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Blaise PASCAL : Pensées

Blaise PASCAL : Pensées, émission de La Foi prise au Mot du 31 mars 2019, transcrite par Taos AÏT SI SLIMANE. Si vous souhaitez apporter des corrections à cette transcription, et /ou faire des commentaires, vous pouvez m’écrire à cette adresse tinhinane[arobase]gmail[point]com

Présentation sur le site de l’émission : Nous poursuivons notre série pour accompagner votre Carême par les grands textes de la mystique en nous rendant cette fois-ci au cœur du 17e siècle pour retrouver Blaise PASCAL. À première vue, PASCAL, c´est le type même du scientifique et du philosophe, tellement compatible avec une vision étroite de la laïcité qu´il n’a dérangé ni la IIIe République, ni les rationalistes. Mais en réalité, au-delà des traités de calcul et de physique, ou bien des Provinciales, il y a les Pensées, ce livre resté inachevé, à mi-chemin entre la philosophie et la théologie, entre l´esprit scientifique et la mystique. Le livre d´un homme qui connut le 23 novembre 1654 une nuit de feu qu’il décrit comme « joie, joie, pleurs de joie ». C´est donc à ce grand livre, qui eut une très grande postérité, que nous consacrons notre émission d´aujourd’hui, avec deux invités : Hélène MICHON, philosophe, maitre de conférences à l´Université François Rabelais de Tours, et pendant toute la série, le père François POTEZ, curé de la paroisse Notre-Dame du Travail, à Paris.

Blaise PASCAL : Pensées

Régis BURNET : Bonjour et merci de nous retrouver pour La foi prise au mot, votre rendez-vous de formation et de réflexion chrétienne. Nous poursuivons notre série pour accompagner votre Carême par les grands textes de la mystique, en nous rendant cette fois-ci au cœur du XVIIème siècle pour retrouver Blaise PASCAL. À première vue, Pascal c’est le type même du scientifique et du philosophe tellement compatible avec une vision étroite de la laïcité qu’il n’a dérangé ni la Troisième République ni les rationalistes. Mais, en réalité au-delà des traités de calcul et de physique ou bien des Provinciales, il y a Les Pensées, ce livre à mi-chemin entre la philosophie et la théologie, entre l’esprit scientifique et la mystique, le livre d’un homme qui connut nuit de feu, qu’il décrit comme « … joie, joie, pleurs de joie, … » C’est donc à ce grand livre, Les Pensées, que nous consacrons notre émission d’aujourd’hui, avec deux invités : Hélène MICHON, bonjour !

Hélène MICHON : Bonjour.

Régis BURNET : Vous êtes maître de conférences en littérature française, à l’Université de Tours et vous êtes spécialiste de PASCAL.

Et, comme pendant tout ce cette série de Carême, père François POTEZ, Bonjour !

François POTEZ : Bonjour.

Régis BURNET : Vous êtes curé de Notre-Dame du Travail.

Peut-être pour commencer, Hélène MICHON, êtes-vous d’accord avec mon lancement ? Êtes-vous d’accord avec l’idée que ce PASCAL, qui est quand même très, très religieux, dans nos canons à nous, très, très « catho », entre guillemets, en fait c’est une sorte de saint laïc.

Hélène MICHON : L’expression me paraît douteuse, mais je pense que PASCAL a remporté plusieurs batailles dont une qui consiste à rendre aimable la recherche de la vérité. Je pense qu’avec lui la notion de vérité échappe, disons, au conflit foi /raison et qu’il a réussi à en faire une enquête universelle. Donc, avant de le ranger, me semble-t-il, d’un côté ou d’un autre, peut-être même avant de voir le croyant, on voit celui qui cherche la vérité et qui le fait d’une manière telle qu’elle ne rebute personne. Ça, je trouve que c’est un vrai gain.

Régis BURNET : Pourquoi ? Parce que l’on va l’on va faire très brièvement, comme d’habitude, une sorte de retour sur la vie de PASCAL, c’est quand même une vie, je vais dire un ultra, PASCAL. C’est quelqu’un qui est un peu un intransigeant. Il est très chrétien, très, très pieu.

Hélène MICHON : Il est très chrétien. Quand on dit de quelqu’un qu’il est très chrétien, je crois qu’on renvoie à des certitudes ou à des convictions qui donnent toujours l’impression d’un résultat, quelqu’un qui est parvenu à bon port. Avec PASCAL, on a un chrétien, mais je dirais un chrétien qui est dans une quête permanente, et la dimension de recherche est sans doute plus importante que celle de possession. D’une certaine manière, c’est une façon de nous dire à quel point la vérité est infinie, parce qu’en fait on ne la possède jamais. Donc, que vous soyez au début, au milieu ou à la fin on est tous dans la même situation, qui est finalement de chercher la vérité. Donc il n’est pas dans l’impulsion de celui qui sait par rapport à celui qui ne sait pas.

Régis BURNET : Ça, cela doit vous plaire, père POTEZ.

François POTEZ : Beaucoup, beaucoup.

Régis BURNET : Un vrai chrétien ce n’est pas celui qui détient la vérité.

François POTEZ : Moi, je confesse que je suis non seulement pas spécialiste de PASCAL mais que n’y connais pas grand-chose. J’ai lu des petits bouts au cours de mes études, pas beaucoup au cours de mes études de théologie, mais cet aspect-là me passionne. Je vous écoute avec grand intérêt, parce que chercher, c’est vraiment l’objet de toute la vie chrétienne. Plus on s’en approche et plus on s’aperçoit qu’il est loin, plus on s’aperçoit qu’il est au-delà de ce qu’on croit connaître. Et cela, je le trouve très, très intéressant. Je suis toujours très méfiant en effet devant des personnes qui croient connaître, qui savent et qui possèdent. Alors, là, moi je suis je me sens complètement démuni. Dans tous les domaines de la foi, dès qu’on est en face de quelqu’un qui sait, on est perdu, on n’a plus rien à lui dire. Le propre de la vie chrétienne c’est qu’elle cherche. Et si PASCAL est un maître dans ce domaine alors il vaut la peine d’être étudié, ça c’est sûr.

Régis BURNET : Ouf, on peut continuer l’émission, vous avez l’imprimatur smiley sourire

Rappelons rapidement sa vie. Là aussi je reviens sur mon introduction. Êtes-vous d’accord avec l’idée qu’il y a une partie un peu scientifique et une partie plus théologique, mystique, polémique ?

Hélène MICHON : PASCAL le dit lui-même dans un fragment autobiographique. Il découpe en quelque sorte sa vie en trois : il y a le domaine des sciences abstraites, des sciences exactes, comme il les appelait, vis-à-vis desquelles il a fait des prouesses, mais il s’en est détournées, vu le peu de communication qu’on pouvait en avoir ; après il s’est tourné vers la science de l’homme, une sorte de recherche anthropologique ; et finalement le grand objet de sa quête, qui est la quête de Dieu. Et, on peut voir dans son parcours jusqu’à 20 ans, parce qu’évidemment tout va très vite, PASCAL meurt à même pas 40 ans, une des avancées dans le domaine scientifique, du plus abstrait au plus concret, il ne faut pas oublier que PASCAL est aussi l’inventeur des carrosses à 5 sous, des premiers transports en commun, …

Régis BURNET : Les taxis, ...

