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Le pur bonheur, texte de Georges Bataille

Un texte de Georges Bataille, Estratto da Botteghe oscure N. XXI, Roma, via delle Botteghe oscure 32, pages 20 30.

Texte reproduit sur mon blog "Tinhinane", le dimanche 30 avril 2006 à 20 h 02.

LE PUR BONHEUR

SUICIDE

Le pur bonheur est dans l’instant, mais de l’instant présent la douleur m’a chassé, dans l’attente de l’instant à venir, où ma douleur sera calmée. Si la douleur ne me séparait de l’instant présent, le « pur bonheur » serait en moi. Mais à présent, je parle. En moi, le langage est l’effet de la douleur, du besoin qui m’attelle au travail.

Je veux, je dois parler de mon bonheur : de ce fait un malheur insaisissable entre en moi : ce langage - que je parle - est à la recherche d’un futur, il lutte contre la douleur - fût-elle infime - qu’est en moi le besoin de parler du bonheur. Jamais le langage n’a pour objet le pur bonheur. Le langage a l’action pour objet, l’action dont la fin est de retrouver le bonheur perdu, mais elle ne peut l’atteindre elle-même. Puisqu’heureux, je n’agirais plus.

Le pur bonheur est négation de la douleur, de toute douleur, fût-ce de l’appréhension de la douleur, il est négation du langage.

C’est, au sens le plus insensé, la poésie. Le langage entêté dans un refus, qu’est la poésie, se retourne sur lui-même (contre lui-même) : c’est l’analogue d’un suicide.

Ce suicide n’atteint pas le corps : il ruine l’activité efficace, il y substitue la vision.

Il y substitue la vision de l’instant présent, détachant l’être du souci de ceux qui suivront. Comme si la suite des instants était morte, qui ordonne la perspective du travail (des actes dont l’attente change en subordonné l’être souverain, qu’éclaire le soleil de l’« instant présent »).

Le suicide du langage est un pari. Si je parle, j’obéis au besoin de sortir de l’instant présent. Mais mon suicide annonce le saut dans lequel est jeté l’être libéré de ses besoins. Le pari demandait le saut : le saut que le pari prolonge en un langage inexistant, dans le langage des morts, de ceux que le bonheur ravage, que le bonheur anéantit.

INSOMNIE

Travailler pour vivre ! Je m’épuise dans l’effort et j’ai soif de repos. Alors il n’est plus temps de dire : vivre est se reposer. Je suis alors embarrassé par une vérité décevante : vivre serait-il pensable autrement que sous la forme du travail ? La poésie elle-même est un travail. Je ne puis me consumer comme une lampe, qui éclaire, et jamais ne calcule. Il me faut produire et je ne puis me reposer que me donnant le sentiment de m’accroître en produisant. Je dois pour cela réparer mes forces, en accumuler de nouvelles. Le désordre érotique est lui-même un mouvement d’acquisition. Me dire que la fin de l’activité est la libre consumation (la consumation sans réserve de la lampe), au contraire, me donne le sentiment d’un intolérable j’abandon, d’une démission.

Pourtant, si je veux vivre, il me faut d’abord me nier, m’oublier...

Je reste là, désemparé, comme un cheval fidèle, dont le maître a vidé les arçons.

Le soir, à bout de souffle, j’aspire à me détendre, et je dois me leurrer de quelques possibilités attrayantes ! Lire un livre, que sais-je ? Je ne puis jouir de ma vie (de l’enchaînement en perspective en vue duquel je me suis fatigué) sans me donner un nouveau but, qui me fatigue encore.

Ecrire : même, à l’instant, que j’ai préféré me démettre... Plutôt que de répondre aux nécessités de ma vie... Ecrire - afin de me démettre - est encore un nouveau travail ! Ecrire, penser, jamais ne sont le contraire d’un travail. Vivre sans agir est impensable. De même, je ne puis me représenter que je dors, je ne puis me représenter que je suis mort.

***

J’ai voulu réfléchir à l’extrême sur une sorte d’embarras, dont jamais je ne suis sorti, dont jamais je ne sortirai.

