trintignant, Laurent Terzieff (dans le rôle de Bernard).

- Les culottes rouges un film policier d’Alex Joffé, 1h 44 mn, 1962. Avec Bourvil, Etienne Bierry, Laurent Terzieff (dans le rôle d’Antoine).

- Ballade pour un voyou de Claude-Jean Bonnardot, 1h 30 mn, 1962. Avec Hildegarde Kneff, Michel Vitold, Philippe Noiret, Laurent Terzieff (dans le rôle de Vincent Vivant). Il est l’interprète principal de ce film policier.

- Mort où est ta victoire ? d’Hervé Bromberger, 1963. Acteurs principaux : Laurent Terzieff, Pascale Audret, Michel Auclair, Philippe Noiret...

- Monsieur Satie d’Alain Jomy, 1963. Documentaire avec Laurent Terzieff (Voix du récitant).

- Le grain de sable de Pierre Kast, 1964. Avec Lilli Palmer, Laurent Terzieff, Paul Hubschmid, Pierre Brasseur...

- L’adage de Dominique Delouche, 1964. Documentaire avec Laurent Terzieff (Voix du récitant.

- L’affaire Dreyfus de Jean Vigne, 1965. Documentaire avec Laurent Terzieff (Voix du récitant.

- Le Horla de Jean-Daniel Pollet, 40 mn, 1966. Avec Laurent Terzieff. Une adaptation très libre d’une nouvelle de Guy de Maupassant. Dans une maison solitaire au bord de la mer, un jeune homme, beau et vulnérable, voit monter en lui le vent de la folie.

- Le voyage du père (Vallée de la Bienne – 39) de Denys de la Patellière, 1h 30 mn, 1966, avec Fernandel, Lilli Palmer, Laurent Terzieff (dans le rôle de l’instituteur),…

- Les fruits amers/Solehad de Jacqueline Audry, 1966, avec Emmanuelle Riva, Laurent Terzieff,…

- A cœur joie de Serge Bourguignon, 1h 36 mn, 1967, avec Brigitte Bardot, Laurent Terzieff (dans le rôle de Vincent) Jean Rochefort,…

- Le Révélateur de Philippe Garrel, 1h 10 mn, 1968. Avec Bernadette Lafont, Laurent Terzieff (dans le rôle du père), Stanislas Robiolles.

- La prisonnière, dernier film d’Henri-Georges Clouzot, 1h 50 min, novembre 1968, (Les Films Corona/Fono Roma). Music Gilbert Amy, Luciano Berio, Jean Laporte, Gustav Mahler, Anton Webern, Iannis Xenakis. Avec Élisabeth Wierner (Josée), Laurent Terzieff (dans le rôle principal de Stanislas Hassler), Bernard Fresson (Gilbert Moreau), Dany Carrel (Maguy), Michel Etcheverry (Le chirurgien), Claude Piéplu (Le père de Josée), Noëlle Adam (La mère de Josée), Daniel Rivière (Maurice), Darío Moreno (Sala)

Gilbert Moreau, artiste d’avant-garde, travaille pour la galerie d’art que dirige Stanislas Hassler, et vit avec la charmante Josée. Un concours de circonstances amène, un soir, Josée chez Stanislas, qui lui projette diverses photos dont un nu érotique qui choque et bouleverse la jeune femme. Elle tombe sous l’emprise de cette vision, demande à voir une séance de pose et bientôt sollicite Stanislas de la choisir comme modèle. Gilbert a quelques soupçons. Néanmoins, il voyage tandis que Stanislas et Josée partent en Bretagne. La brusque rupture du garçon désespère la fille qui avoue tout à Gilbert. Horrifié, celui-ci veut tuer Stanislas. L’accident de voiture de Josée empêche un crime.

- La voie lactée de Luis Buñuel, 1h 41mn, 1969, avec Paul Frankeur, Laurent Terzieff (dans le rôle de Jean), Alain Cuny, Edith Scob, Bernard Verly, Julien Bertheau, Jean Piat, Delphine Seyrig, Michel Piccoli, Georges Marchal. Synopsis : Six mysteres ou dogmes du catholicisme sont illustres a travers deux vagabonds, Pierre et Jean, qui pour se faire un peu d’argent se rendent a Saint-Jacques-de-Compostelle.