Hélène MICHON : Voilà, … pas des Uber mais des taxis. C’est aussi une intelligence au service du bien commun et ce qui caractérise aussi sa capacité intellectuelle, c’est que PASCAL cherche à communiquer. Aujourd’hui on est dans l’ère des communicants, cela peut paraître étonnamment moderne, mais il veut trouver la vérité, avec l’idée que la vérité va unir et non pas désunir. Je trouve qu’aujourd’hui on pense la vérité souvent en termes d’intransigeance et d’égocentrisme, ici on a une vérité qui conduit à la communion. Et ça, il le dit. Il s’est détourné de certaines sciences pour le peu de communication qu’on peut en avoir. PASCAL est un être de relation, ce n’est pas suffisamment mis en valeur, parce que sa dimension de génie l’isole un peu, il n’a pas d’école, pas disciples, pas de maître, donc il est tout seul, mais les vérités qu’il n’a cessées de poursuivre, il les poursuivait aussi dans un souci de bien commun, de pouvoir en faire partager les autres et d’apprendre des autres.

Régis BURNET : Est ce qu’il y a des différences entre ces trois vies ? Où est-ce qu’il en voit l’unité ? Y-a-t-il une raison calculatrice puis une raison spirituelle ? Est-ce que pour lui c’est la même raison ?

Hélène MICHON : Il y a un texte qui est beaucoup pour la biographie de PASCAL, c’est la biographie rédigée par sa sœur, elle donne une clef, c’est justement ce que je disais, la question de la vérité. Depuis l’âge de 10 ans, cet enfant cherche le vrai. Il le cherche dans les mathématiques, il le cherche dans la géométrie, puis il va le chercher dans l’homme et finalement en Dieu. Ça, je crois que c’est la ligne de fond. Après, ce qui est très intéressant avec PASCAL, c’est que c’est un peu l’intelligence aux mille facettes, parce qu’on a une intelligence dite très spéculative, comme vous le mentionnez en introduction, mais on a aussi une intelligence pratique, on a l’esprit de géométrie qui est très linéaire, puis on a l’esprit de finesse qui fonctionne beaucoup plus de manière intuitive, et enfin on a le cœur, chez PASCAL, qui une sorte de pôle à la fois intellectuel et affectif, qui va être le point de contact avec Dieu.

François POTEZ : Dans ce que vous dites, ce qui est très intéressant, je trouve, c’est cette recherche de vérité, toujours, qui domine. Par rapport à notre époque, aujourd’hui on est dans le principe chacun sa vérité, chacun fait sa vérité, chacun a sa vérité, c’est ma vérité. Et dans ce domaine, si chacun a sa vérité on ne peut plus discuter, parce qu’on cherche plus la même chose. On essaye de mettre dans un dénominateur commun les vérités de chacun mais on fait une espèce de consensus le plus faible possible, mais qui ne cherche plus rien, qui n’est plus en avancée, qui n’est plus dynamique. Je pense qu’aujourd’hui on manque de maîtres dans la recherche de la vérité et dans la conviction. Je relève encore ce que vous dites, il cherche la vérité d’abord dans la géométrie puis dans l’homme puis dans Dieu, il y a une progression, et je trouve cette idée de progression dans cette recherche tellement importante. Dans l’éducation par exemple, chez les jeunes, cela me paraît une dimension essentielle, leur apprendre la recherche de la vérité au lieu de leur donner une espèce de système tout fait, ce qu’on a tendance à faire aujourd’hui, ou chacun son système. On est tous en route vers quelque chose, je trouve cela très beau.

Hélène MICHON : Pour aller dans votre sens, un fragment qui plaît en général aux étudiants, c’est le fragment dans lequel PASCAL dit qu’on est davantage convaincu par les raisons qu’on a soi-même trouvées. Donc, même si la vérité nous est d’une certaine manière extérieure, puisque pour lui la vérité c’est Dieu, il n’empêche que PASCAL appelle à penser, c’est-à-dire que chacun doit fournir ce travail de la raison, que personne ne peut faire à notre place. Donc, on ne peut pas faire l’économie de la recherche du raisonnement, de la quête. Ça, c’est quelque chose qui lui tient à cœur.

Régis BURNET : Et si je peux me permettre, je pense que c’est vrai aussi des vérités de foi.

François POTEZ : Oui, bien sûr.

Régis BURNET : Et je veux dire par là, il faut les croire, etc., mais il faut aussi les rechercher pour comprendre ce que cela veut dire.

François POTEZ : Bien sûr. Il y a un contenu et un donné de la foi mais j’en cherche toujours la source. Je n’ai jamais atteint cette source. Je ne me contente pas d’une récitation d’un Credo, qui ne donne qu’un cadre, qui est en réalité le support pour chercher plus loin.

Hélène MICHON : Dans cet ordre d’idée, finalement pour PASCAL, le fait de vouloir « convaincre », entre guillemets, comme il est dans une démarche apologétique, cela oblige constamment à essayer de retrouver ce qu’il y a de convaincant dans les vérités de la foi. Donc, c’est un travail incessant de l’intérieur pour se dire comment mieux faire comprendre, mieux saisir, et cela vaut aussi pour lui. C’est pour cela que c’est effectivement très dynamique, comme vous le disiez.

Régis BURNET : L’un des aspects aussi de la vie de PASCAL, évidemment, c’est son expérience mystique de 1654. On va y revenir, parce que le premier texte qu’on va lire, cela sera cela, mais rapidement, de quoi il s’agit ?

Hélène MICHON : Il le dit lui-même, c’est une intense, une espèce de fulgurance, expérience de Dieu. Un soir, à une heure déterminée, puisqu’il écrit de 22h30 à …, il va avoir le sentiment de la présence, de la proximité de Dieu. C’est très beau, parce que cette expérience n’éteint pas là quête. PASCAL cherche Dieu, il va faire l’expérience de ce qu’effectivement Dieu on le trouve par les voix de l’Évangile, comme il le dit, et à partir de là il va continuer à chercher et à faire en sorte que d’autres le trouvent. Cette expérience de Dieu le pousse encore plus dans la recherche. Mais j’aime réunir au terme de recherche, le thème de désir. En fait, je pense que ce qui est lié à la recherche qui n’est jamais qu’intellectuelle chez PASCAL, c’est le désir de Dieu. Donc, d’une certaine manière, le désir grandit au fur à mesure que l’on se rapproche.

François POTEZ : Vous mettez le désir dans l’intelligence, dans l’affectivité ? Vous le mettez où le désir ?

Hélène MICHON : C’est le cœur pascalien, c’est les deux. C’est une espèce de centre profond de la personne. Le cœur chez PASCAL, c’est un peu comme le cœur dans la Bible, c’est vraiment le noyau dur de la personnalité. Je dirais que c’est peut-être cela aussi qui fait l’universalité de PASCAL, c’est que l’on va vers Dieu, l’homme va vers Dieu avec tout son être, et même le corps.