Depuis longtemps, si s’imposait à moi un effort qui m’épuisait, lorsqu’à la suite d’une longue attente j’aboutissais - et que je jouissais des résultats - rien, à ma surprise, ne s’offrait, qui me donnât la satisfaction escomptée. Le repos présageait l’ennui, la lecture était un effort. Je ne voulais pas me distraire, je voulais ce que j’attendais, qui, l’effort achevé, l’aurait justifié.

Que faire enfin, quand j’étais délivré ?

Mourir ? Mais non.

Il aurait fallu que, d’elle-même, la mort survint. Que déjà la mort fut en moi, sans que je dusse travailler à l’introduire. Tout m’échappait et m’ouvrait à l’insignifiance.

Ecrire ce qui précède... ?

Pleurer... ?

Oublier à mesure que montait un sanglot... Oublier tout, jusqu’à ce sanglot qui montait.

Etre un autre à la fin, un autre que moi. Non celui qui maintenant, me lit, auquel je donne un sentiment pénible. Plutôt le premier venu de ceux qui m’ignorent, si l’on veut le facteur qui s’avance, qui sonne, qui fait, dans mon cœur, résonner la violence de la sonnette.

Comme il est parfois difficile de s’endormir ! Je me dis : je m’endors enfin. Le sentiment de m’endormir m’échappe. S’il m’échappe, en effet, je m’endors. Mais s’il subsiste... ? Je ne puis m’endormir et je dois me dire : le sentiment que t’avais m’a trompé.

Nulle différence entre l’authenticité de l’être et rien. Mais rien ? L’expérience en est possible à partir de quelque chose, que je supprime par la pensée. De même, je ne puis parvenir à l’expérience de « ce qui n’arrive pas », sinon à partir de « ce qui arrive ». Il faut, pour accéder à « ce qui n’arrive pas », arriver, comme un être isolé, séparé, comme un être « qui arrive ».

Pourtant, « ce qui n’arrive pas » seul est le sens - ou l’absence de sens - de mon arrivée. Je l’éprouve si je veux m arrêter, me reposer et jouir du résultat cherché. Incipit comoedia ! Tout un ministère des loisirs énonce par son travail - et son activité publie - un sentiment de mort, un sentiment qui me désarme. Mais un ministère des loisirs, avec ses couloirs, n’est qu’un détour pour éviter la simplicité du vin rouge, qui est, semble-t-il, redoutable. Le vin rouge, me dit-on, nous détruit. Comme si, de toute manière, il ne s’agissait pas de tuer le temps.

Mais le vin rouge est le plus pauvre, c’est le moins coûteux des poisons. Son horreur justement s’attache à sa misère : c’est la poubelle du merveilleux.

Pourtant ?

Toujours à la limite de trahir son inanité (il y suffit d’un déplacement des perspectives), ce dont je parle est merveilleux sans mensonge.

Ce dont je parle n’est rien, c’est l’immensité de ce qui est, ce n’est rien, dont il soit possible de parler.

Le langage ne désigne que les choses, seule la négation du langage ouvre à l’absence de limite de ce qui est, qui n’est rien.

La seule limite du merveilleux tient à ceci : le merveilleux, fait de la transparence de « ce qui n’arrive pas » dans « ce qui arrive », se dissout quand la mort, dont l’essence est donnée dans « ce qui n’arrive pas », prend le sens de « ce qui arrive ».

La même angoisse que tous les soirs. Inerte dans mon lit comme l’est le poisson sur le sable, me disant que le temps, qui m’échoit, qui ne m’apporte rien, ne me sert de rien. Je ne sais où j’en suis. Réduit à dire, à sentir l’inutilité d’une vie dont l’utilité m’a déçu.

LA VIOLENCE EXCÉDANT LA RAISON

J’ai toujours été gêné pour élaborer ma pensée. En aucun temps, je n’ai travaillé avec la régularité que le travail me demandait. Je n’ai lu qu’une faible partie de ce que j’aurais du, et jamais je n’ai ordonné en moi l’acquisition des connaissances. En conséquence j’aurais dû renoncer à parler. J’aurais dû reconnaître mon impuissance et me taire.