- Medea (Médée), film italien de Pier Paolo Pasolini, 1h 58 mn, 1969, (/San Marco S.P.A. Les Films Number One/Janus Film und Fernsehen). Un film inspiré de la version d’Euripide du mythe de Médée. Avec : Maria Callas (Médée), Giuseppe Gentile (Jason), Massimo Girotti (Roi Crésus / Créon), Laurent Terzieff (Centaure), Margaret Clementi (Glauce), Annamaria Chio (la nourrice), Paul Jabara (Pélias), Gérard Weiss (second centaure), Sergio Tramonti (Apsirto, frère de Médée), Luigi Barbini (l’Argonaute), Graziella Chiarcossi (servante de Glauce).

- Ostia de Sergio Citti, Italie, 1h 42 mn, 1969. Avec : Franco Citti, Ninetto Davoli, Laurent Terzieff. À la fin du film, il y a un meurtre semblable à celui dont fut victime Pasolini, sur la même plage, curieuse prémonition...

- Bröder Carl de Susan Sontag, suédois, 1h 37 mn, 1971. Avec Gunnel Lindblom, Geneviève Page, Laurent Terzieff (dans le rôle de Carl). Film présenté au festival de Cannes.

- Les Hautes solitudes, réalisé par Philippe Garrel, 1h 15 mn, 1974. Avec Jean Seberg, Tina Aumont, Laurent Terzieff (dans le rôle de Carl).

- Mosé (Moïse) de Gionfranco Do Bosio (+ version longue TV), 1974. Avec Burt Lancaster, Laurent Terzieff.

- Le jeu, réalisé par Réginald Gray, 1h 25 mn, 1975. Avec Laurent Terzieff (dans le rôle du prêtre), Derk Kinnane, Pascale de Boysson.

- Il pleut sur Santiago d’Helvio Soto, 1h 49, 1975. Avec Naicho Petrov, Ricardo Cucciolla, Annie Girardot, Jean-Louis Trintignant, Laurent Terzieff (dans le rôle de Calvé).

- Un ange passe de Philippe Garrel, 1h 20mn, 1975. Avec Maurice Garrel, Bulle Ogier, Nico, Laurent Terzieff.

- Le Désert des Tartares, réalisé par Valerio Zurlini, 2h 18 mn, 1976. Avec Philippe Noiret, Jean-Louis Trintignant, Vittorio Gassman, Laurent Terzieff (dans le rôle d’Amerling).

- Maladie mortelle de François Weyergans, 1976. Avec Anny Dupery, Laurent Terzieff.

- Le Voyage au jardin des morts, de Philippe Garrel, 1977. Avec Maria Schneider, Laurent Terzieff (dans le rôle de Georges), Nico.

- Couleur chair de François Weyergans, 1h 56 mn, 1979. Avec Roger Blin, Lou Castel, Jorge Donn, Laurent Terzieff (dans le rôle de Michel).

- Utopia d’Iradj Azimi, 1h 32 mn, 1979. Avec Dominique Sanda, Jean Dasté, Laurent Terzieff (dans le rôle de Julien).

- Noces de Sang de Souheil Banbarka, film marocain, 1h 20 mn, 1980. Avec Irène Papas, Laurent Terzieff (dans le rôle d’Amrouch), Jamila, M. Habachi, L. Doghini, Muni, Souad Jalil, N. Lamcharki, Mohamed El-Baz et Izza Gennini.

- La Flambeuse de Rachel Weinberg, 1h 35 mn, 1981. Avec Lea Massari, Laurent Terzieff (dans le rôle du Chevalier), Gérard Blain.

- Diesel, de Robert Kramer, 1h 32 mn, 1984. Avec Gérard Klein, Agnès Soral, Richard Bohringer, Laurent Terzieff (dans le rôle de Finch).

- Détective, de Jean-Luc Godard, 1h 35 mn, 1985, Sara Films/JLG Films) avec Claude Brasseur, Nathalie Baye, Johnny Hallyday, Laurent Terzieff (dans le rôle de William Prospero), Aurelle Doazan, Jean-Pierre Léaud, Alain Cuny, Stéphane Ferrara, Emmanuelle Seigner, Julie Delpy.

- Rouge baiser de Vera Belmont, 1h 52 mn, 1985. Avec Lambert Wilson, Charlotte Valandrey, Laurent Terzieff (dans le rôle de Moische), Elsa Lunghini et Marthe Keller.

