Fabrique de sens
 
Accueil > Amitiés intellectuelles > Maud Mannoni, signatrice du "Manifeste des 121"

Maud Mannoni, signatrice du "Manifeste des 121"

Quelques repères biographiques et bibliographiques à propos de Maud Mannoni, signatrice du « Manifeste des 121 », par Taos Aït Si Slimane.

Texte initialement édité sur mon blog "Tinhinane", le lundi 3 octobre 2005 à 19 h 01.

Maud Mannoni (Magdalena Van der Spoel pour l’état civil), psychanalyste française, d’origine néerlandaise, est née le 22 octobre 1923 à Courtrai en Belgique. Elle est morte le dimanche 15 mars 1998. Fille de diplomate, elle fait, très tôt, l’expérience des frontières, des langues étrangères, des séparations…

Après des études de criminologie à Bruxelles, elle suit une formation de psychotechnicienne. Analysée par Maurice Dugautiez (fondateur de la Société belge de psychanalyse, SBF), elle adhère à la Société Belge de Psychanalyse en 1948, un an avant l’affiliation de celle-ci à l’International Psychoanalytical Association (IPA).

Cette même année elle s’installe à Paris, travaille à l’hôpital Trousseau où elle rencontre Françoise Dolto, épouse, le 23 décembre, Octave Mannoni. Né en 1899, Octave Mannoni avait lui aussi connu, à Madagascar, la situation coloniale avant d’entrer en analyse avec Lacan. Aux côtés de cet intellectuel engagé à gauche, elle fréquenta l’équipe des Temps modernes, s’intégra à la Société française de psychanalyse (SFP), où elle fit une deuxième tranche d’analyse puis une analyse de contrôle avec Jacques Lacan. Militante de gauche, anticolonialiste, elle signera en 1960 le « Manifeste des 121 ».

Son oeuvre est centrée sur l’étude des psychoses infantiles et les organisations déficitaires. Elle réfère essentiellement à Jacques Lacan d’abord, à Winnicott ensuite, non sans rappeler combien furent également important pour elle les apports de l’anti-psychiatrie et de l’école de Palo Alto. Attachée au freudisme et aux positions de Lacan, elle n’adoptera jamais les thèses de l’antipsychiatrie. Elle en retiendra l’idée qu’il faut, non pas supprimer l’asile ou nier la notion de maladie mentale, mais créer d’autres lieux pour l’écouter, des lieux qui échapperaient à l’enfermement mortifère. Elle rêvait d’une institution « éclatée » et ce rêve allait se réaliser quelques années plus tard.

Avec Octave Mannoni, elle développe une réflexion marquée par les inflexions de l’école anglaise notamment celles de Melanie Klein à Donalds Woods Winnicott. En 1964, au moment de la scission de la Société française de psychanalyse (SFP) et de la constitution de I’Ecole freudienne de Paris (EFP) elle suivra avec Françoise Dolto, Jacques Lacan. Cette même année, elle inaugure la collection créée par Jacques Lacan aux éditions du Seuil : « Le Champs freudien » en publiant son premier ouvrage, L’enfant arriéré et sa mère, montrant principalement qu’à vouloir traiter le symptôme, on refuse le patient. Puis en 1967, L’enfant « sa maladie » et les autres. Ces deux essais servent de réquisitoire à la politique de santé mentale, et portent en germe l’ambition clinique de l’Ecole expérimentale de Bonneuil-sur-Marne.

En 1967, elle organisa à Paris un colloque sur les psychoses qui réunit tous les grands noms liés à l’histoire du freudisme lacanien. S’y joignirent les représentants de l’antipsychiatrie anglaise : Ronald Laing (l’« enfant terrible » de la British Psychoanalytical Society contestataire du savoir psychiatrique dominant) et David Cooper. En 1969, deux ans plus tard, Maud Mannoni créa l’école expérimentale de Bonneuil-sur-Marne, lieu d’accueil pour des adolescents et des enfants psychotiques, arriérés et autistes. L’expérience s’inspirait en partie de l’antipsychiatrie anglo-saxonne et d’une tradition issue à la fois de Makarenko et de Célestin Freinet, avec pour référence majeure la clinique psychanalytique.

Après la mort de Lacan, elle mit sur pied avec Octave Mannoni et Patrick Guyomard le Centre de Formation et de Recherches psychanalytiques (CFRP) qui, en 1994, à la suite de querelles internes, se scindera en deux groupes : Maud Mannoni prolonge un des groupes sous le nom d’Espace analytique et Patrick Guyomard recrée un nouveau groupe analytique : la Société de psychanalyse freudienne.