Mais je n’ai jamais voulu me résigner : je me disais que cette difficulté me retardait, mais qu’en échange, elle désignait. Dans des moments de calme, je pensais n’être pas moins capable qu’un autre. Je connaissais bien peu d’esprits qui l’emportait sur moi par un pouvoir de réflexion cohérente. Encore avis-je la possibilité de mesurer leur infériorité sur un point donné. J’admets aujourd’hui que je pouvais rivaliser avec eux, même si j’avais une aptitude moindre à l’analyse. Cette faiblesse elle-même se liait, comme mon travail irrégulier, à la violence qui, de quelque façon, ne cessait pas de m’énerver, de me faire à tout moment perdre pied.

Je ne m’en assurais que tardivement. Cette violence, qui me débordait, me donnait cet avantage, auquel je ne devais pas renoncer. Je ne doute plus maintenant qu’en me diminuant, la violence me donnait ce qui manque à d’autres, ce qui m’a fait apercevoir l’impasse, dans laquelle la pensée paralysée se limite et, se limitant, ne peut embrasser l’étendue de ce qui la meut. Etant en nous ce qui paralyse la violence, la pensée ne peut refléter entièrement ce qui est, puisque la violence est dans son principe ce qui s’opposa au développement de la pensée. J’entends que la violence s’accorde à l’animalité, dans laquelle la conscience, en quelque manière ficelée, ne peut avoir d’autonomie. Mais déficelée du fait qu’elle excluait, et qu’elle tabouait la violence, en contrepartie elle s’interdisait de saisir le sens de ce qu’elle excluait. Le résultat le plus voyant en est l’inexactitude, essentiellement, le caractère incomplet de la connaissance de soi. Cela se voit dans la déformation, dans l’esprit de Freud, de la notion de libido. Suppression d’une excitation, dit Freud, s’il définit le plaisir sensuel. A cette définition négative, je ne puis directement opposer le parti pris de la violence, qui ne peut se résoudre en pensée. Mais, par chance, il put arriver que la violence s’imposât sans déranger entièrement le mouvement d’une pensée méthodique : alors la déformation donnée dans les conditions communes est mise en lumière ; le plaisir est lié chez l’animal à l’excessive dépense de l’énergie - ou de la violence ; chez l’homme à la transgression de la loi - qui s’oppose à la violence et lui impose quelques barrières. Mais ceci n’atteint pas le sommet de la réflexion, où la violence devient elle-même objet (interdit, saisi malgré l’interdiction) de la pensée, et se donne à la fin comme seule réponse à l’interrogation fondamentale impliquée dans le développement dé la pensée : la réponse ne pouvant parvenir que du dehors, de ce que, pour être, la pensée devait exclure.

La réponse n’est pas nouvelle. Dieu n’est-il pas une expression de la violence donnée en réponse ? Mais donné en réponse, le divin était transposé sur le plan de la pensée : la violence divine, telle que la réduisit le discours théologique, se limita dans la morale, sa paralysie virtuelle. (Revenant au dieu animal, nous retrouvons son incomparable pureté, sa violence au dessus des lois).

Hegel impliquant la violence dans la dialectique tente d’accéder subtilement à l’équivalence de la violence et de la pensée, mais il ouvre ainsi le dernier chapitre : rien ne peut faire, que, l’histoire achevée, la pensée ne parvienne au point mort où, devant la réponse immuable qu’elle se donne, la tirant d’elle-même, elle en saisit l’équivalence avec le silence dernier, qui est le propre de la violence.

Hegel, à ce point, manqua de la force sans laquelle l’implication de sa pensée n’eut pas, au grand jour, le développement qu’elle appelait.

Le silence est la violation illimitée de l’interdit que la raison de l’homme oppose à la violence : c’est la divinité sans frein, que seule la pensée dégagea de la contingence des mythes.

Je ne suis pas le seul auquel la nécessité de ruiner les effets du travail se révéla, mais le seul qui, l’apercevant, ait crié. Le silence sans cri, qui jamais ne réduit le ressassement sans issue du langage, n’est pas l’équivalence de la poésie. La poésie elle-même ne réduit rien, mais elle accède.

Elle accède au sommet. Du haut du sommet, tant de choses se dérobent et personne n’y voit. Il n’y a plus rien.