- La ragazza dei lillà de Flavio Mogherini, italien, 1h 32 mn, 1986. Avec Mario Adorf, Brigitte Broccoli, Pascale de Boysson, Mimsy Farmer, Laurent Terzieff.

- D’Annunzio de Sergio Nasca, italien, 1h 50 mn, 1986. Avec Robert Powell, Stefania Sandrelli, Laurent Terzieff (dans le rôle de Mechetti).

- Don Bosco de Leandro Castellani, italien, 1h 48 mn, 1987. Avec Ben Gazzara, Patsy Kensit, Laurent Terzieff (dans le rôle de Monseigneur Gastaldi).

- Étoile de Peter Del Monte, italien, 1h 43mn, 1988. Avec Jennifer Connely, Gary McCleery, Laurent Terzieff (dans le rôle de Marius Balakin).

- Hiver 54, l’abbé Pierre, de Denis Amar, 1989. Avec Lambert Wilson, Claudia Cardinal, Laurent Terzieff (dans le rôle de Pierre Brisson).

- Germinal de Claude Berri, France, 2h 40 mn, 1993. Avec Renaud, Gérard Depardieu, Miou-Miou, Jean Carmet, Judith Henry, Jean-Roger Milo, Laurent Terzieff (dans le rôle de Souvarine, l’anarchiste, le nihiliste qui rêve de tout détruire pour reconstruire un monde meilleur), Anne Duperey, Jean-Pierre Bisson, Bernard Fresson.

- Fiesta de Pierre Boutron, 1995, 1h 48 mn. Avec Grégory Colin, Alain Douty, Marc Lavoine, Jean-Louis Trintignant, Laurent Terzieff (Père Armendariz).

- Le pianiste de Mario Gas, espagnol, 1h 30 mn, 1997. Avec Serge Reggiani, Laurent Terzieff (dans le rôle de Doria, vieux), Jordi Molla, Pera Ponce, Paulina Galvez, Xavier Deluc, Pascale Roberts, Michel Robin.

- Le radeau de la Méduse d’Iradj Azimi, 2h 10mn, 1997. Avec Jean Yanne, Daniel Mesguisch, Rufus, Laurent Terzieff (dans le rôle de Géricault).

- La guerre dans le haut pays de Francis Creusser, film belge, français, suisse, 1h 45 mn, 1998. Avec Marion Cotillard, Yann Tregouët, François Marthouret, Laurent Terzieff (dans le rôle d’Isaïe).

- Sulla Spiaggia e di là dal Molo de Giovanni Fago, italien, 2h 22 mn, 1999. Avec Andrea Renzi, Stéphane Fress, Lorenza Indovina, Laurent Terzieff (dans le rôle du Professeur).

- Le manuscrit du Prince (titre original : Il manoscritto del Principe), de Roberto Ando, italien, 1h 33 mn, 2000. Avec Michel Bouquet, Jeanne Moreau, Paolo Briguglia, Laurent Terzieff (dans le rôle de Marco Pace à 60 ans).

- Territori d’ombra de Paolo Modugno, italien, 1h 31 mn, 2001. Avec Pino Quartullo, Toni Bertorelli, Leo Gullotta, Laurent Terzieff (dans le rôle de Dolbecco).

- Peau d’ange de Vincent Perez, italien, 1h 25 mn, 2001. Avec Morgane Moré, Guillaume Depardieu, Dominique Blanc, Laurent Terzieff (dans le rôle de M. Grenier).

- Pontorno de Giovanni Fago, 2002, avec Joe Montega, Laurent Terzieff.

- Rien voilà l’ordre de Jacques Baratier, 2004, 1h 36 mn. Avec Amira Casar, Laurent Terzieff (dans le rôle d’Aroulette), Claude Rich, James Thierree.

- Mon petit doigt m’a dit (d’après le roman de Agatha Christie) de Pascal Thomas, France, 2005, 1h 45 mn. Avec Catherine Frot, André Dussollier, Geneviève Bujold, Laurent Terzieff (dans le rôle de Maître Anet), Sarah Biasini, Valérie Kaprisky, Alexandra Stewart, Bernard Verley.
- J’ai toujours rêvé d’être un gangster de Samuel Benchetrit, 2008, 1h 48 mn. Avec : Anna Mouglalis, Édouard Baer, Jean Rochefort, Jean-Pierre Kalfon, Laurent Terzieff, Venantino Venantini, Roger Dumas, Alain Baschung, Arno, Bouli Lanners, Serge Larivière, Serge Larivière, Selma El Mouissi, Gérald Laroche, Gabor Rassov.