François POTEZ : Est-ce que - c’est une notion qui m’est chère - qu’on peut parler de l’intelligence du cœur ?

Hélène MICHON : Oui. PASCAL parlait des raisons du cœur. Le cœur sans Dieu, ça c’est son expression et dans le sentiment, ce n’est pas quelque chose de sentimental, mais c’est l’idée qu’il y a une sorte d’immédiateté de Dieu. Vous voyez ? C’est curieux, parce qu’on a tendance aujourd’hui à penser que le grand siècle, c’est le siècle de la transcendance de Dieu, qui est loin, … mais PASCAL n’est pas le cardinal de BERULLE, qui va justement aller dans le sens des grandeurs de Dieu. Chez PASCAL, Dieu est à la fois caché et très proche, « plus intime à moi-même que moi-même » Là, on sent AUGUSTIN. Il y a une expérience de Dieu. C’est pour cela je crois que l’on peut utiliser le terme de mystique, même si chez les pascaliens c’est quelquefois sujet à débat.

Régis BURNET : C’est intéressant, c’est sujet à débat pourquoi ? C’est sujet à débat parce qu’on veut garder – c’est ce que vous disiez au début - une forme d’œcuménisme de PASCAL qui parle à tout le monde et on a un peu peur de ce mot mystique ? Ou est-ce parce que il y a une vraie raison ?

Hélène MICHON : Je pense que le vrai débat est sur le terme de mystique, soit on entend mystique dans un sens très restreint des degrés de de raison, dans la figure de PROUST et Thérèse d’Avila, auquel cas effectivement on n’a pas de développement mystique chez PASCAL ; soit on entend mystique - moi c’est plutôt comme ça que je le comprends toujours - dans la ligne par exemple de Louis BOUILHET qui dit que : « mystique, c’est entrer dans le mystère de Dieu », on a un long fragments sur le mystère de Jésus dans Les pensées de PASCAL et à ce moment-là PASCAL est éminemment mystique, puisque pour lui, je dirais, que le sens de la vie consiste à essayer de rentrer d’un mystère de Dieu. Et là où il est très fort, c’est qu’il dit : « Vous ne voulez pas rentrer dans le mystère de Dieu ? Alors vous resterez avec le mystère de l’homme, parce que l’homme lui-même est un mystère s’il ne se réfère pas à Dieu ».

Régis BURNET : Je vous propose finalement qu’on entende ce Mémorial, ce qu’il a écrit à juste après cette expérience mystique. C’est écrit en 1654, et cela fait partie, vous me l’avez rappelé, des « Pensées, …

Hélène MICHON : Cela a été glissé par l’éditeur.

Régis BURNET : Voilà, la plupart du temps on le met dans le livre des Pensées. On écoute ce Mémorial de 1654.

L’an de grâce 1654.
Lundi, 23 novembre, jour de saint Clément, pape et martyr et autre au martyrologue,
Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres.
Depuis environ 10 heures et demie du soir jusques environ minuit et demi,
Feu.
Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants
Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix.
Dieu de Jésus-Christ.
Deum meum et Deum vestrum. Jean 20/17
« Ton Dieu sera mon Dieu »
Oubli du monde et de tout, hormis Dieu.
Il ne se trouve que parmi les voies enseignées dans l’Évangile.
Grandeur de l’âme humaine.
« Père juste, le monde ne t’a point connu, mais je t’ai connu ».
Joie, joie, joie, pleurs de joie.
Je m’en suis séparé.
Dereliquerunt me fontem aquae vivae.
« Mon Dieu me quitterez-vous ? »
Que je n’en sois pas séparé éternellement.
« Cette est la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »
Jésus-Christ,
Jésus-Christ,
Je m’en suis séparé ; je l’ai fui, renoncé, crucifié,
Jean 17 que je n’en sois jamais séparé. Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l’Évangile.
Renonciation totale et douce.
Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur.
Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre.
Non obliviscar sermones tuos.
Amen.

Blaise PASCAL, Le Mémorial, 1654

Régis BURNET : Ce qui veut dire : « Je n’oublierai pas tes paroles », c’est cela qui est très frappant dans ce Mémorial, c’est quelque chose de très intime. On sent que c’est une expérience très personnelle, et ce qui vient le plus - les téléspectateurs l’ont senti – il y a souvent les références qui a été mises, mais quelquefois on a on a juste la référence, c’est la Bible. L’expérience mystique se dit par la Bible.

Hélène MICHON : Oui. Et ça, je dirais que c’est peut-être cela qui bloque certains pour l’utilisation du mot mystique, parce qu’on a tendance à penser la mystique comme la non-médiation. Or, on a deux médiations chez PASCAL, d’une part évidemment la Bible, c’est une sorte de lectio divina finalement ce Mémorial, et d’autre part l’Église. Mais je ne crois pas que on puisse définir la mystique comme une absence de médiation. Je pense que la mystique c’est rentrer dans le cœur de Dieu, comme le dit PASCAL, la sainte écriture demeure l’accès premier et l’Église le lieu adéquat. Alors, il y a moins de présence ecclésiologique chez PASCAL qu’il n’y a de présence biblique, mais pour lui ce sont les chemins d’accès. Il y a quand même un chemin pour aller vers Dieu et ce n’est pas antimystique de parler d’un chemin puisque le Christ dit qu’il est à la fois le chemin et le terme. Je dirais qu’avec Dieu on a Dieu et le mode d’emploi pour aller à Dieu, qui est la deuxième personne de la trinité. Ça, c’est un point qui est, …

Régis BURNET : Je crois que cette discussion est très importante, parce que on tourne autour avec toutes nos œuvres à ces mystiques, heureusement nous avons prévu de parler de Jean de La Croix dans quelques semaines, donc là on sera justement dans quelque chose d’un peu à la limite de la médiation, il n’y a presque pas de médiation chez Jean de La Croix, mais rappelons-nous que la mystique ce n’est pas uniquement moi et mon créateur.

François POTEZ : Absolument ! D’abord je voudrais dire la mystique c’est ce qui manque le plus à notre époque. On a une époque qui résonne, qui est froide, une intelligence un peu un peu froide. La mystique, c’est une expérience – ce que vous avez dit - du cœur, une expérience qui n’est pas intellectuelle seulement, c’est pour cela que je parlais de l’intelligence du cœur, cette mystique est terriblement nécessaire à notre à notre monde. J’aime beaucoup quand vous dites que la mystique c’est entrer dans le mystère, et le mystère de Dieu, Dieu en lui-même mais de l’amour de Dieu. Et, ça, c’est Jésus-Christ qui est le visage de l’amour de Dieu. Je trouve ce texte magnifique. Tout le monde n’a pas fait une expérience comme celle-là. Je trouve que cette expérience, décrite par PASCAL, cela doit nous donner de l’appétit. En même temps, une expérience comme celle-là cela se désir, vous parliez du désir de PASCAL tout à l’heure. On manque de mystique mais peut-être parce qu’on manque de désir.