LA « MESURE », SANS LAQUELLE LA « DEMESURE » NE SERAIT PAS, OU LA « DEMESURE » FIN DE LA « MESURE »

Je dis que le domaine de la violence est celui de la religion (non de l’organisation religieuse, mais - supposons les choses tranchées - de la vision intense qui répond, ou peut répondre, au nom de religion) ; j’ajoute que le domaine de la Raison embrasse l’organisation nécessaire en vue de l’efficacité commune : je crois pouvoir être entendu. Sans doute, l’équivoque est continuelle entre la violence religieuse et celle de l’action politique (mais en deux sens : toujours la politique, à la recherche de l’utile, a pesé sur la religion). La violence à laquelle j’aspire, devant laquelle je vis, est une fin. Etant fin, elle est exclusive du calcul, qui est le propre des moyens. La pleine violence ne peut être le moyen d’aucune fin à laquelle elle serait soumise [1]. Cette formule limite en même temps le pouvoir de la Raison. A moins de déroger. La violence est fin et jamais ne peut être moyen. Jamais la Raison n’est, elle, autre qu’un moyen, mais c’est elle qui décide de la fin et des moyens. Elle peut arbitrairement se donner pour fin : elle re-fuse alors la vérité qu’elle définit. Elle est Raison dans la mesure où elle est l’exclusion, où elle est la limite de la Violence (qu’elle distingue par définition de l’usage raisonné de la violence).

Devant la Violence aveugle, que limite la lucidité de la Raison, la Raison seule sait qu’elle a le pouvoir de déifier ce qu’elle limite. Seule la Raison peut le définir comme sa fin. La limite qu’oppose à la Violence la Raison réserve - provisoirement - la précarité des êtres discontinus, mais elle désigne, au delà de cette précarité, à l’intérieur de laquelle règne sa loi ; la continuité de l’être où l’absence de limite est souveraine : l’absence de limite, la Violence excédant, quelle qu’elle soit, la limite concevable.

Ce que la Raison n’avait d’abord ni défini ni limité limitait la Raison. La Violence ne pouvait elle-même ni se définir ni se limiter. Mais la Raison, dans son attitude raisonnée vis-à-vis de la Violence, la parachève : elle porte à hauteur de Violence la rectitude de la définition et de la limite. Ainsi a-t-elle seule, humainement, le pouvoir de désigner la Violence démesurée, ou la Démesure, qui, sans la mesure, ne serait pas.

La Raison libère la Violence de la servitude, à elle imposée par ceux qui, contrairement à la Raison, l’assujettissent aux calculs de leur ambition raisonnée. Les hommes peuvent aller, doivent aller, jusqu’au bout de la Violence et de la Raison, dont la coexistence les définit. Il leur faut renoncer aux accords équivoques, inavouables, qui ont assuré, au hasard, la servitude de la plupart, jusqu’à la servitude de « souverains » prétendus.

La Raison, face à la violence, maîtresse de son domaine, laissant à la Violence l’inconséquence de ce qui est. Non le possible, qu’elle organise, mais ce qui lâche au bout de tout possible, mais l’impossible au bout de tout possible : la mort dans la vie humaine et dans l’univers la totalité.

La Raison décèle, dans la série des possibilités qui lui répondent, l’ouverture à ce qu’elle n’est pas : dans la série des êtres vivants, la reproduction (sexuelle ou asexuée) appelant la mort, et dans la mort, la Raison doublement trahie, puisqu’elle est Raison d’êtres qui meurent, et puisqu’elle embrasse une totalité qui appelle sa défaillance, qui veut la défaite de la Raison.

La confidence glacée de la Raison : - Je n’étais qu’un jeu.

Mais la Raison, murmure en moi : - ce qui, dans la Raison, survit de déraison ne peut être un jeu. Je suis nécessaire !

Je réponds pour elle :

- La nécessité n’est-elle pas elle-même, globalement, perdue dans l’immensité d’un jeu ?

- Je désigne Dieu, me dit-elle, retrouvant sa fermeté. Moi seule ai pu le désigner, mais à la condition de me démettre, à la condition de mourir.

Ensemble nous gravissons les degrés d’un échafaud…

LA RAISON : - Accédant à la vérité éternelle...