- La Vénitienne, un téléfilm français de Saara Saarela, scénario Gilles Perrault, 2010, 90 mn. Avec Thierry Frémont, Hélène Seuzaret, Catherine Samie, Laurent Bateau, Romain Coindet et Laurent Terzieff dans un personnage inspiré par Roland Dumas. Réalisation

- Largo Winch 2 de Jérôme Salle, 2011, dernière participation au cinéma de Laurent Terzieff avant son décès.

notes bas page

[1Réactions du monde politique à l’annonce du décès de Laurent Terzieff

Martine Aubry, première secrétaire du PS : « Immense comédien, véritable légende du théâtre, Laurent Terzieff a été un modèle pour de nombreuses générations d’acteurs. Il était pour ceux qui ont eu la chance de le voir jouer, et restera- un poète de la langue française et du corps et un humaniste courageux. Son jeu était à l’image de son visage reconnaissable entre tous : inimitable, hors mode, d’une sensibilité infinie. »

Bertrand Delanoë, maire de Paris : (Communiqué, samedi 3 juillet) « C’est avec une profonde émotion que j’apprends la disparition de Laurent Terzieff.

Immense comédien et metteur en scène, son nom restera associé à l’extrême exigence qui a toujours caractérisé sa démarche artistique : au cinéma, où les plus grands l’ont dirigé, de Carné à Clouzot en passant par Buñuel et Godard, et au théâtre, bien sûr, où cet autodidacte au jeu intense a imposé sur scène son profil singulier.

Récompensé le 25 avril dernier par un Molière de comédien, il avait a cette occasion réaffirmé son rejet d’un théâtre prisonnier de clivages entre le privé et le subventionné : cette liberté revendiquée comme dans un testament, Paris l’a éprouvée avec bonheur au fil d’une longue carrière.

Au nom de notre Capitale et en mon nom personnel, je veux donc rendre hommage à cette personnalité exceptionnelle et assurer sa famille, ses amis et tout le monde de la création de notre respect et de notre amitié. »

Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la Culture, au nom de l’UMP : « Enfant d’artistes, acteur indépendant, passionné et d’une très grande sensibilité, il a œuvré pendant de longues années pour ne pas enfermer le théâtre dans des clivages et des étiquettes. L’UMP tient à rendre hommage à l’immense talent de cet acteur brillant et de ce metteur en scène exigeant. »

François Fillon, Premier ministre : « Au théâtre comme au cinéma il a incarné l’excellence et le talent du jeu, la profondeur de l’interprétation et un immense respect de son public.

C’était un intellectuel, un homme qui aimait et défendait la liberté, un fils d’artistes, lui-même passionné de poésie et de philosophie. Comme tous les vrais grands artistes c’était un homme discret au charme contagieux. C’était un honnête homme au sens le plus élevé du terme. »

Jack Lang (PS), ancien ministre de la Culture : (communiqué, samedi 3 juillet) / « Tout en lui respirait la délicatesse, l’élégance, le raffinement, la profondeur. Sa présence était à la fois mystérieuse et lumineuse. Il était un prince des mots, de la poésie et de la scène. A travers lui et par la grâce de sa voix si particulière, les sons et les sens vibraient avec éclat. Il était à la fois courage et intégrité. »

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication : « Laurent Terzieff, c’était le talent à l’état pur, la force de l’interprétation, l’artiste passionné, exigeant, travailleur infatigable et inspiré. Sa carrière en est la preuve, une nouvelle fois célébrée avec émotion lors des Molières d’avril dernier. Son physique, tout en force et en fragilité, sa voix, cette capacité à aller au-delà du possible, nous touchent au plus profond. L’empreinte qu’il laisse dans le cinéma et le théâtre et sa liberté indomptable resteront inoubliables. »

Nicolas Sarkozy, Président de la République : (Communiqué, samedi 3 juillet) / « Laurent Terzieff vient de nous quitter, c’est une voix unique qui s’éteint, une musique singulière qui perçait toujours le brouhaha du monde pour atteindre au mystère de la « voie lactée » chère à Buñuel. Comédien et homme d’exception, Laurent Terzieff a incarné la vie des hommes « dans les rires et les larmes », pendant un demi-siècle, sur les planches comme à l’écran. Son respect des auteurs, des textes, de la langue française qu’il avait épousée avec passion, sa recherche constante de la vérité des êtres et des choses, lui a fait tracer une route singulière, exigeante, et l’a tenu toujours éloigné des postures et des impostures.