Hélène MICHON : Il me semble que dans ce Mémoriel, il est mentionné « grandeur de l’âme humaine », je tiens à l’expression parce que l’on a toujours tendance à dire que PASCAL c’est une intériorité sombre, tout le monde connaît le cœur vide et obscur, pleins d’ordures, etc. Là, on a « grandeur de l’âme humaine » et on voit bien que pour PASCAL la clef c’est justement d’arriver à faire émerger ce pôle lumineux, à l’image de Dieu, qui est en nous, mais on manque de mystique, parce qu’on manque aujourd’hui d’intériorité, de chemin d’intériorisation. Donc, silence, recueillement, solitude, etc., tout ce qui permet finalement de rentrer et on soi et de trouver Dieu.

Régis BURNET : Ce que vous venez de dire est très important, parce que vous faites une transition parfaite vers Les Pensées. Le plan des pensées, c’est quoi justement ? C’est quoi le but des Pensées ? C’est ce que vous venez dire ?

Hélène MICHON : Le but des Pensées est de conduire l’homme vers Dieu. Il y a une première partie dans laquelle PASCAL va décrire, comme il le dit lui-même, la misère de l’homme sans Dieu, puis il y a une deuxième partie, la grandeur de l’homme avec Dieu. Je crois qu’en fait c’est très important de lire Les Pensées, de les lire, si possible, en entier, parce que si on reste seulement avec la misère, on a cette vision qui traîne un peu partout, d’un PASCAL torturé et angoissé, négatif, triste, …

Régis BURNET : Déprimé, …

Hélène MICHON : … voilà, parce qu’on a lu le descriptif de la misère de la vie de l’homme son dieu. Mais, je dirais que PASCAL a creusé les ombres pour apporter en seconde partie les lumières. Évidemment, si on bloque sur Jésus-Christ, on ne va pas aller lire la deuxième partie des Pensées. Je crois quand même que PASCAL a eu raison de faire ce plan en deux parties, parce que quand il creuse les ombres, là en revanche il emmène tout le monde avec lui. Tout le monde est d’accord pour son analyse de la misère, après il y en a qui veulent en sortir et d’autres qui préfèrent se dire la misère c’est objectif, le reste on sait pas.

Régis BURNET : C’est intéressant, ce …

François POTEZ : La misère, j’apprécie beaucoup ce que ce que vous dites. Je pense que pour aujourd’hui, pour notre série de Carême, je trouve cela très, très intéressant, parce que le constat des misères risque de nous maintenir en surface et ce qu’il faut, c’est descendre au fond. Moi, ce que j’appelle le désir, c’est quelque chose qui vient justement de cette vie intérieure. IL n’y a pas de désir sans vie intérieure. La vie intérieure est une quête. C’est vrai qu’il y a une espèce de misère qui écrase mais plus profondément que la misère, il y a un désir qui est capable d’émerger et qui se met en recherche.

Hélène MICHON : La misère pour PASCAL, c’est fondamentalement quelque chose d’assez intellectuelle dans le sens où c’est comme si PASCAL disait finalement les choses n’ont pas de sens. Donc, il n’est pas rationnel d’accepter le non-sens. Pour lui, il est invraisemblable, extravagant, comme il le dit, de ne pas se poser de questions. C’est ça qui le laisse le plus pantois. En revanche, celui qui se pose des questions, ça y est, PASCAL va le prendre avec lui, la seule personne qu’il n’en mène pas, c’est celui qui ne se posent pas de questions.

François POTEZ : Est-ce que c’est ça qu’il veut dire quand il parle du divertissement qui nous détourne ?

Hélène MICHON : Le divertissement, c’est vrai qu’on a toujours fait le procès, et c’est vrai que PASCAL d’une certaine manière le condamne en disant que : « c’est s’agiter pour ne pas se poser les questions essentielles », mais il lui reconnaît un aspect positif, c’est qu’il y a pire que le divertissement, c’est l’ennui. Je dis toujours qu’il manque une thèse sur l’ennui chez PASCAL, qu’il désigne d’une sorte de mort, alors là ce serait l’état quasi léthargique de la vie, pire que tout. Donc, pour sortir de l’ennui, l’homme a trouvé le divertissement, ce n’est pas mal, c’est une amorce de solution, mais s’il réfléchissait, il se rendrait compte que le divertissement c’est une quête sans objet, donc il peut y avoir un objet à la quête.

François POTEZ : Est-ce que ce n’est pas très actuel ça aussi justement …

Régis BURNET : … les gens qui ne se posent pas de questions, c’est quand même un mystère, sérieusement, …

François POTEZ : Pour un prêtre c’est ce qu’il y a de pire. Devant des gens qui ne se posent pas de questions, on n’a plus rien à dire. Les gens qui savent, c’est foutu, on ne peut plus rien dire, puis il y a les gens qui ne posent pas de questions, d’ailleurs, ceux qui savent ne posent de questions, … du coup on se noie dans une espèce de divertissement, qui éloigne encore la possibilité de poser des questions. Je trouve cela très, très passionnant, …

Hélène MICHON : C’est peut-être pour cela, avant la position vraiment intellectuelle de dire, je me pose des questions, il y a quelque chose d’existentiel, qui est l’inquiétude. Pour moi, c’est le terme qui caractérise l’attitude de PASCAL. C’est quelqu’un d’inquiet. On peut être inquiet pour mille raisons, pour le climat, etc., mais PASCAL, lui, est inquiet pour son salut, et il arrive à communiquer cette inquiétude, ce qui fait que si vous n’étiez pas inquiet en commençant la lecture de PASCAL, vous allez finir par le devenir, que vous soyez croyant ou pas, c’est ça qui me semble intéressant, tout le monde en prend pour son grade, celui qui ne se posait pas de question s’en pose, celui qui s’en pose avance, et celui qui pensait être dans une sorte de certitude de la foi est embarqué lui aussi dans ce mouvement de se dire « mais finalement, est-ce que je suis vraiment un bon chrétien ? Est-ce que … etc. ? » Je donne juste un exemple puisqu’on est dans le Carême, PASCAL dit : « Il vaut mieux ne pas jeûner que jeûner et en être complaisant »

François POTEZ : C’est beau, ça, …

Hélène MICHON : … qui d’entre nous n’a pas envie de cocher une croix en disant : « Voilà, j’ai respecté l’abstinence du vendredi de Carême ? » Bien sûr qu’il faut les respecter, mais ce que PASCAL veut débusquer, c’est cette espace de complaisance qui pourrait nous gagner de nous dire : « Voilà, je suis dans les clous » On n’est jamais dans les clous pour PASCAL. C’est quand même la recherche de la sainteté qui fait ça.

François POTEZ : Le pape François dans son exportation sur la sainteté parle d’une constante et saine et insatisfaction. Je trouve cela très beau.

Régis BURNET : Le Pape François serait pascalien smiley sourire

François POTEZ : … peut-être, par contre il est jésuite, …

Hélène MICHON : … il n’était pas opposé à son éventuelle canonisation, là on voit que tout se réconcilie, …

Régis BURNET : … pour expliquer simplement, il y a eu quelques combats contre les jésuites dans la vie de PASCAL, c’est Les Provinciales, on n’aura pas le temps de parler de tout, peut-être qu’on n’aura même pas le temps de parler du jansénisme. J’ai très envie de vous faire commenter le texte qui vient, c’est le fragment 339, peut-être juste le présenter, et on va l’écouter, et vous le commenterez.

