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Prénoms de baptême

Emission La foi prise au mot, du 24 février 2019, de KTO, présentée par régis BURENET, transcrite par Taos AÏT SI SLIMANE

Edito sur le site de l’émission : Théodulphe et Pulchérie, Smaragde et Hérondine : les prénoms sont innombrables et parfois improbables. Dans votre émission de réflexion, nous aborderons cette semaine un sujet qui semble sans importance : le prénom. Il est encore souvent lié au baptême, et donc à l’inscription dans la continuité des saints qui nous ont précédés et portent le même nom que nous. Le prénom nous précède toujours, nous ne l’avons pas choisi. D’où vient cette coutume de donner un prénom à la naissance et qu’est-ce qui préside à leur choix ? Y a-t-il des modes, y a-t-il des tendances, y a-t-il des différences selon notre place sociale ? Et surtout, doit-on penser, comme certains l’affirment que le prénom de baptême détermine le futur des enfants ? Pour le savoir, vous découvrirez nos deux invités dans La Foi prise au mot : Jocelyne TARNEAUD, bibliste, et Jean-Louis BEAUCARNOT, généalogiste.

Régis BURNET : Bonjour !

Merci de nous retrouver pour La foi prise au mot, votre rendez-vous de réflexion et de formation.

Cette semaine, une émission de réflexion sur un sujet qui semble a priori sans importance, le prénom. Encore souvent lié au baptême, donc à l’inscription dans la continuité des saints qui nous ont précédés et portent le même nom que nous. Le prénom nous précède toujours, nous ne l’avons pas choisi. Alors que signifie cette imposition d’un nom qui nous suivra toute notre vie ? Est-il sujet à des modes, à des tendances ? Y-a-t-il une sociologie du prénom ? Et, surtout, surtout, est ce que cette fatalité, qui nous est imposée, puisque on change rarement de prénom, détermine notre vie et est-elle en quelque en quelque sorte un destin ?

Telles sont les questions que je vais poser à mes deux invités :

Jocelyne TARNEAUD, bonjour !

Jocelyne TARNEAUD : Bonjour.

Régis BURNET : Je suis très content de vous retrouver.

Jocelyne TARNEAUD : Merci.

Régis BURNET : On s’était vu plusieurs fois dans cette émission. Vous êtes bibliste et journaliste.

Et, Jean-Louis BEAUCARNOT, Bonjour !

Jean-Louis BEAUCARNOT : Bonjour.

Régis BURNET : Là aussi, je suis très content de vous recevoir. Vous êtes généalogiste - on vous a beaucoup vu à la télé et à la radio, vous êtes une star - et vous êtes également conseillé à la Revue française de généalogie.

J’ai commencé cette émission en confondant peut-être un peu prénom, nom, nomination. On va essayer de voir un petit peu comment tout cela fonctionne dans un premier temps.

D’abord, est-ce qu’on a toujours eu un nom ?

Jean-Louis BEAUCARNOT : Oui. Il a bien fallu identifier les personnes. Dans tout groupe social, on a besoin d’être identifié. Donc, on a toujours eu un nom et pendant longtemps, on n’a eu qu’un nom, qu’une dénomination, parce que c’était suffisant. Et de ce fait, qu’est-ce qu’on a eu ? Ne remontons pas trop loin non plus, passons simplement au Moyen Âge, …

Régis BURNET : Avec Jocelyne TARNEAUD, on peut remonter jusqu’à la Bible.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Oui, bon, …

Régis BURNET : Mathusalem !

Jocelyne TARNEAUD : Même à Adam.

Régis BURNET : Même Adam !

Jean-Louis BEAUCARNOT : En généalogie aussi. Mais du point de vue des nominations, fixons-nous simplement au Moyen Âge. Au Moyen Âge, au temps de la christianisation dans l’ancienne Gaule, dans l’hexagone, disons aujourd’hui, « A » reçoit un nom au baptême, que l’on appelle un nom. On ne l’appelle pas prénom, puisqu’il ne précède rien. Il a un nom, il s’appelle Bernard, il s’appelle Martin, il s’appelle Pierre, etc. Et, petit à petit, l’identité va évoluer. Pendant plusieurs siècles c’est comme ça, on donne à l’enfant, un nom qui est surtout le nom porté par un saint, qui fait que le curé qui baptise l’enfant accepte de recevoir, ce nom qu’on lui choisit, parce que on veut le placer sous la protection du saint, parce que on veut que quelque part l’enfant non seulement soit sous la protection du saint mais on espère qu’il va récupérer les qualités de ce saint. Saints qui sont les grands héros de nos ancêtres, ils sont très, très proches de nos ancêtres. Tout le monde connaît la vie des saints au Moyen Âge.

Donc, on lui donne le prénom d’un saint et petit à petit, on va voir une évolution, surtout vers les XIème XIIème siècle, parce qu’il y a eu à cette époque une grande période de paix, de stabilité politique, qui va avoir pour conséquence une grande croissance démographique - on dirait aujourd’hui un grand boom démographique - et de ce fait dans les communautés dans lesquelles vivaient au quotidien nos ancêtres, dans les paroisses, les seigneuries, etc., on arrive à avoir trop de Pierre, trop de Guillaume, trop de Jacques, et spontanément, mais il faut bien résoudre ces homonymies, on va voir arriver petit à petit des surnoms, on appelait ça des seconds noms, des noms que l’on ajoute, qui vont coller, qui vont s’ajouter au nom de baptême, et qui petit à petit ils vont se fixer, se généraliser. Ça nait en Italie du nord et petit à petit, une grande déferlante va faire que ce phénomène va se généraliser sur la France du sud au nord, va passer les Pyrénées, l’Espagne, va monter dans les autres pays, en Belgique etc.

Pendant très longtemps, les pays scandinaves n’auront pas ce qu‘on appelle les noms de famille. Il va falloir des lois au Danemark en Norvège pour l’imposer, en Turquie aussi, en Afrique la même chose, le système de dénomination était différent.

Aujourd’hui, le nom de famille c’est à peu près généralisé sur tout le planisphère. Mais en France, ce nom de famille apparaît vers les XIème XIIème siècle, c’est un surnom, qui petit à petit se fixe, devenir héréditaire et se transmettre. Il va faire que l’identité va avoir deux composantes : ce nom, ce surnom, qui va devenir le nom, et l’ancien nom que l’on va appeler prénom, c’est à dire avant le nom, ce qui fait qu’il complètement aberrant aujourd’hui de se présenter : BEAUCARNOT Jean-Louis, non, ça, …

Régis BURNET : C’est une habitude dans certains trouvent chic, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Mais cela n’a aucun sens ! C’est l’administration, c’est l’école de Jules Ferry, c’est le service militaire qui avaient besoin de classer et de répertorier les individus autrement, ils le faisaient d’une façon très technique, avec : Nom, Prénom, mais prénom, cela se met avant le nom ! Et ça, c’est très important. Je réagi très violemment.

