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Idir, Ssendu, hommages aux mères, aux femmes

Quand j’ai fait cette chanson, j’ai automatiquement pensé à ma maman, donc inévitablement à la vôtre aussi…

Je me souviens, je devais avoir 7- 8 ans, pas plus
Nous étions en Kabylie, elle était là, à côté de moi, en train de battre du lait, qu’elle a mis dans une calebasse, - vous savez une espèce de baratte - elle le battait en faisant ce geste là (mouvements des mains tenant de chaque côté les cordelettes de la calebasse que le fait osciller), peut-être qu’un certain nombre d’entre vous ont déjà vu faire…

Et quand, elle faisait son acte, son travail, elle le rythmait aussi des mots, d’idées, de chants, de soupirs.

Ça lui arrivait de pleurer des fois même, d’esquisser un sourire à des moments aussi.

Mais vous savez sur le coup j’étais jeune, beaucoup trop petit pour comprendre. Ayant, bien sûr grandi, et surtout ayant emmagasiné toutes ces choses dans ma tête, dans ma mémoire, je me suis rendu compte alors qu’elle ne faisait que se confier à son instrument, parce qu’elle n’avait pas d’interlocuteur valable.

Et c’est là, où j’ai compris une chose, cette image de femme qui était là, subissant la loi du milieu, du mâle… et qui se confiait donc à une chose inerte…

C’est là où j’ai compris une chose assez importante dans ma vie, c’est que ce n’est déjà pas évident d’être une femme en général dans n’importe quelle société, qu’elle soit moderne, avancée, aboutie ou non, je crois que ça l’est encore moins dans des sociétés à fortes traditions telles que la mienne, et j’en voulais pour preuve cette dame qui se trouvait être ma mère…

J’ai compris une deuxième chose, c’est que… j’ai sorti inconsciemment cette chanson du fond de mon enfance, à travers des visions que j’ai eues, que j’ai vécues, des sensations que j’ai éprouvées,… J’ai tout de suite compris aussi qu’elle n’était plus à moi tout seul mais qu’elle nous appartenait tous,…parce que d’abord, on a tous une maman, et que, pour peu qu’on appartienne à une de ces sociétés un peu à fortes traditions, on a une image de la mère assez spécifique, assez spéciale… Et à ce titre, j’ai l’habitude donc de la partager avec vous, en vous demandant une chose, bien simple, ce que je fais depuis pas mal de temps : « essayez, ce soir, ce samedi soir à Puteaux, d’avoir dans votre tête, une image claire, précise, lumineuse, de celle qui vous a donné la vie,… ou tout simplement de celle que vous aimez,… qu’elles soient ou non de ce monde, je pense qu’elles seront à jamais gravées dans nos cœurs,…

Vous pourriez me dire pourquoi, bien sûr ?

Parce que l’un de vous pourrait me dire : ma maman est avec moi, on vît ensemble, il n’y a pas tellement de soucis !

Quel qu’un d’autre me dira : j’ai de ses nouvelles au téléphone, on se tient en contact,…

Mais vous savez, ce n’est pas du tout pour cela !....

Je vous le demande parce que je suis convaincu que vis-à-vis d’une femme en général et d’une maman en particulier, je crois que nous avons tous quelque chose à nous faire pardonner, ou à tout le moins à nous reprocher,…

Ne dîtes pas non tout de suite,… Rentrez en vous-mêmes, questionnez-vous,… et vous verrez bien !

Lequel ou laquelle d’entre vous, n’aura pas vu des larmes perler sur leurs joues, et surtout des larmes pour lesquelles nous avons une responsabilité plus ou moins directe,…sans compter tous ces pleurs, toutes ces larmes qu’elles auront versé à notre insu, parce qu’elles n’auront pas voulu nous les montrer, soit par pudeur, soit par crainte de nous heurter, soit pour se dire : ma foi, bon,…ces enfants, c’est moi qui les ai fait,..Si quelqu’un doit se sacrifier autant que ça soit moi !.

Franchement, lequel ou laquelle d’entre nous, tous, aura été pêché dans le tréfonds de leurs cœurs le moindre de leurs frissons,…la moindre de leur fragilité,…et surtout cessez de voir en elles des « mamans-couveuses », ou des « mamans-allaiteuses », qui ne sont là que pour la reproduction, alors qu’elles peuvent aussi avoir de la place pour un cœur contrarié, des amours contrariés, un désir frustré, etc.

Et à côté de cette femme, qui est la nôtre, j’aimerai avec votre permission que l’on associe l’image de ces millions et de ces millions de femmes qui sont resté là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée, et qui n’ont pas la chance de vivre des moments comme ceux de ce soir,…

Et là aussi, vous pourriez me dire : Pourquoi ?

Parce que, comme nous tous, il nous arrive de rêver… puis surtout de courir naïvement après nos rêves… J’imagine que si ce soir on se mettait à penser à elles, il sera inscrit quelque part, en haut, dans le ciel de Dieu, qu’un soir de novembre, somme toute banal, dans une petite ville qui s’appelle Puteaux dans la région parisienne, quelques centaines de personnes étaient, là, ce soir,… mais cette soirée banale devient exceptionnelle dans la mesure où ces… quelques centaines de personnes… il n’y avait ni Marocains, ni Algériens, ni Français, ni Tunisiens, ni autre… il y avait simplement quelques centaines de cœurs qui étaient, là, les uns à côté des autres, prêts à sortir d’eux-mêmes ce qu’ils ont de meilleur, en émotions, en amours, en tendresses, et que dans un élan commun, en pensant à elles, bien sûr, j’imagine une boulée émotionnelle monter vers le ciel, traverser la mer, et puis aller s’éparpiller en millions et en millions de petits morceaux, chaque petit morceau étant un tout petit peu de baume dans leurs cœurs meurtris,…et c’est à ce moment-là, où cette fois-ci je suis sûr que ce n’est plus un rêve, on se dira dans un coin de ciel que ce soit là,…dans cette petite ville de Puteaux, ces quelques centaines de gens ont fait quelque chose de magnifique