Hélène MICHON : Je tiens à ce fragment parce qu’il divise la réalité en trois et pas en deux, ce qui évite des oppositions possibles, et surtout, tout est positif dans ce texte : l’ordre des corps, il y a des grandeurs dans l’ordre des corps ; l’ordre des esprits, il est à des grandeurs dans l’ordre des esprits ; et enfin l’ordre de la charité, mais il n’y a pas que la grandeur de la charité qui mépriserait tout le reste, il y a toute une série de grandeurs, donc c’est un escalier. La vie est une ascension, …

Régis BURNET : … peut-être juste avant encore, une petite supplique, c’est quoi l’ordre des corps, l’ordre des …

Hélène MICHON : L’ordre des corps, c’est tout ce qui se réfère au monde corporel ou charnel, l’argent aussi, les biens matériels. C’est toute la dimension matérielle. Les grandeurs de l’esprit, pour PASCAL, évidemment ce sont les vérités scientifiques, notamment la géométrie, mais c’est tout le domaine de la recherche intellectuelle de la culture. Puis, l’ordre de la charité, c’est l’ordre de de Jésus-Christ, c’’est l’ordre de l’amour de Dieu.

Régis BURNET : … Et bien là, on est bien armé pour écouter ce fragment 339.

La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle. Tout l’éclat des grandeurs n’a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l’esprit. La grandeur des gens d’esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair. La grandeur de la sagesse, qui n’est nulle sinon de Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d’esprit. Ce sont trois ordres différents, de genre. […] Jésus-Christ sans biens et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n’a point donné d’inventions. Il n’a pas pont régné, mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché. Ô qu’il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur et qui volent la sagesse. […] Mais il y en a qui ne peuvent admirer que des grandeurs charnelles comme s’il n’y en avait pas de spirituelles. Et d’autres qui n’admirent que les spirituelles comme s’il n’y en avait pas d’infiniment plus hautes dans la sagesse. Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits. Car il connaît tout cela, et soi, et les corps rien. Tous les corps ensemble et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d’un ordre infiniment plus élevé. De tous les corps ensemble on ne saurait en faire réussir une petite pensée. Cela est impossible est d’un autre ordre. De tous les corps et esprit on en saurait tirer un mouvement de vraie charité, cela est impossible et d’un autre ordre surnaturel.

Blaise PASCAL, Les Pensées, fragment 339 (Sellier)

Régis BURNET : Alors, dans l’émission, il y a quelque chose qu’on n’a pas encore dite. Je me suis gargarisé du fragment 339, en précisant que c’est un fragment, peut-être qu’il faut expliquer le texte tel qu’il est actuellement. On n’a que des bouts en fait.

Hélène MICHON : Oui. À la mort de PASCAL on a découvert 800 fragments, des petites notes sur des quarts de feuilles, qui ont été recopiés, classés, etc., mais c’est vrai que la lecture des Pensées n’est pas une lecture linéaire. Il y a un avantage, c’est qu’on peut lire dix lignes et méditer trois semaines, les fragments sont souvent autosuffisants. Le petit écueil est qu’il y en a qui sont vraiment des prises de notes, donc on n’éclaircit pas toujours le sens. Donc, il ne faut pas quand on ne comprend pas s’arrêter là, il faut continuer. Il y en a qui sont très abscons, parce qu’ils sont radicalement incomplets, et d’autres qui sont beaucoup plus travaillés. Et, l’ensemble de ces fragments, qu’on appelle Les Pensées, que l’éditeur a appelé Les Pensées, le titre n’est pas de PASCAL, est donc un ouvrage qui n’est pas terminé.

Régis BURNET : Donc, là, c’est la classification de Philippe SELLIER, 339, c’est son numéro à lui, parce qu’il y a plusieurs classifications, …

Hélène MICHON : Il y a deux numérotations.

Régis BURNET : … qui en gros reprennent le même plan, ce que vous avez dit, et qu’il faut rappeler : « l’homme sans Dieu », « l’homme avec Dieu ». Alors, ce fragment 339, vous avez dit que c’est un fragment optimiste, un fragment où tout va bien.

Hélène MICHON : Un fragment où tout va bien, … Il faut voir que les ordres ne correspondent pas des catégories de personnes, mais à des réalités, des types de réalité. Donc, nous pouvons appartenir aux trois ordres en même temps, et ce qui me plaît dans ce fragment, c’est parce qu’il n’y a aucun mépris objectif des grandeurs charnelles, corporelles de l’ordre des corps, la seule chose, c’est que c’est relativement à ce que peut trouver l’esprit ou ce que peut trouver le corps, le cœur, cela deviendra moins digne. Mais en soi PASCAL est tout à fait prêt à reconnaître qu’il y a des réalités matérielles qui sont bonnes ; ce qui se passe quand on a goûté à celles du second étage, si je puis dire, et bien finalement on préfère les secondes aux premières, et inversement ; ce qui fait que si on ne les a pas goûtées eh bien on est très content avec ce que l’on a, et là, évidemment, l’écueil est de s‘en satisfaire. Donc, il faut savoir les apprécier tout en se disant : est ce qu’il n’y a pas malgré tout autre chose ? L’ordre des corps c’est : les riches, les grands, les capitaines, c’est tout ce qui se voit, puis les grandeurs spirituelles et les grandeurs de charité.

Régis BURNET : Là aussi, c’est assez actuel. Encore une fois, je vais vous donner un petit coup de patte, on a souvent tendance à entendre des prêtres qui prêchent la charité, la charité, la charité, il ne faut pas oublier ce qui est en dessous ?

François POTEZ : … C’est certain. Est-ce que PASCAL est capable de goûter un bon vin ?

Régis BURNET : Voilà une bonne question !

Hélène MICHON : C’est une mauvaise question parce que PASCAL a pratiquement été malade toute sa vie. Donc, je pense qu’il n’a pas une réputation de bon vivant, il ne devait pas l’avoir, mais intellectuellement il savait que la Bible disait que le vin réjouit le cœur de l’homme.

Mais, vous voyez, quelqu’un qui incarnerait les trois ordres, il n’y en a pas autant que ça, même dans le dans l’héritage catholique. Le seul que j’ai trouvé - PASCAL n’en parle pas - c’est Thomas MORE, qui serait à la fois un grand de ce monde, un intellectuel, puisqu’auteur de L’utopie et correspondant d’Érasme et un saint canonisé. Mais, on a beaucoup de personnes qui appartiennent au premier et au troisième ordre, beaucoup qui appartiennent au second et au troisième, mais quelqu’un qui appartienne aux trois ordres … ? ! … C’est quand même l’idée que normalement la sainteté va dans le sens d’un accomplissement de toutes les potentialités humaines.

François POTEZ : Et, si j’ai bien entendu, il y a entre le premier le deuxième ordre une distance infime par rapport à la distance quasi infini qui le sépare du troisième ordre.

