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Claude Simon, signataire du "Manifeste des 121"

Quelques repères biographiques et bibliographiques relatifs au romancier Claude Simon, signataire du « Manifeste des 121 », par Taos Aït Si Slimane.

Texte initialement publié sur mon blog "Tinhinane", dimanche 23 octobre 2005 à 15 h 35.

Extrait de son discours, à Stockholm, lors de la réception du Prix Nobel de littérature en 1985 : « Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d’habitants de notre vieille Europe, la première partie de ma vie a été assez mouvementée : j’ai été témoin d’une révolution, j’ai fait la guerre dans des conditions particulièrement meurtrières (j’appartenais à l’un de ces régiments que les états-majors sacrifient froidement à l’avance et dont, en huit jours, il n’est pratiquement rien resté), j’ai été fait prisonnier, j’ai connu la faim, le travail physique jusqu’à l’épuisement, je me suis évadé, j’ai été gravement malade, plusieurs fois au bord de la mort, violente ou naturelle, j’ai côtoyé les gens les plus divers, aussi bien des prêtres que des incendiaires d’églises, de paisibles bourgeois que des anarchistes, des philosophes que des illettrés, j’ai partagé mon pain avec des truands, enfin j’ai voyagé un peu partout dans le monde... et cependant, je n’ai jamais encore, à soixante-douze ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n’est comme l’a dit, je crois, Barthes après Shakespeare, que « si le monde signifie quelque chose, c’est qu’il ne signifie rien » - sauf qu’il est. »

« Compagnon de route » des écrivains du Nouveau Roman et Prix Nobel de littérature en 1985, Claude Simon est décédé le 6 juillet 2005. Il est né le 10 octobre 1913 à Tananarive (Madagascar), où son père était capitaine d’infanterie de marine dans les troupes coloniales.

En 1914, la famille Simon rentre en métropole lors de la déclaration de guerre. Le père meurt le 27 août dans le combat de la forêt de Jaulnay, dans la Meuse, près de Verdun. En 1924, il perd sa mère, atteinte d’un cancer, et sera placé sous le tutorat d’un cousin germain de sa mère, officier de cavalerie en retraite. Il fera toutes ses études secondaires au Collège Stanislas, à Paris, jusqu’au baccalauréat, en mathématiques élémentaires. Dans le Dictionnaire des écrivains contemporains par eux-mêmes, de Jérôme Garcin (Mille et Une Nuits, 2004), Claude Simon écrit : « [...] Se détache de la religion comme d’un fastidieux et contraignant fardeau, sans aucune angoisse ni crise de conscience. Renvoyé de Stanislas à la suite d’un chahut, il entre en math sup au lycée Saint-Louis, puis abandonne. Livré à lui-même, héritier d’une modeste fortune qui le dispense toutefois d’avoir à gagner sa vie, il mène celle-ci d’une façon paresseuse, suivant les cours de peinture de l’Académie André-Lhote jusqu’à son service militaire effectué comme simple cavalier au 31e dragons, à Lunéville, où l’ennui est cependant compensé par des plaisirs sportifs (cheval, tir). »

En 1934-1935, il effectue son service militaire au 31ème régiment de dragons de Lunéville. Attiré par la révolution espagnole, il rejoint Barcelone en 1936, et aide à convoyer des armes dans le camp républicain. Il servira de passeur d’armes à Barcelone pour les Républicains.

Mobilisé le 27 août 1939, au 31e régiment de dragons, il échappe à la mort dans une embuscade de près de la Meuse, avant d’être fait prisonnier le lendemain (1940). Le 27 octobre 1940, il s’évade, lors d’un transfert, du stalag IV B à Mühlberg am der Elbe, en Saxe, et gagne Salses, près de Perpignan, alors en zone libre où il se remet à peindre et à écrire. Il participe à la Résistance mais en raison de son passé, il est suspecté par la Milice locale et regagne Paris en 1944 où il héberge jusqu’à la Libération dans son appartement un centre de renseignements de la Résistance, sous les ordres des colonels Vauban et Larry. Atteint d’une grave tuberculose en 1951, Claude Simon mettra deux ans à s’en remettre.

En 1956, c’est la rencontre avec Alain Robbe-Grillet qui le fait entrer aux Editions de Minuit, maison à laquelle il restera fidèle, puis avec Michel Butor et le mouvement du Nouveau Roman, dont l’acte de naissance sera publié en juillet 1958 dans la revue Esprit.

En 1960, Claude Simon publie La Route des Flandres auquel Merleau-Ponty consacre l’un de ses derniers cours au Collège de France. La même année, il signe le « Manifeste des 121 » et est inculpé pour injure envers l’armée française.

En 1971, il prend part au colloque de Cerisy-la-Salle sur le Nouveau roman en compagnie de Michel Butor, Claude Olier, Robert Pinget, Jean Ricardou, Alain Robbe-Grillet et Nathalie Sarraute. Le Colloque de Cerisy-la-Salle de 1974 est consacré à son oeuvre.

