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Afrique, hier, aujourd’hui et demain (ne font qu’un)

Un poème de Malika Bélida, auteur également de la nouvelle Alexandre le Grand

De mes richesses, ils se sont emparés
Aucun remord pour tous mes morts
Pas de sentiment lorsqu’il s’agit d’or.
Les vampires sont revenus assoiffés,
Heureux de me voir piétinée !
Face à l’indifférence des pouvoirs,
Face au manquement à leurs devoirs,
Mon sang ils ne cessent de boire.
 
Vils spoliateurs de l’Occident,
Que je sois à terre, ont attendu patiemment
Aucune voix ne s’est élevée pour crier
Au génocide, maintes fois répété.
Hier, meurtrie par l’esclavage massif
Aujourd’hui, par les gouvernements passifs
Qui regardent mes orphelins mourir
Ou de par le monde errer
Pour un meilleur destin s’offrir.
 
En coulisses, ils se frottaient les mains
« Cette terre sera enfin à nous, demain ! »
Leur leitmotiv ont ensuite asséné
Évidemment, ils ignoraient ce qui s’était passé !
Tenace, quand j’ai la tête osé relever
Imperturbables, un autre virus m’ont injecté
Plus de deux cent millions de vies atteintes
Les lumières de l’Orient étaient éteintes.
 
Les médias feignaient ignorer mes Shoahs.
Avidement, sur l’Ukraine se sont penchés
Et seules importaient les milices d’El Qaïda
Les réfugiés du Darfour n’étaient que Noirs
Les Français massacraient en Côte-d’Ivoire
Je ne pouvais arrêter les tueries entre Hutus et Tutsis
Tous n’avaient cure de mon continent dévasté
Humiliée, violée, ruinée, je devais rembourser le FMI.
 
Hagarde, j’ai assisté à la disparition
De ces ethnies qui faisaient ma fierté
Quelques diasporas survivent disséminées
Deux ou trois générations suffiront
À balayer les branches de ces troncs
Qui m’appartenaient jadis, il ne restera
Sur la toile du peintre que le canevas
De ce qui fut autrefois Africa
 
Engourdie par l’indifférence
Je me laisse dériver à l’agonie
Puis, s’évanouit la nostalgie
Quand résonne le djli n’goni [1]
Accordé à la voix du musicien
Cette musique dans le lointain
Est porteuse d’espérance
Prometteuse d’abondance
 
Sur la toile se reconstitue le puzzle
Toucouleurs, Malinkés, Bambaras, Peuls
Senoufos, Dogons, Sarakollés, Koukouyous
Diawaras, Khassonkés, Mandingues et Bantous
De Haïti à Salvador do Bahia
De Tunis à Antananarivo
Du Mont-Pelé au Kilimandjaro
 
Ils reconstruisent en chœur [2], guidés
Par mes prêtres vaudous, les mosquées
Les églises et les temples au son des djembés
Plus d’orphelins zombies dans les ghettos
Les Lions du Cameroun veillent sur Soweto
Disparus mes dictateurs francs-maçons [3]
Voués à l’autel de la destruction
 
Tous mes enfants, hier ennemis,
Se donnent la main aujourd’hui
Lucie [4] berce tendrement mes bébés
Je leur offre mon sein, quelques-uns tètent le mafé,
D’autres, préfèrent le yassa ou le gombo [5]
Mon ventre par les larmes de mon peuple abreuvé
Procure de luxuriantes moissons
Et grâce à la magie des grigris
Les sauterelles se sont enfuies
 
Le peintre enfin pose son pinceau
Est achevé l’impressionnant tableau
Mes cornes s’étendent démesurées
Jusqu’à embrasser cette nouvelle humanité.

notes bas page

[1Le n’goni est un instrument à cordes pincées d’Afrique de l’Ouest. C’est un terme désignant plusieurs instruments similaires qui sont soit des luths, soit des harpes-luths. (Wikipédia)

[2En chœur : allusion au chant sacré

[3Allusion au club de football de Yaoundé

[4Lucie : Le berceau de l’humanité est localisé, jusqu’à présent à l’ouest de l’Afrique après la découverte de l’australopithèque Lucie

[5Sauces africaines



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