Hélène MICHON : Il y a une distance infinie entre les premiers et les deuxièmes et infiniment plus infinie entre le deuxième et le troisième, pour donner une sorte justement d’incommensurabilité …

Régis BURNET : PASCAL est un penseur mathématicien, il y a un jeu sur les mathématiques, c’est très clair, …

Hélène MICHON : Un jeu sur l’infini, mais je dirais que l’infini est vraiment dans l’horizon humain pour Pascal, parce que même entre le corps et l’âme d’une certaine notre manière, pour lui il y a déjà une pointe d’infini.

François POTEZ : Que ce qui fait que PASCAL n’est pas canonisé ? Qu’est ce qui fait qu’il n’est pas saint ?

Hélène MICHON : Je pense que la bataille avec Les Provinciales, qui ont été mises à l’index, rendrait une canonisation un peu plus délicate. Toute la question était de savoir si cet ouvrage qui était une sorte de diatribe contre les jésuites, … on a dit contre les jésuites, contre un certain laxisme prôné à l’époque par certains jésuites, il faut quand même remettre ça dans le contexte. PASCAL a utilisé l’arme de l’ironie, est-ce que l’ironie va contre la charité ? C’est un peu l’enjeu. Est-ce qu’on a le droit d’être un peu cynique ou ironique, c’est peut-être par là qu’il pêcherait le plus. Après, on a voulu le tirer vers ce qu’on appelle à tort le jansénisme, c’est-à-dire, disons, la manière de penser de ce théologien augustinien flamand, JANSENIUS. PASCAL a écrit avant de mourir : « Je meurs dans le sein de l’Église catholique » Ça, je pense que c’est un faux procès, plutôt que de jansénisme on peut parler d’augustinisme, or Augustin et canonisé et père de l’Église, …

Régis BURNET : eh combien ! ...

Hélène MICHON : Donc, c’est plutôt dans la dimension de la polémique, que PASCAL est allé sans doute beaucoup plus loin qu’un Thomas d’Aquin, qui répondait à des interlocuteurs mais sans jamais, …

Régis BURNET : Justement, a-t-on une idée de sa spiritualité ? C’était quoi sa foi ? C’est quoi la spiritualité de PASCAL ?

Hélène MICHON : Je dirais que c’est le christocentrisme, pour lui toute la foi, c’est Jésus-Christ. Il y a une focalisation sur la personne du Christ qui est le sauveur, parce qu’en fait la foi de PASCAL tient en deux mots c’est : « l’inquiétude du salut », et pour lui il y a une grande conscience que celui qui va nous sauver c’est le Christ. Donc, il y a une sorte de méfiance vis-à-vis des bonnes œuvres, au sens d’une sorte de puritanisme du XIXème où l’on cocherait toute une série de B-A. Là, il hérite quand même un peu de ce courant de la grande réforme catholique ou réformé, qui tenait en suspicion le côté accomplissement. Alors, il n’y a pas de mépris vis-à-vis de l’accomplissement, mais il y a cette inquiétude de se dire : « quand bien même je mènerai une vie droite, c’est le Christ qui sauve », il n’y a que le Christ qui sauve.

François POTEZ : Et on ne se perd pas dans une recherche stérile d’un Dieu théorique, …

Hélène MICHON : Tout à fait, c’est un Dieu incarné, ça, c’est très important.

François POTEZ : C’est très important pour nous aussi, parce que il y a des discussions sans fin sur l’existence de Dieu, un Dieu théorique, des idées sur Dieu, mais Jésus-Christ, le Christ empêche d’avoir des idées sur Dieu, c’est très concret, c’est l’Évangile, c’est une personne concrète.

Hélène MICHON : Vous disiez effectivement une recherche de Dieu, Dieu n’est pas à côté de l’homme. Il n’y a pas de recherche de l’existence de Dieu par les traditionnelles voix de l’existence de Dieu, c’est plutôt la dimension intérieure à la manière d’Augustin. J’ai une telle inquiétude dans mon cœur, il se pourrait quand même qu’il y ait une réponse quelque part, mais il part de l’inquiétude du cœur. C’est pour cela que, d’une certaine manière, quand on ouvre Les Pensées de PASCAL, on est cuit. Le fait de les ouvrir prouve qu’on est inquiet, et si on est inquiet, on est embarqué comme il dit.

François POTEZ : Il faut bien préciser l’inquiétude.

Hélène MICHON : C’est l’inquiétude au sens étymologique. Il n’y a pas de repos dans le sens d’une espèce de quiétude un peu bêtasse, de on prend la vie comme elle vient, de toute façon il n’y a rien à faire. Il n’y a pas de sentiment de la fatalité des événements, de ce qui m’arrive, mais pourquoi je suis là ? Pourquoi est-ce que je suis comme je suis ? Pourquoi est-ce que je suis dans ce contexte ? Pourquoi est-ce que les chose m’arrivent comme elles m’arrivent ? Cet inquietus, et puis d’où vient le fait que je sois à la fois bon et méchant ? D’où vient quand même la méchanceté qui est dans mon cœur ? Je dis toujours à mes étudiants qu’il suffirait qu’il y ait un qui se lève en disant : « mais non, moi je n’éprouve aucune accointance avec le mal » pour que le texte de PASCAL s’effondre, mais comment jusqu’à présent personne ne s’est levé en me disant cela, ça marche.

Régis BURNET : Ce qui est rassurant, Hélène MICHON, c’est que vous parlez comme Blaise PASCAL, en particulier dans la lettre à Charlotte de ROANNEZ, cela va nous permettre de faire une transition, …

Ah, vous voulez dire quelque chose ?

François POTEZ : Je rebondis sur ce que vous dites, avant le Dieu caché…

Régis BURNET : … et ma transition ? ! Bon, allez-y, …

François POTEZ : Je pense à un catéchumène. On lui demande comment est-ce qu’il est parvenu à demander le baptême, et il dit, c’est un garçon qui fait des études : « Parce que je voudrais trouver quelqu’un qui me sauve du péché. » Je trouve cela extraordinaire comme cheminement. Je pense qu’aujourd’hui, c’est très, très fort cela. Il y a des choses en moi qui ont besoin d’être sauvées. Si l’on arrive à toucher cela chez quelqu’un, on a gagné déjà toute une partie, c’est quand même formidable, …

Hélène MICHON : Et puis, mon père, ce qui est important, c’est que « je ne suis pas mon péché ».

François POTEZ : Je ne suis pas mon péché, absolument !

Hélène MICHON : Et ça, c’est quand même une bonne nouvelle : « je ne suis pas que mon péché »

Régis BURNET : … je peux parler du Dieu caché moi aussi ? alors je lance, …

François POTEZ : Le Dieu caché, cela m’intéresse aussi.

Régis BURNET : … Cela vous intéresse, moi aussi. Alors, je lance la lettre de PASCAL à Charlotte de ROANNEZ, c’est vers le 29 octobre 1656.