Laurent Terzieff citait récemment Louis Jouvet pour résumer son entreprise : « condamnés à expliquer le mystère de leur vie, les hommes ont inventé le théâtre, qui semble un instant nous promettre le secret du monde ». Espérons que Laurent Terzieff ait aujourd’hui atteint ce grand mystère. »

Réactions du monde artistique à l’annonce du décès de Laurent Terzieff

Samuel Benchetrit, réalisateur qui l’a dirigé dans « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » (2008) : (Déclaration à l’AFP, samedi 3 juillet) / « Il avait un charisme et une exigence incroyables, c’était quelqu’un de magnifique, de très classe, de très discret et mystérieux. Il était toujours en train de lire. Quand je lui ai proposé le rôle, il pensait qu’il s’agissait d’une pièce de théâtre et il était enthousiaste. Quand il a su que c’était un film, il était déçu, alors je lui ai dit que nous allions travailler comme au théâtre. »

Robert Hossein, réalisateur : (Déclaration à l’AFP, samedi 3 juillet) / « Je suis bouleversé. Je l’adorais comme acteur et metteur en scène mais aussi parce qu’il était un être humain admirable, d’une profonde humilité. Il était exigeant, généreux, plein de tendresse, avec un tempérament exceptionnel, d’une sensibilité très rare.

Le théâtre perd une personnalité extrêmement estimable. Il était complètement désintéressé, loin des prix et des hochets. Laurent Terzieff était un exemple et un immense talent. »

Gilles Jacob, président du Festival de Cannes : « Laurent Terzieff était un immense artiste au service de son art et dont on n’arrive pas à distinguer si c’est l’immensité de son talent ou l’immensité de sa modestie qui l’emporte. Un exemple à méditer. »

Pierre Lescure, président de l’Association les Molières : « Affaibli déjà par la maladie, Molière du meilleur comédien cette année encore, il était le symbole du théâtre à son meilleur, exigeant et accessible. Il était nommé cette année (aux Molières) au titre du théâtre public et du théâtre privé

Il a été bien sûr dans Les Tricheurs (ndlr : film de Marcel Carné sorti en 1958) l’image de la jeunesse triomphante et tourmentée, mais il aura surtout, tout au long de sa vie, été l’une des lumières du théâtre français. »

Fabrice Luchini, comédien : (Déclaration à l’AFP, samedi 3 juillet) / « Laurent Terzieff a été une grande lumière qui a traversé le théâtre. C’était un frère, un pèlerin du théâtre. Il a cultivé comme personne le théâtre de fraternité. Il aurait pu être une star. Il a préféré la découverte d’auteurs. Il était d’une beauté absolue, d’un charme irrésistible. C’était un mystique absolu et passionné, un grand chrétien qui donnait confiance dans les êtres. Il vous aidait à donner le meilleur de vous-même. Laurent Terzieff, c’est une mythologie, au destin fascinant et christique. Il n’aimerait pas que l’on parle de lui comme cela, mais il était tout ça. Il a toujours placé l’art avant le vedettariat. » Sur LCI, « Laurent Terzieff était « l’incarnation la plus poétique de l’histoire du théâtre ». Il est ce Russe sublime, cette silhouette infinie, travailleuse, cet homme qui a consacré sa vie entière à l’amour des auteurs. »

Christian Schiaretti, metteur en scène et le TNP-Villeurbanne : (communiqué, samedi 3 juillet) / « L’intensité de la rencontre avec le rôle magnifique et emblématique de Philoctète apparaît aujourd’hui comme un cadeau pour chacun (...). Le poète Jean-Pierre Siméon qui écrivit ce Philoctète (...), le metteur en scène Christian Schiaretti qui déclara s’être mis, durant les répétitions, à l’école de Laurent Terzieff, les comédiens qui l’entouraient, l’ensemble du personnel du TNP sont émus et fiers d’avoir pu approcher cet interprète qui forçait le respect. Le public aimait ce comédien qui incarnait les valeurs profondes du théâtre, intégrité et humanité »