Régis BURNET : Oui. On a l’impression d’une sorte de combat.

Jean-Louis BEAUCARNOT : J’ai plusieurs combats, comme celui-là, je crois qu’on en parlera. Mais ça en est un premier, mais prénom, cela veut dire avant le nom.

Jocelyne TARNEAUD : Cela paraît logique.

Régis BURNET : Cela paraît logique.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Le mot en soi le contient : prénom, avant le nom, préfixe.

Régis BURNET : Il y a quelque chose - pour le coup c’est mon combat - dans le nom, il y a de l’identité. C’est pour cela que je vous ai fait venir, parce que vous êtes spécialiste de la Bible. Le nom, dès le début, même peut-être dès Adam, l’homme, Ève, la vivante, il y a quelque chose qui est dit par le nom.

Jocelyne TARNEAUD : Non, en fait Adam ne signifie pas l’homme.

Régis BURNET : Oui, c’est l’être humain.

Jocelyne TARNEAUD : C’est Ich, qui signifie l’homme.

Régis BURNET : Vous avez raison.

Jocelyne TARNEAUD : Adam, signifie le rouge, à cause de la latérite dont il a été pétri, à cause de la terre. Donc, il est le rouge et Ève, c’est Ava, c’est la vivante, la vie. Donc, déjà là il y a quelque chose qui signifie, regarde tu es le terreux, tu es le glaiseux, ce n’est pas toi qui t’es formé, c’est Dieu. Donc, il y a déjà quelque chose qui dit à Adam : « Fais attention à ne pas vouloir prendre la place de Dieu, parce que tu es poussière et tu retourneras à la poussière » Donc, même dans le prénom d’Adam, il y a déjà un …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Qui n’est pas un prénom, c’est un nom.

Jocelyne TARNEAUD : Non, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : C’est un nom, qui va devenir un prénom parce que bien souvent, on va donner aux enfants des prénoms issus de la Bible, un prénom de saint, mais parfois issus des patriarches, etc. mais Adam est un prénom. Pardon de vous avoir coupé.

Jocelyne TARNEAUD : Voilà, ... J’ai un petit-fils qui s’appelle Abel, et c’est ce qui se passe, exactement.

J’allais dire même le premier homme, se trouve à avoir la marque d’un destin, de quelque chose qui le caractérise, qui caractérise son destin. Puis après cela continue. Par exemple Joseph, …

Régis BURNET : Vous avez écrit un livre sur Joseph, on le montrera tout à l’heure.

Jocelyne TARNEAUD : J’ai écrit une comédie musicale sur Joseph, on l’a faite toute cette année.

Joseph, sa maman, Rachel, ça fait 20 ans qu’elle attend un enfant, sa sœur en a plein - elles ont le même époux en commun, Jacob - et pour elle ça ne vient jamais. Au bout de 20 ans, enfin elle attend un enfant. Alors, quand il naît, elle dit : « Dieu m’a enlevé ma honte », la honte d’être stérile, d’avoir tous les bambins autour et elle jamais, et elle dit : « Je voudrais qu’il m’en ajoute un autre », c’est-à-dire qu’elle réclame Benjamin, l’autre fils. En fait, elle fait elle-même un jeu de mots, entre assaf, qui signifie enlever, et ajoute youcef. Elle forge un nom, Joseph, qui rassemble les deux. Et, c’est le destin de Josèphe, parce que quand vous enlevez, vous faites une soustraction et quand vous ajoutez, vous faites une addition. Il y a donc dans son nom deux choses complètement contradictoires, une soustraction et une addition. Et c’est exactement le destin de Joseph et la prophétie de Jésus-Christ, parce que le fils bien-aimé de Jacob, il va descendre : vendu par ses frères, oublié au fond d’une citerne, vendu comme esclave, arrive chez Putiphar, envoyé en prison par sa femme, oublié pendant 2 ans. Il descend, c’est moins, moins, moins, moins, moins, jusqu’à toucher le fond. Et là, à cause de la capacité qu’il a de déchiffrer les rêves, il est amené au préfet de Pharaon qui en fait son bras droit. Et là, c’est plus, plus, plus, plus, … Et quand Saint-Paul a écrit l’hymne aux Philippiens, dit [1] : Lui étant de condition divine - en parlant de Jésus - ne retint pas jalousement la dignité qui l’égale à Dieu mais il se fit homme, moins, pas seulement homme mais esclave, moins, pas seulement esclave mais mort, d’une mort la plus infamante qui soit, enseveli, et là Dieu la ressuscité, plus, l’a exalté, plus, fait asseoir à sa droite, et lui a donné le nom le plus haut qui existe, c’est-à-dire Kyrios, le nom même de Dieu.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Seigneur, …

Jocelyne TARNEAUD : Voilà. On a donc dans la figure de Joseph, absolument un destin prophétique de celui qui sera le fils de Joseph, parce que son père s’appelle Joseph, pour le faire entrer dans la dynastie davidique, il s’appelle Joseph.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Là, on a un nom qui inscrit un destin, qui intègre un destin, et qui annonce.

Jocelyne TARNEAUD : Exactement. Et c’est très fréquent dans la Bible.

Régis BURNET : Justement, l’origine de nos noms et de nos prénoms, parce que vous avez dit que le nom dès le début était inscrit comme un nom de baptême, mais le premier qui a porté Martin, ou Saint Martin, ou Augustin, Saint Augustin, il y avait un sens à ce nom ? D’où cela vient ?

Jean-Louis BEAUCARNOT : Tous les noms ont des sens. Moi, quand on me demande par exemple qu’elle est l’origine de mon nom ? Si je dis : Vous vous appelez Robert, parce qu’un de vos ancêtres très, très éloigné avait reçu le nom de Robert comme nom de baptême, et ensuite beaucoup de nos surnoms devenus nos noms, sont issus de noms de baptême parce que Jean-Robert voulait dire : Jean, fils de Robert. Voilà, moi j’estime avoir répondu à la question qu’elle est l’origine de mon nom de famille, qui est Robert ?. J’ai expliqué. Si on m’avait demandé Charpentier, j’aurais dit : parce qu’un de vos ancêtres éloignés exerçait la profession de charpentier. Si on m’avait demandé pourquoi Vaillant, j’aurais dit : Parce qu’un de vos ancêtres très éloigné était réputé vaillant. À partir du moment où je donne cette explication-là, j’estime que mon travail d’anthroponymiste, c’est à dire le travail sur l’étymologie et l’origine du nom de famille était fait. On comprend pourquoi ce nom de surnom a été donné et est devenu un nom de famille. Après, ce qu’a voulu dire Robert, l’étymologie même du nom de baptême Robert, comme l’étymologie même du mot charpentier ou du mot vaillant, c’est une autre affaire, …

Régis BURNET : Absolument, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Cela n’a pas de lien direct avec la famille. Et là, Robert a des origines franques, c’est « hrod », qui signifie la gloire et « berht » qui se traduit par brillant,

Jocelyne TARNEAUD : … C’est très, très brillant tout cela, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Oui, mais attention, je manipule avec précautions ce genre d’éléments, parce que souvent, si je vais plus loin en disant : Robert, c’est un nom de baptême qui était d’origine franque, la réaction est : « Ah ! Donc, je descends des Francs. Mais, non ! Non ! Quand vous donnez aujourd’hui le prénom de Kevin, il n’est pas Irlandais ou Anglais pour autant !

