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Science Actualités / Témoignage Alain Labouze

Témoignage d’Alain Labouze, publié avec son aimable autorisation.

Rédacteur en chef de Science Actualités
Responsable d’Universcience.tv
Chef du département Actualités et Audiovisuel
Cité des sciences et de l’industrie (Universcience)

Témoignage d’Alain LABOUZE, salarié entré à la Cité en octobre 1991

Cela aurait pu commencer comme un sujet de rédaction de CM2 : « Racontez vos vacances ! »

Sauf que non, quand je me repenche sur les 27 années passées à la Cité, ce fut tout sauf une sinécure, ou une planque, ou un boulot peinard. Travailler dans un centre de sciences (ni vraiment musée, on n’est pas à Beaubourg !, ni vraiment centre de loisirs, on est encore moins chez Disney !) expose pourtant à croire (au début…) que ce seront des vacances. Surtout que vos enfants (à l’époque, ils avaient 8, 6 et 3) sont naturellement très contents et fiers de vous voir entré dans le saint des saints parisiens en matière de loisir culturel, LA Cité des sciences. J’avais juste omis un point : travailler dans une institution, c’est comme se mettre à un sport de combat…

Mais reprenons. Je venais de quitter Antenne 2 (le nom de l’époque de France 2) en profitant d’un plan de départ volontaire, après quatre années passées au Journal et dans quelques magazines (dont Envoyé spécial) à traiter des sujets santé-médecine, dans le stress, le narcissisme et les enjeux de pouvoir au sein de la rédaction. C’était les années sida et de la première guerre en Irak. Médecin de formation, j’étais passé au journalisme d’abord dans des journaux médicaux, puis dans la « grande presse » au Matin de Paris (quotidien populaire de gauche des années 80), avant donc de rejoindre la télé comme spécialiste des questions médicales, et d’apprendre sur le tas la syntaxe et les récits audiovisuels.

Stop sur le CV, et direction porte de la Villette et ses deux heures à deux heures trente minutes de métro quotidien depuis là où j’habite, c’est-à-dire Chatillon (j’ai écrit les chiffres en toutes lettres pour traduire la longueur du temps métropolitain durant toutes ces années, lieu utile de mes lectures de journaux, livres, notes, rapports… mails maintenant).

Recruté par Roger Lesgards (président qui écrivait dans Le Monde Diplomatique) au motif que « à la télé, on ne me voyait pas… » (j’imagine que c’était une critique de la télé où habituellement on se montrait trop), je devais reprendre le flambeau de mon prédécesseur, Jean Pénichon, lequel avait créé avec l’AJSPI (l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information) cette chose atypique sans équivalent dans aucun musée du monde, un « média-exposition » nommé Science Actualités, une « salle d’actualités » dédiée, comme son nom l’indique, à l’actualité scientifique. Je devenais rédacteur en chef et chef de département en même temps (sans que je comprenne bien au départ l’entourloupe que constituait cette double casquette), avec pour mission de développer la production audiovisuelle pour l’établissement.

La suite, je ne l’ai pas vu passer. Plusieurs « nouvelle formule » de la salle Science Actualités devenue espace Science Actualités (signe peut-être de l’arrivée de la 3D un peu partout). Plusieurs localisations et déménagements (du hall de la Cité à l’emplacement actuel de la Cité de la santé à la Bibliothèque - du temps où cela s’appelait médiathèque -, puis sur Explora, en plein cœur des expositions temporaires et permanentes : pan dans le cœur, l’entrisme ou l’intégration ou la greffe ont enfin marché). Des émissions à la télé, le premier site d’actualité scientifique sur Internet, l’invention de ce joli terme, le « journalisme d’exposition », des numéros spéciaux en pagaille (comme la grande série d’expositions mensuelles Oser le savoir), la première webTV scientifique (qui renouvelle ses programmes chaque semaine, 4400 films en accès gratuit aujourd’hui), un Mur de news géant, des enquêtes qui s’affichent en mode « expo-dossiers », l’intégration d’œuvres d’artistes en lien avec l’actualité, des quiz multimédias, des dispositifs d’expression publique pour les visiteurs, la mise à disposition et l’export de tous les contenus dans les « structures d’intérêt général » (terme barbare pour dire le service public et associatif en régions qui, comme nous, est engagé dans la culture scientifique), les bourses de coproduction audiovisuelle et multimédia Estim…

Bref, Science Actualités (l’expo d’actualité et le site dédié) et Universcience.tv (la webTV) ont représenté et, je crois, représentent toujours des médias à part, un espace de liberté et de création comme je n’en connais aucun autre, avec zéro publicité, zéro concurrence et zéro impératifs commerciaux. A peine croyable qu’un tel modèle ait pu perdurer si longtemps et qu’il ne semble pas en danger.

Mais c’est peut-être là que vous allez comprendre pourquoi je parlais d’un sport de combat…

« Pourquoi et comment traiter l’actualité scientifique quand on n’est pas un organe de presse ?
En quoi la Cité, mais aussi tous les lieux de médiation de la culture scientifique, peuvent et doivent contribuer à une lecture de l’actualité différente de celle des acteurs de la presse traditionnelle ? »

Voilà comment je concevais, et je conçois toujours, les questionnements préalables avant toute élaboration d’un projet éditorial et muséographique pour Science Actualités. Dans l’univers de la presse traditionnelle, cela s’appelle « une ligne éditoriale ». Une équipe de journalistes intégrés à la Cité, une exigence d’indépendance, un comité éditorial composé de journalistes désignés par le bureau de l’AJSPI (et pas seulement de membres d’Universcience), une approche des contenus devant réellement contribuer à une meilleure information du public, une défiance face à la production de contenus lisses, tièdes, faussement consensuels, un refus de toute compromission avec le monde de la communication (y compris des partenaires de l’établissement qui cofinancent ses multiples activités)… Tous les ingrédients étaient là, et sont toujours présents, pour créer et entretenir des rapports de force parfois conflictuels avec les différentes directions de l’établissement. Revendiquer l’exercice du métier de journaliste au sein d’un univers institutionnel n’est pas toujours chose facile. Et j’ai pu en faire l’expérience au gré des nombreux changements de présidence (après Roger Lesgards, il y eut Pierre David, Gérard Théry, Michel Demazure, Jean-François Hebert, François d’Aubert, Claudie Haigneré, et aujourd’hui Bruno Maquart) et des non moins nombreux rattachements à des directions n’ayant pas grand-chose à voir avec les missions classiques dévolues à un média. Et pourtant, malgré la nécessité à chaque fois de ré-argumenter, ré-expliquer, refaire la pédagogie des process de fonctionnement obligatoires et assez éloignés des contraintes managériales d’un EPIC, malgré des crises et des situations de pré-rupture, eh bien Science Actualités a toujours réussi à convaincre du bien-fondé de ses spécificités. Il fallait nous laisser vivre et c’est ce qui s’est passé. Nous existons toujours, en marge mais pleinement utiles à l’accomplissement des missions de la Cité, et même maintenant du Palais puisque depuis 2017, une antenne de Science Actualités y a été installée.

Un dernier mot pour partager ce bilan globalement très positif avec mes sœurs et frères d’arme journalistes mais aussi de l’audiovisuel qui ont accompagné ce projet ambitieux depuis la création de la Cité. Plus de 30 ans après, nous veillons toujours au grain pour que l’information et l’audiovisuel scientifiques de qualité restent des priorités du service public.

Alain Labouze
Rédacteur en chef de Science Actualités
Responsable d’Universcience.tv
Chef du département Actualités et Audiovisuel
Cité des sciences et de l’industrie (Universcience)

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