Olivier Py, metteur en scène et directeur du Théâtre national de l’Odéon : (déclaration à l’AFP samedi 3 juillet) / « Laurent Terzieff est une voix, peut-être LA voix, une incarnation du théâtre qui nous dit que l’histoire de la parole est le ferment de notre humanité, que le poète est un roi humble pour tous les hommes. Parler de Laurent au passé m’est impossible, sa voix résonne encore dans l’Odéon, vivante, claire, ferme, absolument unique. Nous rêvions encore aux poèmes qu’il viendrait partager avec nous. Je l’écoute encore. »

[2Hommage de Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture, à Pascale de Boysson, vendredi 9 août 2002 : « Avec Pascale de Boysson, nous perdons une très grande comédienne, mais aussi une remarquable adaptatrice qui avait le don rare de savoir traduire pour le public français les dramaturges étrangers qu’elle aimait, sans jamais en trahir le caractère et le génie propre. Nous attendions avec impatience de la retrouver sur les planches, à la rentrée, dans son adaptation du « Regard » de Murray Schisgal, un auteur qui lui était particulièrement cher.

Sa rencontre avec Laurent Terzieff, son compagnon à la ville comme sur la scène, avait été pour elle déterminante. Pour elle, mais aussi pour le public, puisque cette rencontre allait être à l’origine d’une compagnie qui reste, 40 ans après sa fondation, l’une des belles aventures théâtrales de notre temps. »

[3À l’attention du Président du Comité des Droits de l’Enfant

Âgé de 6 ans, Gendhun Choekyi Nyima a été enlevé par les autorités chinoises quelques jours après sa reconnaissance comme 11e Panchen Lama par le Dalaï Lama, le 14 Mai 1995. Fait sans précédent dans l’Histoire, la Chine désigna un autre enfant, fils d’un membre du Parti Communiste chinois, pour le manipuler à des fins politiques. Depuis 10 ans, Gendhun subit une terrible « rééducation » en résidence surveillée. Il a eu 16 ans le 25 Avril 2005, et est le plus jeune prisonnier politique du monde, victime de violations de la liberté religieuse et de violations des droits de l’enfant. La Chine ayant signé la « Convention relative aux droits de l’enfant » de l’ONU le 29 août 1990, a des devoirs à respecter.

Les associations et les personnalités dont les noms suivent demandent qu’une délégation du Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU rende visite à Gendhun et à sa famille.

[4Mesdames, Messieurs les Députés,

Les 20, 21 et 22 décembre vous avez commencé à examiner le projet de loi relatif aux droits d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information. Lors de cet examen, la représentation nationale a voté des amendements visant à légaliser sur Internet l’échange d’œuvres protégées moyennant une rémunération forfaitaire pour les ayants droit.

Cette mesure est :

•inique pour les créateurs dont la rémunération deviendrait dérisoire,

•une aberration économique puisqu’elle entraînerait la disparition des sites de téléchargement payant permettant aux internautes d’acheter des œuvres,

•dangereuse pour la diversité culturelle et le renouvellement de la création française audiovisuelle, radiophonique, littéraire, journalistique, photographique…

Par ailleurs, d’autres propositions d’amendements relatives notamment aux exceptions au droit d’auteur, seront examinées lors de la reprise du débat en mars. Ces amendements exproprient de leurs droits les journalistes, les écrivains et les auteurs d’art graphiques et plastiques sur leurs œuvres utilisées dans le cadre de l’actualité générale. Ils facilitent l’utilisation des œuvres par les éditeurs de presse et les diffuseurs sans contrepartie pour les auteurs.

Si la société reconnaît en son sein la place singulière des auteurs…

si la société reconnaît la juste rémunération à laquelle ils ont droit…

Nous vous demandons que le projet de loi soit adopté SANS LES AMENDEMENTS qui assassinent le droit d’auteur.