Jocelyne TARNEAUD : … ce n’est pas faux, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Quand on donne le prénom de Claude, en latin Claudius, qui signifie boiteux, et c’est Saint Claude, qui avait un nom de baptême d’origine latine, quand vous appelez l’enfant Claude, ce n’est pas pour autant que d’une part il sera Romain et que d’autre part il soit boiteux. Donc, ne confondons pas tous les niveaux d’étymologie. Et ce n’est pas évident.

Jocelyne TARNEAUD : … Vous avez raison, c’est une pente …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Oui, il y a des tentations, des amalgames que l’on peut faire facilement. Au niveau de l’étymologie des noms de famille, voilà les informations que l’on peut trouver au niveau de l’étymologie des noms de baptême, je ne suis pas compétent, ce n’est pas mon domaine. Je laisse ce domaine à d’autres spécialistes. Moi, je reste dans mon pré carré.

Régis BURNET : On serait dans les années 50, et on ferait une émission - on serait plutôt à la radio - je vous appellerai BEAUCARNOT. Cela se faisait, on utilisait le nom de famille. Aujourd’hui, si j’étais sympa, je vous appellerai Jean-Louis. Ça aussi, c’est votre second combat. On a quand même tendance, de plus en plus, à utiliser le prénom dans la vie sociale.

Jean-Louis BEAUCARNOT : C’est mon obsession - que je dénonce dans mon dernier bouquin - et qui m’obsède dans la vie quotidienne. Je vais essayer de me rapprocher d’autres spécialistes pour les interroger et essayer de comprendre pourquoi. Cela correspond certainement à un besoin très profond, une évolution très profonde de notre société. J’aimerais bien le comprendre. Ce que je constate, c’est qu’il y a un glissement au niveau des composantes de l’identité. Autrefois vous aviez le prénom avant le nom. Le prénom, on l’appelait souvent le petit nom, c’est à dire le nom de l’intime.

Jocelyne TARNEAUD : … Oui, c’est cela …

Jean-Louis BEAUCARNOT : C’était entre amis, en famille qu’on se donnait du prénom, peut-être aussi dans le quotidien dans les villages, on était plus connu par le prénom que par le nom. Mais, dans la vie publique, dans la vie civique, à tous les niveaux, que cela soit à l’école, au service militaire, au travail, on était monsieur ou madame untel, suivi du nom de famille. Ce n’était pas le nom de famille qu’on s’engageait dans la vie publique, c’était par le prénom qu’on vivait dans la vie privée. Aujourd’hui, on a un glissement à ce niveau-là, et de plus en plus on confond les genres, on confond les niveaux et vous avez de plus en plus d’interlocuteurs qui vont se présenter sous leur seul prénom, sur les plateformes de renseignements téléphoniques, etc., à des tas de niveaux. On a le badge dans les administrations où il y aura simplement le prénom, etc. Et on arrive déjà à quelque chose d’incohérent, parce que ces gens qui travaillent, dans leur vie professionnelle, sur votre dossier, ont tous les renseignements sur vous, vous en demandent plein d’autres : « Qu’elle est votre date de naissance ? Qu’elle est votre e-mail ? Non, non, j’ai besoin pour votre dossier de remplir d’abord tout ça, … » Et eux, ils se présentent sous leur seul prénom. Là, il y a disproportion, il y a distorsion. Là, je dis : « Mais, donnez-moi votre nom », - « Pas question ! » - « Pourquoi ? » - « Pas question, On nous dit de faire comme ça, mais on ne veut surtout pas faire autrement ». Alors, je pousse plus loin - dans mon dernier livre, je raconte - je dis : « Très bien Nadine, je t’appelais pour telle chose, peux-tu, … » - « Mais, Monsieur, mais Monsieur, enfin, vous me tutoyez ! ... » - « Oui, soit nous sommes sur leur registre prénom, copinage, récréation, infantilisation, soit nous sommes sur le registre professionnel, vie responsable. Votre contrat de travail n’est pas à votre prénom. Donc, vous engagez la société que vous représentez à mon égard, et par respect pour elle, pour moi et pour vous, vous devez travailler sous votre nom de famille. »

Je suis allé sur le Grand débat, j’ai été très choqué, mais cela n’a rien à voir avec ça, mais je trouve choquant que l’on puisse s’exprimer sans prouver que l’on vote, que l’on est un citoyen. C’est autre chose. Mais après, je regarde, il y a des tas et des tas de propositions, qui sont très, très intéressantes, je suis bluffé, très fort, par contre, qui les signe ? C’est Pierrot, c’est Petit Loulou,... mais en fin, non ! Quand on participe au Grand débat, on le fait en tant que citoyen et on s’affirme sous son identité.

Récemment, Xavier GORCE, un dessinateur, fustigeait les réseaux sociaux en disant : « les réseaux sociaux, c’est de la déresponsabilisation, n’encourage pas la responsabilité, et les gens sous les couleurs qu’ils sont sur le réseau social peuvent se permettre d’envoyer n’importe quoi, n’importe qui ». Je crois que là, il y a des études à faire mais il faudrait revaloriser, pour moi, cette place du nom. Le nom est beau, est intéressant, mais c’est vrai qu’il est discriminant, mais le prénom est discriminant !

Régis BURNET : Oui, le prénom aussi. On va y revenir.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Dans ce cas, tout est discriminant. Le prénom va dénoncer une catégorie sociale. Selon que vous vous appeliez Maeva, ou Christiane ou Marie- Charlotte, …

Jocelyne TARNEAUD : … et même l’âge, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Absolument, entre Nathalie et Alice, il n’y a pas photo.

Jocelyne TARNEAUD : … c’est clair, il n’y a pas photo, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : D’ailleurs il faut penser à tout cela, mais je ne veux pas empiéter.

Régis BURNET : On va en reparler.