Moi : - Aussi bien à l’absence éternelle de la vérité.

Dieu ? Si l’on veut. Manquerais-je de le désigner ? Qui plus est, avant tout, ma piété le désigne. Sur l’échafaud déjà sanglant, je le désigne. D’avance, mon sang crie vers lui, non comme une vengeance. D’avance, mon sang se sait risible. Mon absence appelle aussi. Elle appelle Dieu : il est la plaisanterie des plaisanteries, la seule qui ait la force d’invoquer un cadavre pissant le sang, un cadavre de supplicié.

Me taire à force de rire… ce n’est pas me taire, c’est rire. Je sais que seule ma piété rit assez longuement, que seule elle rit jusqu’à la fin.

J’en viens au « rire de la Raison ».

Si elle rit, la Raison tient pour raisonnable au sommet l’absence du respect que d’autres lui doivent.

Le rire de la Raison se regarde dans un miroir : il se regarde comme la mort. Ce qui l’oppose à Dieu lui échappe.

Dieu se regarde dans la glace : il se prend pour le rire de la Raison.

Mais l’incommensurable, innommable, est seul entier, il est plus terrible, plus lointain que le rire de la Raison !

Pourtant, pourrais-je enfin cesser de rire de ce rire de ce rire de la Raison ?

Parce que Dieu...

Dieu serait-il à la mesure de l’accident qui ouvre les corps, qui les noie dans le sang ? à la mesure de ces douleurs dont chacune de nos viscères a la possibilité ?

Dieu est l’esprit d’un homme envisagé dans l’excès qui l’anéantit. Mais l’excès même est la donnée de l’esprit de l’homme. Cette donnée est conçue par cet esprit, elle est conçue dans ses limites. La somme de douleurs que détient un corps humain excéderait-elle l’excès que l’esprit conçoit ? Je le crois. En théorie, l’esprit conçoit l’excès illimité. Mais de quelle façon ? Je lui remémore un excès qu’il n’est pas de taille à concevoir.

La Folie même ne saurait briser le rire de la Raison. Le fou est raisonnable, il l’est à contretemps, mais s’il était absolument déraisonnable, il serait raisonnable encore. Sa raison a sombré, égarée par des survivances de la Raison. La Raison seule accède à ce rire vertigineux, qui échapperait si elle n’était intangible en nous.

La réflexion de Dieu sur lui-même ne peut se traduire en théologie qu’à supposer Dieu privé d’une partie du secours de la Raison. Je ne dis pas que la théologie chrétienne est critiquable (peut-être ne l’est-elle pas dans son intention lointaine). Mais en elle s’est inscrit le dialogue d’une Raison réduite et d’une Violence réduite.

Si le rapport de la Violence et de la Raison mène au pacte le plus conforme aux intérêts d’une Violence réduite, tels que la Raison les conçoit (je songe au calcul d’ambitions prétendues souveraines, asservies à l’acquisition du pouvoir), la pleine Violence demeure irréductible, elle se tait. Si les parties ne sont pas représentées par des formes abâtardies, par des hybrides, le dialogue n’a pas lieu.

J’ai dû moi-même feindre un dialogue et pour le faire j’imaginais des faux-semblants.

J’ai parlé dans la mesure où je tremblais ! Mais mon tremblement me dérobait. Que puis-je dire s’il est vrai que, sans terreur, je n’aurais rien su et que, terrifié, toute choses m’échappaient. De toute façon, ce qui motiva mon état m’excédait : c’est pourquoi j’en puis rire, de ce rire qui sans doute est tremblement.

notes bas page

[1La violence à laquelle je songe, n’ayant de sens qu’en elle-même, indépendamment de ses effets (de son utilité), n’est pas forcément limitée au domaine « spirituel », mais elle peut l’être. Si elle ne l’est pas, cela ne peut avoir de conséquence, sinon immédiate. La seule conséquence immédiate d’une violence illimitée est la mort. - La violence réduite à un moyen est une fin au service d’un moyen - c’est un dieu devenu serviteur, privé de vérité divine : un moyen n’a de sens que la fin cherchée, ce que sert le moyen doit être une fin : dans le monde inversé, la servitude est infinie.



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