[5Heureux qui comme Terzieff, Philoctète au Théâtre de l’Odéon, par Etienne Sorin pour Evene.fr - Septembre 2009

Pour l’avoir déjà mis en scène deux fois, dont une dans cette même salle de l’Odéon en 1991, Schiaretti connaît son Philoctète sur le bout des doigts. Cette fois, il a demandé à Jean-Pierre Siméon d’écrire une « variation » fidèle à la tragédie de Sophocle, une réécriture qu’il définit comme « une traduction d’essence poétique et non philologique ». Cette fois, Terzieff joue le rôle-titre. « Siméon est un frère en poésie, raconte l’acteur. Il m’a envoyé ce texte en me faisant un petit chantage affectueux, en me disant qu’il avait pensé à moi en l’écrivant. »

Le nom du metteur en scène finit de le convaincre : « Christian est le metteur en scène le plus complet que je connaisse. Que ce soit dans Père, Par-dessus bord ou Coriolan, sa maîtrise du texte, de la direction d’acteur et de l’espace scénique est impressionnante. » Quand on lui demande si Philoctète est une pièce sur la vieillesse, Terzieff répond : « La vraie pièce sur la vieillesse, c’est quand même Le Roi Lear. Ici, c’est le contraire, Philoctète est un jeune homme. On dit que c’est un vieil entêté mais en fait, c’est un jeune entêté. Il préfère que le monde périsse plutôt que de ne rien céder à l’honneur, il se croit tout permis parce qu’il a été malheureux, y compris perdre les autres en se perdant soi-même. C’est plutôt juvénile tout ça. » À la même question, Schiaretti nuance : « Plutôt qu’une pièce sur la vieillesse, je dirai que c’est une pièce écrite par un vieil homme. Sophocle, stratège expérimenté, a 83 ans, la société athénienne elle-même est vieille et l’on est en pleine guerre du Péloponnèse, qui est l’équivalent de la guerre de 14-18 pour les Grecs. Sophocle condamne l’hybris (2) de Philoctète, dont l’orgueil et la rancœur mènent la cité à sa perte. »

De Sophocle à Beckett

Terzieff n’en pense pas moins et élève l’exégèse au rang d’art voluptueux : « Philoctète est un roc qu’on ne raisonne pas. Néoptolème est le véritable héros tragique et sa mutation rejoint celle du passage de l’éphèbe à l’hoplite (3), dont la morale suppose la participation à la guerre, héroïsme frontal des guerriers mythiques qui attaquent et meurent de face. Il doit choisir entre trois attitudes existentielles inconciliables, trois modèles, trois pères : l’héroïsme de son père Achille mort à Troie, le pragmatisme manipulateur d’Ulysse et l’isolement altier, superbe et crépusculaire du martyr incarné par Philoctète. » Pour des raisons politiques, Sophocle tranche et choisit Ulysse, dont l’image de chef de guerre implacable est assez éloignée de l’image d’Épinal de l’homme « aux mille ruses » de L’Odyssée, telle qu’on l’enseigne à l’école. « Nous sommes des enfants d’Ulysse. », affirme Schiaretti. À moins que nous ne soyons des enfants de Philoctète.

Terzieff invite à voir ce qu’il appelle « la tragédie de la tragédie impossible » à la lumière du Monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer. « Toute vie de l’homme est tragique, nous dit Schopenhauer. Je dis ça dans mon jargon à moi : on naît dans l’angoisse et la peur ne nous quitte pas parce que le pire est toujours possible : la mort, la maladie... D’un autre côté, quand on considère nos actes manqués, nos bévues, nos ratages, la mesquinerie de notre tempérament devant certaines épreuves, rien de tragique dans tout ça, c’est plutôt comique. Tout se passe, d’après Schopenhauer, comme si des dieux sadiques nous refusaient notre condition d’homme tragique, nous rabaissaient. Et c’est un peu ce qui se passe dans Philoctète. » Avec son pied fétide et incurable, l’archer invincible prolonge le cycle infernal des châtiments divins. Philoctète n’a rien à envier à Prométhée, Tantale ou Sisyphe. Schiaretti et Terzieff citent en chœur Beckett à propos d’une fin qui ne finit pas. Seul sur son île, livré à lui-même dans un monde sans dieux, Philoctète devient un personnage dérisoire du théâtre de l’absurde.

(1) L’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, basée à Lyon, est l’une des trois grandes écoles de formation dramatique avec le CNSAD de Paris et le TNS à Strasbourg.

(2) L’hybris (prononcer « ubrice ») est une notion grecque se rapportant aux péchés de démesure et de violence. A l’opposé de ce défaut, on trouve la tempérance.

(3) Dans les cités grecques antiques, l’hoplite est un militaire d’infanterie lourdement armé. À l’opposé de l’éphèbe, il est le symbole de l’homme fort, viril, accompli.



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