Dans ce que disais Jean-Louis BEAUCARNOT - je fais très attention maintenant - il y a quelque chose qui est aussi très biblique, avoir accès aux noms, c’est avoir accès à la personne …

Jocelyne TARNEAUD : … au pouvoir, …

Régis BURNET : Au pouvoir sur la personne, et comme vous disiez à l’intimité, dis-moi ton petit nom …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Dans les sociétés primitives, d’Afrique ou d’ailleurs …

Régis BURNET : Il est bavard …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Dans les sociétés primitives, d’Afrique ou d’ailleurs, il y avait deux noms : le nom secret et le vrai nom de tous les jours, le nom public. Le nom secret était donné à l’enfant et on l’enfouissait symboliquement dans un vase, dans la terre, etc., parce qu’on pensait que ce nom devait être protégé, parce que le connaître donnait un pouvoir sur l’enfant, …

Jocelyne TARNEAUD : … exactement, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : … et là, on n’est pas très loin de ce que vous disiez sur Adam, etc., et dans la Bible quand on change de nom, etc.

Régis BURNET : On va y arriver …

Jocelyne TARNEAUD : … Justement, le nom de Dieu, pour Israël, il est ineffable, cela veut dire que l’on ne peut pas le dire.

Jean-Louis BEAUCARNOT : … personne ne le connaît, …

Jocelyne TARNEAUD : … aujourd’hui, on sait, il y a le Tétragramme, « YHWH », « yodh, il, waw et il », les quatre lettres sont identifiées, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : … mais le Tétragramme renvoie à quoi ? À quelque chose d’indicible, renvoie au néant, renvoie à l’interrogation, …

Jocelyne TARNEAUD : … L’idée, que je souhaitais développer, est la suivante : ce nom, il n’était transmis qu’au grand prêtre, qui était élu, etc., et, il n’avait le droit de le prononcer, même pas de le prononcer mais de le laisser tomber qu’une fois par an, le jour de Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon, quand il avait pénétré, pas seulement dans la cour, pas seulement dans le sein, mais dans le Saint des Saints, c’est à dire l’endroit le plus secret. Là, il avait le droit de laisser tomber, de prononcer le nom, devant l’Arche d’Alliance et les deux chérubins d’or. Et quand il ressortait, il avait le droit, s’il n’était pas mort sur place, parce que Dieu s’était fâché qu’il le prononce étant donné l’état du peuple est le sien, etc., avant, il avait plein de rites d’expiation …

Régis BURNET : Oh, là, c’était très compliqué …

Jocelyne TARNEAUD : … on avait prévu la chose, il était enchaîné à la cheville pour qu’on puisse le tirer, si jamais foudroyé, il mourrait d’avoir osé prononcer le nom. Quand il ressortait, s’il était vivant, il pouvait donner la bénédiction, Dieu donnait, pour un an, le pardon de tous les péchés.

Donc, vraiment se fait, que vous disiez, que le nom a quelque chose à voir avec le pouvoir et que l’on ne convoque pas Dieu comme ça à la petite semaine, c’est une chose très, très profond. Je pense qu’effectivement, le fait que tout le monde appelle tout le monde, comme si on était tous des copains, ce n’est pas si évident que ça, parce que cela donne, comme vous le disiez, accès à quelque chose qui nous est extrêmement personnel.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Le pouvoir, c’est bien cela. On a identité, notre prénom, notre nom, un numéro de sécurité sociale, de téléphone, etc., la personne qui a tout votre identité, elle a du pouvoir sur vous. Si vous rencontrer un officier de police qui veut vous verbaliser, etc., vous êtes Jean-Louis, ça va bien, mais à partir du moment où il à votre identité, il a du pouvoir sur vous, la société a un pouvoir sur vous et tout le monde à un pouvoir sur vous, se sent plus investi de pouvoir à partir du moment où on connaît certains éléments de votre identité, c’est évident, et là on veut se protéger. Je vous dis qu’il y a plein de choses derrière ce glissement et cette évolution.

Régis BURNET : À l’inverse, moi je n’ai pas envie qu’on m’appelle Régis, parce que c’est aussi vouloir entrer dans mon moment intimité, rechercher mon amitié, alors que ce sont des gens que je ne connais pas. C’est aussi une éruption, et peut-être même une forme de pouvoir, en disant : « on est potes, on est copains, … » Non, on n’est pas copain.

Jocelyne TARNEAUD : … C’est ça. Je pense que dans le prénom, nos parents ont mis des choses, que vous évoquiez, qui sont de l’ordre d’un désir, d’une histoire, d’une transmission. Et c’est tout cela qui se trouve à la fois dans notre nom mais dans notre prénom, parce qu’il nous est tellement personnel. Je pense c’est cette intimité, ce Saint des Saints, auquel notre prénom permet d’accéder d’une certaine façon.

Régis BURNET : Je propose qu’on fasse une première pause en entendant un passage très connu de la Bible, justement un passage où on va changer de nom. C’est le fameux passage où Pierre, enfin il s’appelle pour l’instant Simon, fait une confession tonitruante à Jésus, et Jésus le remercie - c’est une question - en lui en lui chantant son nom, il l’appelle Pierre alors qu’il s’appelait Simon. Matthieu 16, 13- 20.

Arrivé dans la région de de Césarée-de-Philippe, Jésus interrogeait des disciplines : « Au dire des hommes, qui est le fils de l’homme ? » Ils dirent : « Pour les uns, Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Il leur dit : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

Prenant alors la parole, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort n’aura pas de puissance contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié aux cieux. »

Alors, il commanda sévèrement aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.

Régis BURNET : Comment vous le lisez ce texte, Jocelyne TARNEAUD, ce changement de nom ?

Jocelyne TARNEAUD : D’abord, je voudrais dire, faire remarquer que Jésus ne dit pas seulement Simon, il dit Simon fils de Jonas. De temps en temps, c’est Jonas, et de temps en temps, c’est Jean, fils de Jean. Là, c’est intéressant parce que c’était Jonas. Simon vient d’une des 12 tribus, qui celui qui n’a pas obtenu de bénédiction de Moïse, parce qu’il s’est très, très mal conduit. Moïse n’a rien dit sur lui pour ne pas avoir à le maudire. Simon, schéma, cela signifie écoute, mais Siméon n’a pas vraiment écouté. Et fils de Jonas, Jonas vous le connaissez, c’est celui de la baleine, lui aussi quelqu’un de réfractaire, qui n’a pas vraiment envie d’y aller. Il faut la baleine, etc., pour qu’il aille à Ninive, où il a été appelé. Mais, en hébreu, c’est Yona, la colombe, donc il est le prophète de la paix, mais il est le prophète des nations, ce qui fait que Simon fils de Jonas, c’est un pécheur, mais aussi pêcheur avec le filet, fils de Jonas, qui est tourné vers les nations. Donc on a déjà une ouverture à l’Église, …

Régis BURNET : Il y a déjà tout un programme, …

Jocelyne TARNEAUD : Exactement ! Et le Christ dit : Tu ne t’appellerais plus comme ça, … - même s’il continue à l’appelais Pierre, dans Jean - mais tu t’appelleras Kēphas en grec, Pierre, ça veut dire tu vas devenir solide, regarde, tu es au fond inachevé, ton écoute n’est pas véritable, parce qu’elle n’aboutit pas sur l’obéissance. Audīre, c’est écouter mais c’est obéir aussi. Il y a une espèce de transformation de l’être, qui est donnée en lui disant : écoute, tu es tout ça par ta chair, et tu deviendras ça part la foi. Donc, on a ce changement du nom de baptême qui est donné. Quand on rentre dans la vie consacrée on change de prénom aussi, …

Régis BURNET : Absolument, …

Jocelyne TARNEAUD : … Donc, il y a un changement d’identité, de nature, qui révèle le travail de la grâce en nous, qui me fait passer du vieil homme, du vieil Adam, à l’homme nouveau, Jésus Christ.

