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Ylipe, signataire du "Manifeste des 121"

Quelques indications biographiques et bibliographie relatives à Philippe Labarthe alias Ylipe, signataire du « Manifeste des 121 », par Taos Aït Si Slimane. Texte initialement édité sur le Tinhinane, le jeudi 14 décembre 2006 à 17 h 18.

Une personnalité humaine est une entité infiniment complexe à décrire, il est illusoire de vouloir la résumer. Ylipe, maniait l’art de dire, avec humour, un concentré de choses en peu de mots. Il prétendait qu’il avait appris à être bref parce que petit, on lui coupait la parole et qu’il n’arrivait jamais à placer un mot. Pour ma part, je lui cède volontiers la parole :

- Je ne me dis pas tout.
- La diarrhée est l’ennemie de celui qui se prosterne.
- Cet air emprunté, un jour, il faudra le rendre.
- Dieu a de beaux saints.
- Il y a des êtres chers qui ne valent pas grand-chose.
- Les bonbons devraient avoir un noyau pour que l’on puisse les sucer plus longtemps.
- Ce qui sert pourrait tout aussi bien ne servir à rien.
- On rencontre peu d’ex-aequo contents de l’être.
- C’est quand on a tout que le reste vous manque.
- Ça fait pauvre, de détester les riches.
- L’inégalité n’est pas une preuve de l’existence de l’égalité.
- La paresse des autres est une menace pour la mienne.
- On est toujours plus vieux que sur la photo.
- Un soupçon de vanille ne suffit pas pour inculper le gâteau.
- Arrivé à l’os, n’importe qui est beau.
- Le cil est un poil qui a réussi.
- Le moindre mal fait tout aussi mal, mais moins.

Écrivain et peintre Philippe Labarthe, alias YLIPE, est né le 9 janvier 1936 à Bordeaux (France). Il est décédé le samedi 15 mars 2003, à Bordeaux, des suites d’un cancer des poumons.

Philippe Labarthe a fait les Beaux-arts de Bordeaux, sa ville natale, avant de s’installer à Paris où il s’adonna aux dessins d’humour, à l’écriture d’aphorismes et à la peintre. Dans les années soixante, il collabora aux magazines « Arts », L’Express, et aux « Lettres Nouvelles ». Dans « Journal en public » (Ed. La Quinzaine, 2006, page 220-221) Maurice Nadeaunous apprend d’où vient le pseudonyme Ylipe : Il signait ses dessins de son prénom. Pour la première lettre de ce prénom la lettre grecque « phi » qui ressemble à u « y ». Quand il m’a apporté, il a une quarantaine d’années, ses premiers dessins pour « Les Lettres Nouvelles », je l’appelle Ylipe, par inattention. Il a rendu ce nom notoire dans d’autres périodiques, dans des albums (« Aqua Toffanna », 1962), par ses propres textes.

En 1960 Ylipe est cosignataire de la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » (« Manifeste des 121 »).

En 1962, il reçut le grand Prix de l’humour noir pour son recueil de dessins « Aqua Toffana ».

Il « disparu » de la circulation quelques temps puis réapparu. Dessinateur, il était aussi peintre. Ou plutôt il se mettait ces dernières années à la peinture quand, souffrant de la colonne vertébrale, il trouvait la bonne position, qui n’était pas l’assise. (Maurice Nadeau, « Journal en public », Ed. La Quinzaine, 2006, page 220-221.)

Il exposa à Paris et New-York sous son nom Philippe Labarthe. En 1995, il collabora à une chronique de la « Quinzaine Littéraire » puis publia deux recueils aux éditions « La Dilettante ». Maurice Nadeau, (Journal en public, Ed. La Quinzaine, 2006, page 220-221.) : Ceux qui apprécient dessins, collages et peintures d’Ylipe, trouveront superflues les caractéristiques que je donnerais de son humour. Disons que cet humour ne porte pas au rire franc. Pour les autres, s’il en reste, je qualifierais leur auteur de fils ou petit-fils du « Surréalisme » en sa glorieuse période. Il ne s’est jamais réclamé du Mouvement. Celui-ci ne l’a pas revendiqué. Tout est bien ainsi. Dominique Noguez, qui fut de ses amis, voit l’œuvre d’Ylipe comme « une œuvre de moraliste noir et sarcastique, brève mais à haute teneur humoristique ». L’humour d’Ylipe : une façon de tenir le désespoir en respect. »