Cf. Espace Analytique, Acte de fondation de l’association de Formation Psychanalytique et de Recherche Freudienne

Bibliographie

- L’enfant arriéré et sa mère, Ed. Seuil, 1964, réed. 1981, Coll. Points essais, format poche, 245 pages, ISBN : 2020059843

- Le premier rendez-vous avec le psychanalyste, Edition Denoël-Gonthier, 181 pages, 1965, réed. Mediations/Poche en 1975, ISBN : B0000DORC6

- L’enfant « sa maladie » et les autres, Ed. Seuil, 1967, réed. Seuil, Coll. Points Essais, 250 pages, 1974, ISBN : 2020006324

- Le psychiatre « son fou » et la psychanalyse, Ed. Seuil, 1970, réed. 1979 dans la coll. Points Essais, format poche, 265 pages, ISBN : 2020051443

- Éducation impossible, Ed. Seuil, 306 pages, 1973, réed. 1994, Coll. Points essais, format poche, 343 pages, ISBN : 2020228793

- Un lieu pour vivre, Ed. Seuil, 314 pages, 1984

- La théorie comme fiction, Ed. Seuil, Coll. Champ freudien, 176 pages, 1979, ISBN : 2020050951, réed. 1999, Coll. Points Essais, format poche, 199 pages, ISBN : 2020371685

- D’un impossible à l’autre, Ed. Seuil, Coll. Philosophie Générale, 1982, ISBN : 2020060493

- Le symptôme et le savoir, Ed. Seuil, Coll. Philosophie Générale, 125 pages, 1983, ISBN : 2020064081

- Enfance aliénée : L’Enfant, la psychose et l’institution, Patrick Guyomard et Maud Mannoni, Ed. Denoël, Coll. L’Espace analytique, 270 pages, 1984, ISBN : 2207230724

- Un lieu pour vivre : Les Enfants de Bonneuil, leurs parents et l’équipe des « soignants », Maud Maronni et al., Ed. Seuil, Coll. Points – Anthropologie – sciences humaines, 310 pages, 1984, ASIN : 2020066904

- Un savoir qui ne se sait pas, Ed. Denoël, Coll. l’Espace analytique, 181 pages, 1985, ISBN : 2207231887

- Bonneuil, seize ans après, Ed. Denoël, Coll. L’Espace analytique, 268 pages, 1986, ISBN : 2207233049

- De la passion de l’Etre à la « Folie » de savoir, Ed. Denoël, Coll. L’Espace analytique, 234 pages, 1988, ISBN : 2207234509

- Ce qui manque à la vérité pour être dite, Ed. Denoël, Coll. Documents et histoire, 197 pages, 1988, ISBN : 220723519X

- Le Nommé et l’innommable. Le Dernier mot de la vie, Ed. Denoël, Coll. L’Espace analytique, 175 pages, 1991, ISBN : 2207238865

- Les mots ont un poids. Ils sont vivants, Ed. Denoël, Coll. L’Espace analytique, 185 pages, 1995, ISBN : 2207243400

- Que sont devenus nos enfants « fous » ? Edition Denoël,1995

- Elles ne savent pas ce qu’elles disent, Edition Denoël, 1998

------------------------------

Commentaire (sans les données personnelles de l’auteur du message) et réponse laissés sur le blog « Tinhinane ».

Xuan de la Ería, le jeudi 14 juin 2007 à 01 h 15, site indiqué : Elle a été une amie. Pendent les années 70, à Paris, nous parlons de Dieu et de la Terre, de la vie et jamais la morte, de St. Juan de la Cruz et son essai sûr des écrivaines emprisonnés. El voulait être traduit à l´espagnole. Je prouvais de le faire avec "Jusqu´a la gauche", "Verlaine et Rimbaud", etc.
Aujourd’hui, seulement le recorde, et la chance d´avoir une amie comme elle.

Réponse de Tinhinane, le samedi 16 juin 2007 à 18 h 56 :

Bonsoir,

Je suis très sensible à votre témoignage. Je n’ai malheureusement pas eu votre chance, la connaître, discuter avec elle et surtout lui témoigner ma sincère reconnaissance intellectuelle pour ce qu’elle a été, un grande Dame n’est-ce pas.

Si vous souhaitez compléter mon bref mot la concernant n’hésitez pas à me faire un message. Je le mettrai en forme (quelques modification de français) et le mettrai sur le blog en indiquant qu’il vient de vous.

C’est suite à sa disparition que j’ai décidé de faire ce blog afin de faire connaître les signataires du "Manifeste des 121" tout en leur rendant hommage.

Très cordialement



Haut de pageMentions légalesContactRédactionSPIP