Texte de Ssendu en kabyle et sa traduction en français
 [1]

Ssendu, ssendu tefkeded udi d amellal
Ssendu, ssendu aken a neccar abuqal
Ndu ndu ay igi fked tawarect bbwudi
Akken i tt netmenni
 
Taxsayt i hazen ifassen d kem a yesâig d lbadna
Ula ma laz yetwazem l hif yezzuzmit ccna
Nusad gurem a nessendu taxsayt-iw tegra i lhu
Igi ad yendu yefru s lfedl-ik a baba iynu
 
Ssendu, ssendu tefkeded udi d amellal
Ssendu, ssendu aken a neccar abuqal
Ndu ndu ay igi fked tawarect bbwudi
Akken i tt netmenni
 
A taxsayt meqqar kemmi teslid i wul mi icehheq
Ssebr yughal d tannumi zzay wawal i imenteq
Nuza-d ghur-m ad nesmerkel
Taxsayt-iw tettebruqul ad agh-tefk udi mellul
Akkenni i ibgha wul
 
Ssendu, ssendu tefkeded udi d amellal
Ssendu, ssendu aken a neccar abuqal
Ndu ndu ay igi fked tawarect bbwudi
Akken i tt netmenni
 
A taxsayt barka tura la s waligh qrib d azal
Ghur-m ida rrigh tuttra bghigh-kem ad terred azal
Ssendug s ufus lqis udi yufrar yetherqis
Kseg d aâbar d nefs-is i temgaret d waraw-is
I temghart d warraw-is
 
Ssendu, ssendu tefkeded udi d amellal
Ssendu, ssendu aken a neccar abuqal
Ndu ndu ay igi fked tawarect bbwudi
Akken itnetmenni

notes bas page

[1Traduction, assurément imparfaite, pour aider à la compréhension du texte, désolée pour la non restitution de la magnifique poésie d’origine, ni la finesse ethno et anthropologique

Baratte ! Baratte ! donne-nous du beurre blanc
Baratte ! Baratte ! pour que l’on remplisse le jarre
Bat, bat babeurre
Donne-nous la motte de beurre espérée
 
Calebasse entre mes mains, c’est toi ma confidente
On connaît la faim mais le chant adoucit la misère
Nous venons baratter, ma calebasse instruite au bien
Mon babeurre sera brassé, séparé
Par la grâce de mon ancêtre
 
Baratte ! Baratte ! donne-nous du beurre blanc
Baratte ! Baratte ! pour que l’on remplisse le jarre
Bat, bat babeurre
Donne-nous la motte de beurre espérée
 
Calebasse toi au moins tu entends les sanglots du cœur
Habituée à l’espérance, la parole est pesante
Nous sommes venus vers toi (manque un mot : nesmerkel)
Ma calebasse frisonne, elle me donne le beurre blanc
Que le cœur désir tant
 
Baratte ! Baratte ! donne-nous du beurre blanc
Baratte ! Baratte ! pour que l’on remplisse le jarre
Bat, bat babeurre
Donne-nous la motte de beurre espérée
 
Calebasse, ça suffit maintenant
Tu vois bien qu’il se fait tard
Je t’implore, récompense mes efforts
J’ai baratté avec mesure et précision
Le beurre flotte et frétille, j’ai eu une mesure et demi
Pour la vieille et ses petits
 
Baratte ! Baratte ! donne-nous du beurre blanc
Baratte ! Baratte ! pour que l’on remplisse le jarre
Bat, bat babeurre
Donne-nous la motte de beurre espérée

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Messages

  • 1 9 mars 2014, 07:24, par rym

    Aujourd’hui le 8 mars la journée de la femme j’ai écouté et apprécié le message de idir hommag au femmes j’avoue que ma fait. Pleurer il ma fait défiler tout mes souvenirs d’enfance avec ma mère ansi que tout les bons moments partagé avec mes3 enfants IDIR vous. Êtes un grand artiste qui touche le plus profond. De nos Coeur aves vos belles paroles

  • 2 14 mai 2014, 19:36, par BEN MER

    Remerciement et demandant de l’excuse a nos mères de tout chagrin qu’on a causé pour eux et nous ont jamais imploré ces causes.
    La vie est très courte mais leurs amour est infini de joies quand elles nous voient un peux heureux.
    Et malheureuses pour nos petits soucis.
    A tous nos mères de prés ou de loin de toutes générations de ville ;
    De compagne ou de montagne du Sahara ou
    De pole nord ou du pole sud
    sont toutes nos mères
    Je leurs demande de l’excuse pour chaque tristesse
    Ou chagrin quand a causé a eux.
    E H H H
    MAMAN ON VOUS AIME AUSSI
    SOUHAITANT VOTRE JOIE ET BONHEUR.

  • 3 25 mai 2014, 17:55, par Ali Kloul

    Magnifique ; Une Maman un sacrifice éternel ! "Partout ou il y a un foyer heureux, Il y a une mère oublieuse de soi" !!! Merci Idir

  • 4 2 juin 2014, 02:51, par Mr Pettrez

    Idir est un auteur compositeur et interprète que j’appréci beaucoup, j’aime interprété ses musique, elles nous donnent du rêve.

  • 5 9 juillet 2014, 11:56, par Mourad

    La musique de Ssednu existe depuis des siècles, il fait partie du patrimoine. Le texte est de Méziane Rachid. Vous n’avez rien écrit monsieur Cheriet. Où est l’hônneteté intellectuelle ?

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