Bibliographie de Ylipe
- Magloire de Paris, fonctionnaire d’état., Préface de jacques Prévert, Ed. Éric Losfeld, 1961.
- Aqua Toffana, Ed. jean-Jacques Pauvert, 1962. Grand prix de l’humour noir.
- Leçons de chose, aux dépens d’un amateur, 1965.
- Textes sans paroles, illustré par l’auteur de dessins collages, Ed. Le Dilettante, 88 pages, 2001, ISBN : 2-84263-041-6.
Résumé de l’éditeur : Quand on est de Bordeaux, comme Ylipe, qui y naît en 1936, on a le choix entre deux « Mo », entre deux mondes : Mauriac ou Molinier. C’est sous l’étoile du second, grand perturbateur s’il en fut, qu’il va se ranger. Ces textes sans paroles le confirment assez.
Ce que ce recueil prouve, c’est qu’Ylipe est un as de la sarbacane, un maître du goutte-à-goutte assassin un seigneur de la tuile tombée du toit. Ce bref carquois d’aphorismes qu’il décoche avec un mélange médité de lenteur et de sécheresse touche à tout coup. A les lire vous les sentez se ficher dans votre conscience un peu ramollie comme une épine au curare (« la réalité a les manches trop courtes », « les mères sont des catastrophes naturelles », ils s’insinuent dans votre col comme une perle d’eau glaciale et s’obstinent à sinuer le long de votre dos (« un gynécologue est un dentiste qui a peur d’être mordu ») ou vous entaillent le crâne (« on parle moins des crimes commis pour l’humanité »). Ylipe est de la race des Lichtenberg et des Cravan. Loin de l’assaut frontal donné au réel et à ses désolantes caravanes de platitudes, il préfère loger les coins et les crics de ses aphorismes dans les fêlures et les manques du monde pour, ensuite, d’un coup, faire craquer l’ensemble.
Il existe des écrivains incicatrisables. Ylipe en est.

- Sexes sans paroles, recueil d’aphorismes, Ed. Le Dilettante, 128 pages, 2003, ISBN : 2-84263-073-4
Résumé de l’éditeur : À quoi les comparer, ces aphorismes d’Ylipe ? À des gouttes d’acide, des poussières dans l’œil, des bulles au cerveau, des boutons de fièvre, des coupures au cou, des taches de vin, des chancres à la lèvre.
Un peu de tout cela, c’est sûr.
En tout cas, à de petites défigurations humiliantes, des rappels au désordre faits à l’homme qui se prend un peu trop à poser dans la glace bien lavée de ses certitudes glorieuses.
Ylipe figure en bonne place (celle du cancre ou du crosse-en-l’air : au fond de la classe) parmi tous les arracheurs de cataplasmes : Cioran, Lichtenberg, Michaux. Un être qui mine, sape, creuse. Ylipe, c’est Nietzsche avec des pinces à vélo.
Ces sentences, ces mots tout en éclairs, vous giclent à la gueule, vous aboient au nez. Et pour nous dire quoi ?
Que tout, j’ai bien dit tout, est, dès le départ foutu, tutu.
Lisons : « Dès l’arrivée, le départ se profile ». Par ailleurs, étant donné qu’« il n’y a rien à faire, pourtant on le fait » et qu’« il y a longtemps que nous avons fini », autant s’asseoir en terrasse pour déguster, en dilettante, un sorbet aux clous.
C’est ce que fait Ylipe et c’est pour cela qu’Ylipe est grand.

- Le BCD du peintre moderne, textes et dessins, Ed. La Différence, hors collection, 2002, 120 pages, ISBN : 2-7291-1428-9.

Voir aussi la revue Bizarre N°45 spécial Ylipe : « Écrivez plus grand, elle est sourde », Bizarre, n° 45, Jacques Pauvert, 1967, 64 pages.



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