Régis BURNET : C’est comme cela qu’il faut comprendre l’imposition, comme en disait autrefois, du nom de baptême ? Au moment du baptême, normalement les parents connaissent depuis bien longtemps le prénom, on appelle déjà l’enfant ainsi, mais il faut que cela soit rappelé par le prêtre comme un changement de, …

Jocelyne TARNEAUD : Exactement, comme un don de la grâce propre baptême, un changement de nature. Le Christ le dit à Nicodème, si tu ne renais pas d’eau et d’esprit, tu ne rentreras pas, … Il s’agit de renaître, c’est une nouvelle naissance, le baptême. Donc, le nom que l’on nous donne à ce moment-là, même si on l’a reçu de nos parents qui l’on choisit. Quand on est chrétien, on choisit le prénom en fonction du baptême aussi, la plupart du temps.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Autrefois, pendant plusieurs siècles, l’habitude voulait que lors du baptême, cela soit le parrain et la marraine qui donnent le prénom, …

Régis BURNET : Tout à fait, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : … qui donnent leur prénom. Et en réalité, les parents donnent à l’enfant les prénoms du parrain et de la marraine, qui souvent portaient le même masculin et au féminin, Jean et Jeanne, mais tout au moins le prénom du parrain ou de la marraine. Dans les familles cela perturbait beaucoup les généalogistes amateurs, qui s’aperçoivent que dans la même fratrie ils vont avoir trois Claude ou 4 Jeanne. Et ben, oui, parce que l’aînée des Jeanne avait eu pour marraine sa grand-mère paternelle, qui se prénommait Jeanne, donc allons-y pour Jeanne. La deuxième, avait eu la grand-mère de l’autre côté, qui elle aussi était Jeanne, allons-y aussi pour Jeanne. La troisième, avait eu une cousine ou une tante, qui se prénommait Jeanne, donc une troisième Jeanne, on ne se posait pas de question. Et la quatrième, on avait pris comme marraine la sœur-aînée. Et voilà, on avait quatre Jeanne. Dans la vie courante, l’ainé des Jeanne allait peut-être rester Jeanne. La deuxième devenait Jeannette. La troisième Jeanneton et la quatrième, Catherine, on ne sait pas pourquoi. Et c’était fréquent dans toutes les familles, parce que c’était automatique.

Le choix vraiment du prénom qui va se faire en fonction de tout ce que l’on mettre dedans, notamment la consonance, c’est un libre arbitre des parents qui n’arrive, je dirais, qu’à la fin du XIXème siècle, qui va naitre plus tôt dans les classes sociales plus aisées, plus évoluées. C’est comme le prénom double ou multiple, pendant très, très longtemps, dans les familles il n’y avait qu’un nom de baptême. On a vu apparaître, petit à petit, des nous prénoms multiples, au XVIIIème siècle, mais dans les classes dominantes, en ville, mais ça n’est qu’à la fin du XIXème siècle que la pluralité des prénoms va se généraliser un petit peu dans les familles qui avaient envie de donner plusieurs prénoms, avec Marie comme patronage de la Sainte Vierge, avec aussi le fait que quand il y a plusieurs prénoms, dans certaines régions, dans certains milieux sociaux, c’est le premier qui est traditionnellement le prénom dit usuel et dans d’autres, parfois c’était le dernier. Mais, ça dépend des régions, des familles, des milieux, etc. C’est très, très variable. Mais pendant très, très longtemps, nos ancêtres n’avaient qu’un nom de baptême, ce l’on appelle aujourd’hui un prénom, un seul prénom, prénom qui était celui du parrain ou de la marraine. Et, on arrivait comme ça à suivre, en décalé, des transmissions de prénoms entre des oncles et des neveux plutôt souvent qu’entre des pères et des fils. Il y avait des prénoms de famille qui se donnaient comme ça à l’intérieur d’une famille où presque tous les garçons se prénommaient Claude, ou Pierre, etc. Après, vous aviez des prénoms comme les Thaïs, dans certaines familles de la haute noblesse, etc., mais c’était beaucoup plus rare ; mais vous aviez comme ça des prénoms de famille qui se transmettaient plus, souvent, en escalier d’oncle à neveux plutôt que de père au fils.

Régis BURNET : On va arriver à la troisième partie de l’émission, avec la question des modes, du sens qu’on y met actuellement, etc. Je vous propose que l’on fasse une très courte pause, avec un deuxième texte ; cette fois-ci, c’est un texte de Marcel PROUST, que j’ai trouvé assez amusant, où il parle d’un oncle, c’est dans À l’ombre des jeunes filles, 1919, où il parle d’un oncle qui s’appelle Palamède.

L’oncle qu’on attendait s’appelait Palamède, d’un prénom qu’il avait hérité des princes de Sicile ses ancêtres. Et plus tard quand je retrouvais dans mes lectures historiques, appartenant à tel podestat ou tel prince de l’ Église, ce prénom même, belle médaille de la Renaissance – d’aucuns disaient un véritable antique - toujours restée dans la famille, ayant glissé de descendants en descendant depuis le Cabinet du Vatican jusqu’à l’oncle de mon ami, j’éprouvais le plaisir réservé à ceux qui ne pouvant faute d’argent constituer un médaillier, une pinacothèque, recherchent les vieux noms […] et en somme, grâce à ses collections de sonorités anciennes, se donnent à eux-mêmes des concerts à la façon de ce qu’ils acquièrent des violes de gambe et des violes d’amour pour jouer de la musique d’autrefois sur des instruments anciens.

Marcel PROUST, À l’ombre des jeunes filles, 1919

Régis BURNET : Jean-Louis BEAUCARNOT, vous venez de me dire que vous aviez un ancêtre qui s’appelait Palamède, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Pourquoi pas ? Palamède BEAUBERNARD, qui était un petit notable du Charolais au XVIème XVIIème siècle.

Régis BURNET : Justement, est ce que cela dit quelque chose de la mode, parce qu’au XVIème XVIIème siècle, Palamède c’est encore admissible. Visiblement, en 1919, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : On n’en trouve pas beaucoup, pas plus qu’aujourd’hui, …

Régis BURNET : Vous croyez ? En 1919, visiblement PROUST trouve cela, franchement ridicule.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Oui.

