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Idir, une étoile naît d’un chêne, un olivier, un figuier, de toutes les fleurs de ce printemps 2020

Tu ne seras pas dans les vents forts, dans la fureur de leurs bruits assourdissants, ni dans les brises ténues, subtiles à peine inaudibles, tu seras désormais dans le silence de nos mémoires, nos cœurs, et quelque part une étoile du firmament, un des Issassen qui viellent sur les tiens, sur nous, sur l’Algérie, sur cette humanité que tu as su aimer en rendant grâce à sa beauté, mais aussi par-delà ses haillons, ses grimes volontaires et involontaires, …

On se retrouvera sûrement MONSIEUR Idir, quand ? Où ? La vie nous révèlera cela le moment voulu.

Et comme vous le disiez si bien, en faisant référence à la haine faucheuse, mais surtout et avant tout à celles et ceux qui illuminent, et entretiennent notre espérance, dont vous, j’offre aux promeneurs du web, vos humbles, sages et profondes paroles extraites (à partir de 3.28) et transcrites de la vidéo ci-dessous

« Vous savez, pour moi l’Algérie représente une femme, une superbe femme, qui est là assise dans un coin, et qui malheureusement est en train de pleurer. En réalité, ce sont ses larmes qui racontent des choses et qui font des choses à sa place. Elles racontent des choses qui disent l’horreur de ce qui s’y passe. Là, je pense que ce n’est pas la peine de revenir là-dessus, nous sommes tous plus ou moins informés de ce qu’on a vécu, et ce qu’on vit au quotidien. Elles font des choses dans la mesure où elles essayent d’arroser des terrains devenus secs, arides, dans l’espoir d’y faire pousser de nouvelles fleurs, parce que d’anciens fleurons ont existé mais qui malheureusement ont été coupé par des faucilles malencontreuses, … Vous voyez bien sûr à qui l’on fait allusion. Mais, vous savez, dans notre imaginaire collectif, dans toute l’Afrique du nord d’ailleurs, on dit chez nous qu’on ne meurt pas, on dit simplement qu’on disparaît, qu’on s’absente, et surtout on devient invisible de façon à revenir voir les gens que l’on aime, à chaque fois qu’on le désire. C’est ainsi qu’il y a des lieux qu’on dit habiter, en les appelle en kabyle Iassassen, ce sont des gardiens, ce sont sans doute ces gens-là qui veillent toujours sur nous. Donc, par une de ces journées de funestes massacres, il se trouve que tout un champ de fleurs a été coupé en deux par ces faucilles malencontreuses, et il se trouve qu’un témoin était là, et que ce témoin un poète. Vous savez, ces gens qui savent anticiper sur les choses, les êtres ; il a vu toutes ces fleurs d’un champ coupé en deux, mais comme chez nous on ne meurt pas, il les a vu aussi se relever et monter au ciel. Une fois là-haut, il a cru entendre des voix, et quand il a prêté l’oreille, il s’est rendu compte alors que ces fleurs demandaient tout simplement une place parmi les étoiles. Elles le demandaient à la lune. Et là, non seulement la lune a accédé à leur demande mais les a transformées elle-même en étoiles, si bien si bien que si par hasard quelconque vous alliez sous le ciel de mon pays, et que vous leviez la tête vers le firmament, vous verriez des dizaines de milliers, des dizaines de milliers de fleurs devenues des étoiles, brillant autrement que les autres, comme pour essayer de communiquer avec vous, comme pour vous adresser un signe, comme pour vous dire par exemple de ne pas les oublier. Et là, excusez-moi d’être un peu personnel, voire égoïste, mais vous savez même s’il n’y a pas de mort sélective, même si le chagrin est le même pour tous, je crois que lorsqu’on a connu quelques-unes de ses fleurs, et qu’on a fait un bout de chemin ensemble, on ressent à l’intérieur de notre corps, de notre cœur, un picotement supplémentaire, une froideur supplémentaire, si bien que pour ma part, lorsque je suis sous le ciel de mon pays et que je lève la tête, je vois bien sûr ces dizaines de milliers d’étoiles briller autrement, je reconnais quelques-unes, et je vois notamment une qui continue de nous chanter de là-bas, comme pour narguer ses assassins, comme pour nous dire que ce n’est pas parce qu’on tue le physique de quelqu’un que l’on tue forcément ses idées, son idéal, parce que d’autres viendront prendre la relève. Et, somme toute, ce n’est pas parce que ce printemps-ci toutes les fleurs d’un champ ont été coupées que le printemps prochain ne reviendra pas avec des fleurs nouvelles, pleines de de vigueur, et surtout pleines d’espoir. Et, lorsque je regarde cette étoile avec attention, je reconnais à chaque fois le visage émacié de mon ami Matoub Lounès, assassiné le 25 juin 1998. »

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