En 1984, il se rend en URSS à l’invitation de l’Union des écrivains (lire le compte rendu dans L’invitation) et il assistera, en 1986 avec quatorze autres personnalités occidentales (Arthur Miller, James Baldwin, Alvin Toffler, Ychar Kemal, Peter Ustinov...) au forum international de Frounzé, en Kirghizie soviétique.

En 1985, Claude Simon reçoit le Prix Nobel de littérature, à la réception duquel il prononça un discours éclairant sa démarche et la place de l’écrivain dans le monde. A Stockholm, il ne dira rien de son engagement politique, soutien aux républicains espagnols puis à la Résistance, sa signature du Manifeste de 121, son soutien aux appels de SOS-Racisme,… En 1983, il s’associe à une lettre d’artistes et d’écrivains qui expriment leur préoccupation concernant la course aux armements. En 1996, avec 81 autres lauréats de prix Nobel, il lance un appel pour « mettre fin » à l’exploitation sexuelle des enfants. « Personne n’est obligé de se taire. A condition de dire les choses d’une manière tant soit peu sensible, harmonieuse ou spirituelle. Dans le cas contraire, mieux vaut évidemment garder le silence », estimait-il.

Bibliographie

- Le tricheur, Ed. Sagittaire, 1945

- La corde raide, Ed. Sagittaire, 1947

- Gulliver, Ed. Calmann-Lévy, 1952, 381 p., ISBN : B0000DQNW4

- Le sacre du printemps, Ed. Calmann-Lévy, 1954, 276 p., ISBN : B0000DQNT9, Livre de poche, 1973, ISBN : B0000DY2C3, réed. Calmann-Lévy, 1994, 276 p., ASIN : 2702114385

- Le vent : Tentative de restitution d’un rentable baroque, Ed. de Minuit, 1957, 241p., ISBN : 270730056X.

- L’herbe, 1958, réed. Ed. Minuit, 1961, 261p., ISBN : 2707303526, réed. Ed. de Minuit, 1986, 201p., ISBN : 2707310743

- La Route des Flandres, Ed. Minuit, 1960, 228p., ISBN : 2707300780, réed. Ed. de Minuit, 1982, 315p. ISBN : 2707306290, réed. Ed. de Minuit, 1985, ASIN : 270731062X, Prix de la Nouvelle Vague

- Palace, Ed. de minuit, 1962, 230 p., ISBN : B0000DQTL0, réed. Union Générale d’Edition, 1971, 190 p., ISBN : B0000DQ8ZN, réed. Ed. de Minuit, 1985, 230 p., ISBN : 2707302341

- Femmes, Maeght, 1965.

- Histoire, Ed. de Minuit, 1967, 402p., ISBN : 2707303534, réed. Gallimard, 1973, ISBN : B0000DS94J. Prix Médicis

- La Bataille de Pharsale, Ed. de Minuit, 1969, 261p., ISBN : 2707303542

- Orion aveugle, Genève, Skira, 1970.

- Les Corps conducteurs, Ed. de Minuit, 1971, 225 p., ISBN : 2707303550

- Triptyque, Ed. de Minuit, 1973, 225 p., ISBN : 2707300853

- Claude Simon : colloque de Cerisy, Ed. Union général d’éditions, 1975, ISBN : B0000DR61N et 447p. coll. 10/18 n° 945

- Colloque de Cerisy dirigé par Jean Ricardou, Ed. 10-18 (1975), 1975, 320 p., ISBN : B0000DTNY1

- Leçon de choses, Ed. de Minuit, 1975, 181 p., ISBN : 2707300640

- Les Géorgiques, 1981, réed. Ed. de Minuit, 1999, 477p., ISBN : 2707305200

- L’invitation, Ed. de Minuit, 1988, 93 p., ISBN : 2707311553

- Album d’un Amateur, Remagen-Rolandseck, Rommerskirschen, 1988.

- Photographies, Paris, Maeght, 1992.

- Jean Dubuffet et Claude Simon, Correspondance 1970-1984, Ed. L’Echoppe, 1994.

- L’Acacia, Ed. de Minuit, 1989, 379 p., ISBN : 2707312967, réed. Ed. de Minuit, 2004, 400 p., ISBN : 2707318515

- La chevelure de Bérénice, Ed. de Minuit, 1997, 24p., ISBN : 2707306606

- Jardin des plantes, Ed. de Minuit, 1997, 377 p., ISBN : 2707316091

- Le tramway, Ed. de Minuit, 2001, 141 p., ISBN : 2707317322

- Claude Simon, Oeuvres, Ed. Gallimard Coll. La Pléiade, 2006, 1664 p., ISBN : 2-07-011708-1.

Voir aussi : Claude Simon de Lucien Dällenbach, Ed. Seuil en 1988 ainsi que le site de l’Association des lecteurs de Claude Simon et sa conférence du 9 decembre 1985 à l’académie Nobel



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