Régis BURNET : Pourquoi ?

Jean-Louis BEAUCARNOT : Et Marcel aujourd’hui, le prénom de PROUST ? Vous croyez qu’il est beaucoup donné ? C’est la grande théorie des spécialistes, notamment de Guy et Joséphine DESPLANQUES, qui ont pendant très longtemps publié des livres annuels sur la côte des prénoms ; la grande théorie est qu’un prénom pour revenir à la mode, quand il a été très à la mode, doit passer au purgatoire, doit se faire oublier, pour revenir à la mode. Exemple, vous n’allez pas aujourd’hui prénommer une fille Monique. Monique a été tellement à la mode dans les années 20, où il y a eu, je ne sais plus, une fille sur 15 qui a été prénommée Monique. Aujourd’hui, Monique est très connotée du moins de vue âge, on imagine tout de suite une octogénaire ou une septuagénaire au minimum. Donc, donner à un enfant le prénom Monique, non. Alors que quand aura passé vingt ou trente ans au purgatoire, on pensera à l’aïeule dont on a la photo jaunie, on dira que Monique, c’est délicieusement désuet et on le réinventera. Marcel, a en plus une connotation populaire, le marcel, le tricot, etc., mais Marcel reviendra certainement un jour mais il faut lui laisser le temps. Il n’y a qu’un nom qui ne reviendra pas apparemment, c’est Adolphe, d’où le grand piège du prénom. Autrement cela a été le temps des Jules, et les Jules comment vous revenir dans l’histoire, …

Régis BURNET : Je suis allé regarder sur l’INSEE, 2007 : Gabriel, Louis, Raphaël et le quatrième Jules, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Vous auriez questionné sur Monique, vous n’auriez pas eu plus que des Palamède. Peut-être un ou deux Palamède et une ou deux Monique.

Régis BURNET : Les filles, c’est Emma, Louise et Jade.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Jade, c’est un nouveau registre. Mais Louise et Emma, il y a 40 ans, cela aurait été inconcevable, c’était trop proche, il y avait eu la mode des Louise qui étaient des aïeules, avec leurs vêtements noirs de deuil, leurs jupons, etc., ce n’est pas possible. C’est vrai que donner à l’enfant un prénom n’est pas anodin. Jocelyne vous expliquez que dans la Bible un prénom était un programme. Aujourd’hui, ce n’est plus un programme mais cela va suivre l’enfant pendant toute sa vie. Je disais tout à l’heure que tout est discriminant, prénom est discriminant, entre Marie-Charlotte et Maëva, ce n’est pas la même culture des parents, l’un c’est peut-être Paris 16ème et l’autre c’est peut-être plutôt à Bobigny ou des banlieues populaires. Après, à chacun à chacun d’assumer son prénom, de savoir s’appuyer sur son prénom. Ça d’une part, mais vous avez aussi l’âge des prénoms, donner à un enfant un prénom un peu vieillissant, c’est moins bon. Le prénom arrive en général dans certaines classes sociales et descend petit à petit l’échelle sociale pour se démocratiser et se populariser. Les premières Nathalie d’avant 50, c’étaient dans des familles qui allaient chercher cela on se demande bien où, soit dans des livres, … Après, il y a eu le phénomène Nathalie, on dit que c’est la chanson de Gilbert BÉCAUD [2] Il y a eu le prénom David, c’est David HALLYADAY, c’est le star système qui était à l’origine de ce prénom. Aujourd’hui, donner à un enfant le prénom de David, c’est lui donner déjà 40 ans dans la bobine. Dans 40 ans quand il va se présenter au téléphone on imaginera un octogénaire. Donc, il faut essayer de trouver un prénom qui ne soit pas trop daté ou la table, et plutôt anticiper la mode, en donnant, si possible, en à l’enfant un prénom qui n’est pas à la mode mais qui risquent de le devenir, pour essayer de le rajeunir de 10 ans. Alors, Palamède, cela ne marchera jamais, mais il y a des prénoms qui, en cherchant bien, on voit qu’ils frémissent. Ils sont là, c’est un peu timide. Joséphine DESPLANQUES disait que souvent, dans les classes CSP +, on testait les prénoms, on les donnait d’abord aux chiens …

Jocelyne TARNEAUD : Quelle idée !

Jean-Louis BEAUCARNOT : … On a peut-être commencé par donner Marcel ou Jules, puis ensuite on les récupère pour l’enfant, … Tout cela est très subtile, il y a plein de chose. Je ne suis pas un spécialiste de l’histoire des prénoms. Je constate.

Jocelyne TARNEAUD : Au début de ma carrière, j’ai travaillé chez un couturier, Monsieur COURREGES, qui voulait évidemment se démarquer, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Il était en avance sur la mode des Christian, …

Jocelyne TARNEAUD : … Il a appelé sa fille Clafoutis parce que sa femme faisait un clafoutis le jour où elle a appris qu’elle était enceinte. Mais, quand il a été la déclarer, à cette époque-là on lui a refusé, on lui : « Ce n’est pas possible, vous ne pouvez pas donner un nom de gâteau, … »

Régis BURNET : Il faut être raisonnable, …

Jocelyne TARNEAUD : … donc, il a rajouté Marie devant.

Régis BURNET : Marie-Clafoutis ?

Jocelyne TARNEAUD : … Marie-Clafoutis.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Marie-Clafoutis pour l’État civil, mais comment l’appelle-t-on ? Titi ?

Jocelyne TARNEAUD : Je ne sais pas, j’ai perd le contact depuis longtemps. À l’époque, c’était une chose qui m’avait semblé assez étrange mais aujourd’hui, on forge des prénoms. C’est la sonorité qui va compter, l’orthographe n’a plus beaucoup de sens. On va écrire le même prénom avec des orthographes très, très différentes, phonétique généralement.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Vous avez cela pour Jocelyne.

Jocelyne TARNEAUD : C’est vrai. Mon prénom je le dois à Milly-Lamartine, le village près du Mâconnais, où séjournait Monsieur de LAMARTINE. Mon père voulait un garçon et j’étais la deuxième fille en 14 mois. Maman avait préparé Bernard, à cause de Barnard de CLAIRVAUX …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Pourquoi pas Ombeline pour vous alors ?

Jocelyne TARNEAUD : Non, il n’y a pas pensé. Elle a pensé Jocelyne, à cause de Jocelyn.

Régis BURNET : Ça, il faut l’expliquer parce que tous les téléspectateurs ne le savent pas, …

Jocelyne TARNEAUD : Jocelyn est une œuvre …

Régis BURNET : La grande œuvre d’Alphonse de LAMARTINE.

Jocelyne TARNEAUD : Exactement Jocelyn ! Que dire ? J’ai toujours écrit toute ma vie. J’aime écrire, peut-être que j’ai été …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Peut-être parce qu’on vous a raconté que l’on vous a choisi Jocelyne à cause de Jocelyn.