Si Dieu se découvrait continuellement aux hommes, il n’y aurait point de mérite à le croire ; et, s’il ne se découvraient jamais il y aurait peu de foi. Mais ils se cachent ordinairement, et se découvre rarement à ce qu’il veut engager dans son service. Cet étrange secret, dans lequel Dieu s’est retiré, impénétrable à la vue des hommes, est une grande leçon pour nous porter à la solitude loin de la vue des hommes. Il est demeuré caché sous le voile de la nature qui nous le couvre jusqu’à l’incarnation ; quand il a fallu qu’il est paru, il s’est encore plus caché en se couvrant de l’humanité. Il était bien plus reconnaissable quand il était invisible, que non pas quand il s’est rendu visible. Et enfin quand il a voulu accomplir la promesse qu’il dit à ses apôtres de demeurer avec les hommes jusqu’à son dernier avènement, il a choisi d’y demeurer dans le plus étrange et le plus obscur secret de tous, qui sont les espèces de l’eucharistie. C’est ce sacrement que Saint-Jean appelle dans l’Apocalypse une manne cachée ; je crois qu’Isaïe le voyait en cet état, lorsqu’il dit en esprit de prophétie : véritablement tu es un Dieu caché. C’est là le dernier secret où il peut être. Le voile de la nature qui couvre Dieu a été pénétré par plusieurs infidèles, qui, comme dit Saint-Paul, ont reconnu un Dieu invisible par la nature visible. Les chrétiens hérétiques l’ont connu à travers son humanité et adorent Jésus-Christ Dieu et homme. Mais de le reconnaître sous des espèces de pain, c’est le propre des seuls catholiques : il n’y a que nous que Dieu éclaire jusque-là.

Blaise PASCAL, lettre à Charlotte de ROANNEZ, vers le 29 octobre 1656. Ed. Jean MENSARD

Régis BURNET : Hélène MICHON, en entendant ce texte, je trouve que Michel d’ARGENT, notre comédien, l’a très bien lu, un mot avant que vous ne le commentiez : c’est une langue splendide ! Vous êtes professeur de lettres, c’est important pour vous. C’est une langue splendide, PASCAL !

Hélène MICHON : C’est vraiment la langue classique par excellence, on désigne la France en parlant de la langue de MOLIÈRE, mais on aurait pu dire celle de PASCAL. Elle est peut-être par moment, justement à cause du discontinu, un tout petit peu plus compliqué à comprendre, mais dans les lettres, on voit bien la facture du style de PASCAL.

Régis BURNET : Qui permet, c’est cela qui moi me frappe toujours chez PASCAL, c’est une grammaire à la limite de la grammaire, cela permet de dire des choses. On imagine langue classique comme quelque chose d’assez « sujet / verbe /complément », là au contraire c’est très complexe et ça permet de dire des choses à la limite du grammaticale en fait.

Hélène MICHON : Oui, cela dit, PASCAL a épuré sa langue, vous n’avez pratiquement aucun terme technique …

Régis BURNET : oui, c’est vrai.

Hélène MICHON : … jamais terme d’érudition, pas de citation, ce qui fait que l’on a une langue très pure finalement, et dans un souci vraiment d’accessibilité, c’était son grand objectif, se rendre accessible à tous.

Régis BURNET : Alors, « le Dieu caché », moi la phrase qui me fascine toujours, « Il était bien plus reconnaissable quand il était invisible, que non pas – j’adore ce « que non pas » - quand il s’est rendu visible.

François POTEZ : Oui, c’est extraordinaire, …

Hélène MICHON : … oui, parce qu’en fait, il me semble - il faudrait interroger PASCAL, malheureusement on ne peut pas le faire - que reconnaître un Dieu créateur de la nature, pour beaucoup cela peut sembler déjà un grand pas, mais je dirais que pour PASCAL, ce n’est pas le plus important et donc d’une certaine manière il est facile de le reconnaître. En fait, plus Dieu se rapproche plus il est difficile de le reconnaître, parce que d’une certaine manière cela risque de nous engager. Donc, le Christ est beaucoup plus « engageant », entre guillemets, parce que le Dieu créateur ne parle pas, il a il a suscité l’univers mais une fois que c’est fait, j’allais dire, les choses parle en son nom, mais cela demande à être interprété. Le Christ dans l’Évangile ne demande pas être interpréter. Donc, là, il faut accepter. En fait, alors que l’intelligence a finalement plus de matière, là c’est peut-être le cœur qui résiste, dans le sens où ces vérités ne me sont pas indifférentes, donc je ne sais pas si je suis disposé à. En fait l’idée de PASCAL est que la révélation s’adresse d’abord à la liberté, parce que Dieu a voulu se rendre reconnaissable tout en maintenant notre liberté. C’est pour cela que j’aime beaucoup cette lettre et la question des trois voiles qui viennent, ce sont les voiles qui manifestent le respect, si je puis dire, que Dieu a de notre propre liberté.

François POTEZ : Ce que vous dites est fondamental. Toute la question pour Dieu est d’aider Adam, c’est-à-dire moi, à sortir de là où il s’est caché à cause du péché, de sa honte, sans contraindre sa liberté. Comment faire sortir l’homme ? Comment attirer l’homme sans contrainte sa liberté ? Je trouve ça extraordinaire comme question. Ce qui m’intéresse dans ce que vous dites aussi, c’est qu’aujourd’hui beaucoup de gens se perdent dans des espèces de preuves de l’existence de Dieu ou dans des questions théoriques sur Dieu. Jean-Paul II dans sa lettre sur le troisième millénaire commence toujours par « il faut repartir de Jésus-Christ », ou une Sainte-Thérèse d’Avila qui dit : « Ne jamais quitter l’humanité sainte du Christ », c’est là qu’est le mystère qui nous construit et est capable de nous rejoindre - et merci, sans nos contraindre - parce que, je reviens au premier texte que l’on a lu, de l’expérience mystique de PASCAL, « […] soumission, soumission, […] », mais d’une soumission d’amour qui n’écrabouille pas ma liberté. Je trouve cela très beau cela.

Hélène MICHON : … tout à fait, … Finalement quand on prend les trois voiles : la nature, Jésus-Christ et l’eucharistie, la dimension de contrainte pour PASCAL, elle est dans la preuve. Finalement, je dirais que Dieu se rapproche de plus en plus et l’eucharistie, alors là, c’est non contraignant, il n’y a que le cœur qui peut pousser l’intelligence à adhérer. Il n’y a aucune preuve, il n’y a que la foi.

François POTEZ : Absolument.

Hélène MICHON : La foi ne s’appuie pas sur la raison. Donc, c’est l’acte de foi, pour PASCAL, le plus méritoire, parce qu’il est le plus libre.

François POTEZ : Je ne peux savoir qu’une chose, c’est qu’il n’est pas déraisonnable de croire.

Hélène MICHON : Oui, oui.

François POTEZ : … que ça ne contraint pas, ça n’écrase pas la raison …

Hélène MICHON : Tout à fait, …

François POTEZ : … et même, je découvre qu’il est parfaitement raisonnable de croire,

Hélène MICHON : … mais Dieu n’a pas voulu se rendre évident. Je crois que l’évidence aurait été contraignante, donc Dieu se cache. Parce qu’en fait vous dit Adam se cache après péché mais c’est vrai aussi que dans l’écriture, et PASCAL le rappelle, Dieu se cache aussi. Donc, il y a une sorte de jeu pour que justement l’homme puisse le chercher.