Jocelyne TARNEAUD : … assez tardivement.

Régis BURNET : Vous pensez que le prénom vous a déterminé ?

Jocelyne TARNEAUD : … Non, je pense que j’aimais cela, mais au fond, j’étais contente de ce patronage, parce que je trouvais que Jocelyne à l’époque où j’étais jeune, Monoprix, Prisunic, etc., en avait fait sa marque de produits de beauté et je trouvais cela très dévalorisant alors que Jocelyn de LAMARTINE ça le faisait quand même !

Jean-Louis BEAUCARNOT : Vous avez aussi tous les problèmes des prénoms quand on redonnait à un enfant le prénom d’un mort de la famille, un grand-père ou un grand frère. Salvador DALI, par exemple avait eu deux frères avant lui. Il était l’aîné mais en réalité, il avait deux autres qui se prénommaient Salvador : Salvatore + sauvé. Faire porter un deuil comme ça, ce n’est pas anodin. Vous avez ainsi des personnes qui portent un prénom trop vieux pour elle et quand on pose la question : « Oui, quand je suis née on venait de perdre une sœur de ma mère, etc. … faire porter le deuil, ce n’est pas facile.

Régis BURNET : Est-ce que vous pensez, comme je le disais en introduction, que cela peut être une fatalité, un prénom ? Que c’est, vous avez dit « porter » - on le dit d’ailleurs, porter un prénom -, ça peut être un fardeau ?

Jean-Louis BEAUCARNOT : Fardeau, je ne sais pas, c’est quelque chose que vous ne choisissez pas. Le nom, personne ne le choisit. Le prénom, vos parents vous le choisissent, avec des intentions ou des émotions, une sonorité, ou un amalgame avec le nom, il faut quand même tout peser. Mais aucun de ces éléments-là n’est choisi par soi. C’est pour cela qu’aujourd’hui ce qui ne marche beaucoup, c’est le pseudonyme. Sur les réseaux sociaux dont on parlait tout à l’heure et à des tas de niveaux on s’affiche sous un nom qu’on se forge, qu’on se fabrique, qui ne va être pas être forcément valorisant, mais dans lequel on va se sentir bien, un prénom peut-être un peu infantile, peut-être protecteur, on veut rester enfant …

Jocelyne TARNEAUD : … Un nom doudou, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Absolument ! Alors que le pseudonyme est quelque chose d’assez récent. Le pseudonyme à l’origine, il était choisi par qui ? Comment ? En général des gens qui allaient dans certains domaines (littérature, théâtre, …), qui s’exposaient, qui étaient eux-mêmes issus de familles qui n’étaient pas des familles du tout-venant, où avoir un saltimbanque parmi ses membres n’étaient pas bien vu du tout, …

Régis BURNET : L’exemple type, c’est STENDHAL …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Exactement ! Donc, pour protéger la famille, mais aussi pour s’affranchir, de cette famille bourgeoise, qui avait ses codes que l’on refusait, les gens se choisissaient un pseudonyme, où ils allaient s’offrir un prénom rajeunissant ou un prénom original, un nom valorisant, un nom dans l’air du temps, un nom anglo-saxon à l’époque des Yéyés, Bob DYLAN, Johnny HALLYDAY, etc. Un nom qu’on se forgeait complètement. Et là, est-ce que ce n’est pas quelque part devenir un peu apprentis sorciers ? Normalement, on n’a pas de maîtrise, on n’a pas de pouvoir sur son identité. Là, on fait un pied de nez à la société, on se forge un nom, sauf que c’est un nom sous lequel on va souvent se cacher. Aujourd’hui, il y a eu les vitres fumées qui ont eu un grand succès, elles vous permettent de vous cacher. Le pseudonyme sur les réseaux sociaux, vous permet de vous cacher, l’usage du prénom dans la vie quotidienne, et surtout dans la vie officielle, la vie publique, la vie au travail, je reviens à mon obsession, vous permet de vous cacher, de vous protéger, est-ce que c’est l’un ? Est-ce que c’est l’autre ? Est-ce que c’est tout cela ? Il y a quelque chose. Il y a une évolution de la société qui fait que l’identité peut être dérangeante.

Jocelyne TARNEAUD : Oui, parce qu’on a quand même aujourd’hui la possibilité, on tapante quelques clics, d’avoir accès à votre vie et votre à profil, …

Jean-Louis BEAUCARNOT : Je croyais que vous alliez dire, en tapant sur son clavier on a accès à internet, on a accès à toute la connaissance, on devient l’égal de Dieu, comme lorsqu’Ève a fait manger le fruit du paradis perdu, mais il y a quelque chose de ce côté-là aussi.

Jocelyne TARNEAUD : … d’avoir ce souci de chercher pourquoi j’ai choisi telle chose ? Pourquoi telle autre ?

Régis BURNET : Pourquoi j’ai choisi le prénom de mon enfant pour revenir à notre sujet, faire attention à toutes ces choses-là, …

Jocelyne TARNEAUD : … exactement, parce qu’il y a des enfants qui vont trainer, comme vous l’avez dit, leur prénom, leur prénom, le porter comme un fardeau.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Ce n’est pas un gadget pour les parents. Il faut essayer de se projeter, de projeter l’enfant dans un monde que l’on ne connait pas encore mais il faut au moins éviter certaines erreurs. Il ne faut pas se prendre la tête non plus.

Jocelyne TARNEAUD : … C’est ça. Un prénom qui fait qu’un enfant est ridicule en cour de récréation ou est en bute à de la moquerie, ce n’est franchement pas lui rendre service.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Oui, mais est-ce que tout prénom et tout nom de famille ne peut pas donner lieu à des jeux de mots, etc. ? C’est une question de solidité, de la personnalité de l’enfant. Est-ce qu’un prénom, un nom de famille ne va pas le forcer à réagir, à se forger une personnalité, à s’impose, à s’affirmer ?

Jocelyne TARNEAUD : … bien sûr …

Régis BURNET : Oui, mais on ne va pas faire en sorte que …

Jean-Louis BEAUCARNOT : D’un prénom handicapant, il va faire en sorte de rebondir, le transformer en atout.

Régis BURNET : D’autant que vous me disiez, cela m’a surpris, qu’on changeait assez peu de prénom. Moi, je pensais que l’on changeait beaucoup.