François POTEZ : … c’est ça, …

Régis BURNET : Un dernier mot, parce qu’on arrive à la fin de l’émission. J’aimerais quand même qu’on parle un peu de la prière de PASCAL. On l’imagine parce qu’il y a un célèbre fragment qui paraît presque condamné la prière, en disant : les exercices de piété, c’est bien… enfin si vous ne voulez pas croire, … c’est le fameux pari de PASCAL, mais au moins tentez le coup. C’était un homme qui priait, PASCAL ?

Hélène MICHON : C’était un homme qui priait. Regardez la lettre se clôt : le dernier voile, c’est l’eucharistie.

Régis BURNET : Absolument !

Hélène MICHON : L’eucharistie était au centre de la dévotion au Port-Royal. Les religieuses se dévouaient à deux heures de contemplation du Saint-Sacrement par jour. Ce sont les religieuses du Saint-Sacrement. PASCAL avait une grande dévotion pour l’eucharistie. Il avait une grande émotion pour le corps mystique de l’église. Comme on a très peu parlé de sa vie, juste une mention, mais quand sur son lit de mort il ne peut pas communier, parce qu’il est constamment malade et il risque de ne pas garder les aliments, il demande à ce qu’un pauvre soit placé dans sa chambre, soigné à sa place, parce qu’il dit : « Si je ne peux communier dans la tête, que je communie dans un membre »

Régis BURNET : Waouh !

Hélène MICHON : Donc, il y a quand même cette idée que l’église est le corps du Christ. C’est une foi aussi très incarnée, la foi de PASCAL. Puis, à propos des pratiques de piété, c’est vrai qu’il dit que : « ne se limitait qu’à ça, cela serait de la superstition, mais les mépriser serait de la superbe. » Donc, il faut tout reprendre, simplement il faut hiérarchiser et à la tête c’est le Christ.

Régis BURNET : Dernière question …

François POTEZ : Vous allez le rendre très sympathique, PASCAL …

Hélène MICHON : … Très catholique smiley sourire

Régis BURNET : Justement il est très sympathique. Comment est-ce qu’il faut le lire ? Et pourquoi il faut lire ? Pourquoi c’est un très grand texte ?

Hélène MICHON : Pour moi c’est un très grand texte parce que je ne connais pas d’autres auteurs vis-à-vis duquel personne ne veut être en désaccord. On préfère tordre le texte de PASCAL plutôt que de dire qu’on n’est pas d’accord avec lui. Une telle unanimité le paraît inouïe …

Régis BURNET : … oui, comme je le disais au début même les grands penseurs de la Troisième République étaient pascaliens, ils lisaient PASCAL.

Hélène MICHON : On peut vous soutenir que PASCAL n’était pas chrétien mais il faut que PASCAL soit avec soi. Donc ça, je trouve que cela mérite un arrêt.

François POTEZ : C’est étonnant, oui, ...

Hélène MICHON : Ensuite comment est-ce qu’il faut le lire ? Écoutez, PASCAL est tellement ami de la liberté que je pense justement qu’il faut faire comme on le pressent, en fonction de ses propres inquiétudes. On peut faire une lecture scolaire un peu continue, on peut prendre des bribes. Je pense que c’est un auteur qu’on peut méditer à un arrêt de bus au lieu de râler contre la RATP on se nourrit parce qu’il donne à penser …

François POTEZ : … on se nourrit de PASCAL pendant le Carême smiley sourire

Hélène MICHON : … et pendant le carême on peut prier avec certains fragments, je vous promets. Le mystère de Jésus qui contient la fameuse phrase : « Jésus est à l’agonie jusqu’à la fin du monde, il ne faut pas dormir pendant ce temps-là », ça c’est quelqu’un qui a médité sur Gethsémani.

Régis BURNET : Qu’est-ce que vous retenez de PASCAL ? Quelle est votre petite phrase à vous, votre aphorisme comme on disait ?

François POTEZ : Ce que je retiens, c’est essentiellement le désir, la recherche, l’inquiétude. Est-ce que l’on rejoint Saint-Augustin, « cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi » ? Il y a une quête qui ne s’arrêtera qu’avec la rencontrer et toute ma vie est tendue par cette rencontre.

Hélène MICHON : … et PASCAL dit : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé », c’est vraiment l’idée que dans la quête il y a la possession et que dans la possession il doit y avoir la quête.

François POTEZ : C’est ça, je trouve cela très, très beau, et je retiens une phrase que j’ai que j’ai lue avant de venir, mais je ne vais pas la citer exactement sans doute : « La connaissance de Dieu sans la connaissance de sa misère conduit à l’orgueil et la connaissance de sa misère sans la connaissance de Dieu conduit au désespoir ». Je trouve cela très fort.

Régis BURNET : Pourquoi ?

François POTEZ : Parce que connaître Dieu, surtout avec ce qu’on a dit de Jésus-Christ qui me sauve, plus je connais Dieu plus je connais ma misère au fond, plus je connais ma misère plus je connais Dieu qui me sauve et qui est capable de me sauver de la misère. Mais rester soit dans la connaissance de sa misère, je tourne en rond et dans le désespoir, c’est d’ailleurs le cas de beaucoup de nos contemporains, ou bien je me complais dans la connaissance de Dieu en oubliant ma propre misère et là je suis dans une espèce de superbe, comme on disait, d’orgueil, d’orgueil des idées, qui ne sauve pas, qui ne me fait pas avancer. Je trouve que c’est un beau chemin de Carême. Saint Jean-Paul II disait : « La découverte de la miséricorde et contemporaine de la découverte du péché », plus je découvre la miséricorde plus je découvre mon péché ; plus je découvre mon péché plus je découvre la miséricorde. Je trouve chez PASCAL, avec tout ce que l’on a dit là, quelque chose comme ça.

Hélène MICHON : Jean-Paul II était un grand lecteur de PASCAL.

Régis BURNET : Et pour vous Hélène MICHON, quelle est la phrase que vous retenez et que vous proposez à nos téléspectateurs ?

Hélène MICHON : Il y a une phrase que j’aime, qui est : « La vérité et si obscurcie de nos jours et le mensonge si établi qu’à moins que de l’aimer on ne saurait la connaître ». J’aime bien cette idée d’aimer la vérité, et qu’on n’y va pas simplement avec l’intelligence, surtout si on prend l’intelligence au sens très spéculatif, mais il faut une disposition du cœur, il faut le vouloir.

François POTEZ : C’est beau …

Régis BURNET : Ah, oui ! eh bien cela sera le mot de la fin. Un grand merci de nous avoir fait découvrir cette figure de PASCAL qu’on un peu trop lu dans le Lagarde et Michard et peut pas assez avec le cœur justement. Merci beaucoup.

Merci à tous les deux.

Merci de nous avoir suivis. Vous savez vous pouvez retrouver cette émission sur le site de la chaîne www.ktotv.com. On se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau numéro consacré aux grands textes spirituels

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