Jean-Louis BEAUCARNOT : Changé de nom, donc d’identité officielle, quand on a un nom lourd à porter parce que jugé déshonorant, ridicule, etc. Il y a une ministre qui se nommait PUCELLE, qui a préféré devenir PUGELLE, avec juste un changement de lettre changer, ça change tout, mais vous avez des noms d’origine étrangère qui non seulement peuvent être ressentis comme discriminants mais qui surtout, surtout vont en voir l’inconvénient d’être imprononçables, impossible à épeler, à retenir, etc., donc là, le nom est quand même un outil de police générale, le changer n’est pas anodin, et c’est un parcours du combattant, il faut que la motivation soit très forte. Vous avez eu par exemple les Juifs qui ont changé de nom pour se protéger après l’holocauste, etc., bien souvent les petits enfants veulent refaire la démarche inverse, là on leur dit : non, il est prévu que le changement de nom vous permettre de vous refondre dans la société mais pas au contraire de vous démarquer. Donc, on leur dit : niet ! Il faut donc penser à tout cela, ce n’est pas anodin. Changer de nom, là on a vraiment besoin que l’État intervienne, mais pour changer de prénom, on ne revient, c’est la sphère du privé. Donc changer de prénom, en général on s’accommode très bien, on se donne un pseudonyme ou bien on se change de prénom, on a le prénom d’État civil sur la pièce d’identité et dans la vie courante, on dit aux copains, à la famille : Louis je ne veux plus, Palamède, je ne veux plus, vous m’appelez Édouard, ou Titi, et voilà. La dénomination de l’intime, on arrive à la maîtriser, il y a donc moins de changements officiels de prénom.

Régis BURNET : Bien, écoutez merci beaucoup, parce que je crois que le message …

Jean-Louis BEAUCARNOT : On n’est pas arrivé au bout, il y a tant de change à découvrir, …

Régis BURNET : On n’est pas arrivé au bout, mais malheureusement on est arrivé au bout du temps. On vous réinvitera l’un et l’autre.

J’ai gardé un peu de temps parce que j’aimerais que vous nous présentiez un peu ce que vous nous avez amené l’un et l’autre. Jocelyne TARNEAUD, vous nous avez amené des CD, qui sont difficile à montrer. Expliquez-moi.

Jocelyne TARNEAUD : Cette année, avec mon fils Étienne TARNEAUD, avec lequel je travaille, parce que ce qu’il s’occupe des notes, …

Régis BURNET : On ne va pas vous demander pourquoi vous avez choisi ce prénom, …

Jocelyne TARNEAUD : Étienne, le couronné ! vous voyez, cela va bien. On a beaucoup travaillé cette année : une comédie musicale sur Joseph, que l’on a faite toute cette année scolaire, jusqu’à la mi-février. Et là, on a fait deux CD sur les Évangiles du temps de Noël et de Pâques. Le prochain concert que va donner Étienne, à l’espace Bernanos, cela sera sur Pâques, le 22 mars.au fond, cela permet de traverser toute l’année liturgique avec ses concerts, à peu près tous les mois, à l’espace Bernanos. Si vous voulez nous retrouver, là on n’a pas la troupe, les décors, etc., c’est plus intimiste, il introduit chaque Évangile mis en musique avec : Pourquoi on a choisi cet angle ? Pourquoi quand on fait l’Annonciation, c’est l’ange Gabriel qui parle ? Pourquoi chaque angle n’est pas forcément celui qui saute aux yeux quand on ouvre l’Évangile ? Pour avoir justement ce regard un peu différent qui renouvelle l’écoute.

Régis BURNET : Et vous continuez votre série : La Bible pas à pas, c’est le tome 2

Jocelyne TARNEAUD : Oui, là c’est le tome 2, mais le dernier, c’est David, et c’est le tome 5. Le tome 2 m’a servi de livret pour écrire sur Joseph et ses frères.

Régis BURNET : Toute la série se trouve chez Lethielleux.

Jocelyne TARNEAUD : Chez Lethielleux-Artège, vous savez qu’ils ont changé, ils peuvent s’appeler ou Artgège ou Lethielleux.

Régis BURNET : Et Jean-Louis BEAUCARNOT, Nos ancêtres étaient-ils plus heureux ?

Jean-Louis BEAUCARNOT : Je ne sais pas.

Régis BURNET : Bonne question !

Jean-Louis BEAUCARNOT : C’est une bonne question, j’en avais marre de l’entendre, donc je suis allé me lancer dans des parallèles, en montrant comment ils voyageaient autrefois, comme on voyage aujourd’hui, comment ils vivaient autrefois au quotidien chez eux et aujourd’hui, etc., et mes petites aventures sur les plates formes où finalement, après avoir tapé étoile, machin, etc., et insisté pour qu’on me donne le nom, que l’on ne veut pas me donner, en général on me raccroche au nez et il faut recommencer, retaper étoile, machin, etc. Je propose ces parallèles pour que chacun à partir de là réfléchisse et conclue « nos ancêtres étaient peu plus heureux oui ou non »

Régis BURNET : Et finalement, vous, …

Jocelyne TARNEAUD : C’est une question très ouverte.

Jean-Louis BEAUCARNOT : C’est une question très, très ouverte. Il est très, très difficile d’apporter la réponse, qui ne tient pas forcément en un oui et un non. La question pourrait être : Aurions-nous, nous, pu vivre dans le monde de nos ancêtres ?

Régis BURNET : C’est la vraie question.

Nos ancêtres étaient-ils plus heureux ? C’est aux éditions Jean-Claude Lattès.

Merci vraiment à tous les deux de nous avoir fait partager votre science sur le prénom, sur le nom, et surtout sur l’identité.

Merci de nous avoir suivis. Vous savez que vous pouvez retrouver cette émission sur le site internet de la chaîne www.ktotv.com

On se retrouve la semaine prochaine.

À la semaine prochaine

notes bas page

[1

Extrait de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens

05 Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus,
06 ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
07 Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect,
08 il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
09 C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
11 et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

[2

Parole de la chanson Nathalie, écrite par Pierre DELANOË, composée et chantée par Gilbert en 1964

Nathalie
La place Rouge était blanche
La neige faisait un tapis
Et je suivais par ce froid dimanche
Nathalie
Elle parlait en phrases sobres
De la révolution d’octobre
Je pensais déjà
Qu’après le tombeau de Lénine
On irait au café Pouchkine
Boire un chocolat
La place Rouge était vide
J’ai pris son bras, elle a souri
Il avait des cheveux blonds, mon guide
Nathalie, Nathalie
Dans sa chambre à l’université
Une bande d’étudiants
L’attendait impatiemment
On a ri, on a beaucoup parlé
Ils voulaient tout savoir
Nathalie traduisait
Moscou, les plaines d’Ukraine
Et les Champs-Élysées
On a tout mélangé
Et l’on a chanté
Et puis ils ont débouché
En riant à l’avance
Du champagne de France
Et l’on a dansé
Et quand la chambre fut vide
Tous les amis étaient partis
Je suis resté seul avec mon guide
Nathalie
Plus question de phrases sobres
Ni de révolution d’octobre
On n’en était plus là
Fini le tombeau de Lénine
Le chocolat de chez Pouchkine
C’est, c’était loin déjà
Que ma vie me semble vide
Mais je sais qu’un jour à Paris
C’est moi qui lui servirai de guide
Nathalie, Nathalie

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